Déficits : pourquoi le programme de stabilité sera particulièrement scruté cette année
Crédit : STEPHANE DUPRAT/SIPA/2208031844

Déficits : pourquoi le programme de stabilité sera particulièrement scruté cette année

Si le gouvernement ne prévoit pas de présenter de projet de loi de finances rectificative face au dérapage budgétaire de l’année 2023, il devrait néanmoins faire connaître la nouvelle trajectoire dans les prochains jours. À travers un document qu’il transmet chaque année à la Commission européenne.
Guillaume Jacquot

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Rarement la présentation du programme de stabilité n’aura suscité autant d’attente. Le gouvernement le dévoilera officiellement en Conseil des ministres le mardi 17 avril. L’enjeu est de taille cette année après l’officialisation d’un déficit bien plus élevé que prévu pour l’année 2023, le mois dernier. L’écart entre les recettes et les dépenses publiques a en effet gonflé de 18 milliards d’euros par rapport aux prévisions.

En l’absence de budget rectificatif, c’est à travers ce document que l’on saura si le gouvernement ajuste ou non la trajectoire des finances publiques dans les années à venir, et si oui, dans quelle proportion.

Chaque année avant la fin du mois d’avril, les États européens adressent à la Commission européenne leurs objectifs budgétaires à moyen terme, dans le cadre du « semestre européen ». Ce cycle de six mois consiste à coordonner les politiques économiques et surtout budgétaires des différents membres de l’Union européenne, dans le but de favoriser la convergence et la stabilité de l’ensemble. Ce sont les règles du Pacte de stabilité et de croissance.

Scénario budgétaire et réformes structurelles

Dans ce document d’une centaine de pages, le gouvernement y détaille l’évolution des finances publiques de l’année passée, de l’exercice en cours, mais aussi des trois années à venir. En mars, le gouvernement a maintenu son objectif de revenir à un déficit de 3 % du PIB. En partant d’un déficit désormais à 5,5 % en 2023, et non plus 4,9 %, l’interrogation se porte sur les précédentes marches à franchir. À ce titre, le programme de stabilité sera à comparer avec la trajectoire donnée dans la loi de programmation des finances publiques pour les années 2023 à 2027, promulguée le 18 décembre dernier. Fin mars, le ministre de l’Économie et des Finances Bruno Le Maire avait indiqué que des « économies supplémentaires » seraient dégagées en 2024.

Outre les prévisions de dépenses, de recettes et d’endettement, le gouvernement donne par ailleurs une stratégie d’ensemble pour sa trajectoire budgétaire. En parallèle, le gouvernement doit également transmettre à la Commission européenne son « programme national de réforme », qui doit présenter les réformes structurelles, les grandes stratégies du gouvernement et leur impact macroéconomique. Pour rappel, l’évocation de la réforme des retraites dans le programme de stabilité transmis au printemps 2021 avait suscité d’importants commentaires politiques.

À l’instar des textes budgétaires – projets de loi de finance, projet de loi de finances rectificative ou encore projet de loi de financement de la Sécurité sociale – le Haut Conseil des finances publiques est chargé de rendre un avis sur le réalisme des prévisions inscrites dans le programme de stabilité, que ce soit la croissance, l’inflation ou encore l’évolution de la masse salariale. Il se prononce également sur les objectifs de déficit et de dette. Le Haut conseil devrait recevoir le programme cette semaine.

Une présentation aux deux chambres du Parlement deux semaines avant l’envoi à la Commission européenne

Le gouvernement doit par ailleurs adresser au Parlement ce programme de stabilité, au moins deux semaines avant l’envoi à la Commission européenne. Les sénateurs auront l’occasion d’en débattre le mardi 30 avril avec le gouvernement (sans vote). Il s’agit d’une demande de leur commission des finances. Celle de l’Assemblée nationale a convoqué un débat d’orientation et de programmation des finances publiques.

Au mois de mai, la Commission européenne publiera ses recommandations par pays, après avoir évalué chaque programme national. Si la transmission des programmes de stabilité est restée une obligation, les États membres sont néanmoins autorisés à dépasser le plafond de dette et de déficit prévus par les traités. Cette clause dérogatoire au Pacte de stabilité et de croissance, en vigueur depuis la pandémie de 2020, devrait s’éteindre cette année. Cet hiver, le Parlement européen et le Conseil ont trouvé un accord pour de nouvelles règles de gouvernance économiques. Le nouveau Pacte de stabilité et de croissance doit être formellement adopté avant la fin de session au Parlement européen, fin avril.

Partager cet article

Pour aller plus loin

Dans la même thématique

Présidentielle 2027 : Bruno Retailleau s’engage sur un plan d’économies de près de 200 milliards d’euros, s’il est élu
9min

Économie

Présidentielle 2027 : Bruno Retailleau s’engage sur un plan d’économies de près de 200 milliards d’euros, s’il est élu

Le candidat des Républicains a présenté son plan de redressement des finances publiques, avec l’objectif de ramener le déficit sous les 3 % du PIB en 2031. Il s’engage à réaliser 197 milliards d’euros d’économies, dont 56 milliards redirigés sous forme de baisse de la fiscalité des entreprises et des ménages. L’essentiel de l’effort repose sur l’État, dont il questionne le périmètre, et sur les dépenses sociales.

Le

Farmer Harvests Alfalfa for Pasture-Raised Beef Cattle
3min

Économie

Canicule : la ministre de l’Agriculture annonce des prêts à taux zéro pour les agriculteurs frappés par la sécheresse

En déplacement au sommet de l’élevage, la ministre de l’Agriculture Annie Genevard a annoncé de nouvelles aides pour les exploitations, dont des prêts à taux zéro. Cette mesure sera soumise au Parlement lors des débats budgétaires de l’automne. Par ailleurs, les préfets auront accès à une enveloppe de 235 millions d'euros pour soutenir les agriculteurs les plus touchés par les épisodes caniculaires de l’été.

Le

Déficits : pourquoi le programme de stabilité sera particulièrement scruté cette année
9min

Économie

Collectivités locales, niveau de l’effort ou encore fiscalité : les premiers signes de mécontentement à l’égard du budget 2027 se font jour au Sénat

Lors d’une audition des ministres de l’Économie et des Comptes publics, les premières critiques vis-à-vis des textes budgétaires apparaissent à la commission des finances du Sénat. La potion imposée aux collectivités territoriales fait l’unanimité contre elle. La droite sénatoriale se montre critique sur le niveau de l’effort proposée, quand la gauche dénonce un manque de justice fiscale.

Le

Déficits : pourquoi le programme de stabilité sera particulièrement scruté cette année
5min

Économie

Budget 2027 : le Haut Conseil des finances publiques pointe des prévisions « optimistes » du gouvernement

Alors que le projet de loi de finances 2027 a été présenté le 1er octobre en conseil des ministres, le Haut Conseil pour les finances publiques a estimé devant le Sénat que les prévisions du gouvernement pour 2027 étaient « optimistes » - comme elles l’avaient été en 2026. L’explosion de la charge de la dette, notamment, rogne les efforts budgétaires consentis par le gouvernement.

Le