Portugal Financial Crisis
People walk past a group of university students protesting education budget cuts outside the Portuguese parliament Tuesday, Nov. 29 2011, in Lisbon. On Wednesday the parliament is expected to approve the government's 2012 state budget . Next year, the Portuguese people will pay more sales tax, income tax, corporate tax and property tax to help settle the country's debts. At the same time, welfare entitlements are being curtailed. (AP Photo/Armando Franca)/XAF111/111129132507/1111291915

 Dette : la France peut-elle s’inspirer du « miracle portugais » ?

Au bord de l’abime en 2011, touché de plein fouet par la crise économique, le Portugal a réussi en 14 ans à assainir ses finances publiques. Aujourd’hui, le pays est érigé en modèle au sein de l’Union européenne, certains parlent même d’un miracle économique. Les leçons sont-elles transposables en France ? Eléments de réponse.
Audrey Vuetaz

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Comparaison n’est pas raison, mais le Portugal semble engranger les bons points par rapport à la France. Une dette publique en dessous de 100 % du PIB (94,9 % en 2024) contre 113 % pour la France, un taux de croissance à 1,9 % contre 1,1 % dans l’hexagone et un taux de chômage à 6 % au lieu de 7 % en France en 2024 ; les données portugaises rassurent les agences de notation, Lisbonne collectionne désormais les A. De quoi faire oublier qu’il y a encore 14 ans, le pays enregistrait une dette équivalente à 130 % du PIB.

A l’époque, tous les indicateurs macroéconomiques passent au rouge, le pays est touché de plein fouet par la crise des fonds souverains ; il lance un appel à l’aide à la « Troïka » : la Commission européenne, la Banque centrale européenne et le Fonds monétaire international. En échange d’une aide financière de 78 milliards d’euros, le Portugal se voit imposer de lourdes mesures d’austérité.

« Cette aide va avoir des effets dans un premier temps, très difficiles pour le Portugal », explique Yves Léonard, historien, enseignant à Sciences Po et spécialiste du Portugal, « parce que les pensions, les retraites, les salaires et le nombre de fonctionnaires sont réduits drastiquement. Vous avez une baisse du pouvoir d’achat, de la consommation, des salaires qui sont maintenus très bas. Vous avez aussi une libéralisation du marché du travail pour faire en sorte d’attirer plus d’investissements étrangers et la mise en place des fameux Visas Gold (Permis de séjour qui confère à son titulaire le droit d’entrer et de séjourner sur le territoire portugais à des fins d’investissement). »

Un modèle sur lequel Rémi Bourgeot, économiste et chercheur associé à l’IRIS, se montre très critique : « On n’a rien réinventé de nouveau depuis la sortie du chômage de masse est-allemand dans les années 2000. Sur le plan industriel, c’est une catastrophe, vous avez un désinvestissement, une baisse des infrastructures de façon généralisée. Vous pariez sur des vieilles technologies en ratant tous les virages des nouvelles technologies. »

Un pari hasardeux… mais gagnant

Justement en 2015, les Portugais sont lassés de ces années d’austérité. C’est le socialiste Antonio Costa qui prend la tête du gouvernement, il mise sur une relance par la consommation. Tout en conservant ses engagements auprès de Bruxelles, et une certaine rigueur budgétaire, il va progressivement relever les pensions et les salaires. Aujourd’hui le salaire minimum se situe autour de 800 euros. La relance s’appuie aussi sur les investissements étrangers, les exportations et le tourisme, qui représente à lui seul 20 % du PIB, avec 30 millions de visiteurs chaque année.

« Une relance par la consommation, ce n’était pas du tout dans l’économie standard de l’époque, souligne Yves Léonard, c’était presque à contre-temps de ces politiques d’austérité impulsées en échange des plans de relance et d’aide structurels. Ça a été assez courageusement fait, plutôt bien mené et les résultats sont là. L’onde se propage encore aujourd’hui. »

Les limites du modèle portugais

Mais il y a un revers à la médaille. La croissance repose sur des bases fragiles, le pays est extrêmement dépendant du tourisme. « On l’a vu au moment de la crise du Covid, les activités se sont effondrées, » rappelle Yves Léonard.

Le tourisme et les investissements étrangers dans l’immobilier font aussi exploser les prix des loyers. Il y a une crise endémique du logement, beaucoup de Portugais ne peuvent plus se loger dans les grandes villes. Le manque d’investissement des années d’austérité a aussi poussé le Portugal à abandonner sa politique du logement. Résultat il n’y a que 2 % de logements sociaux dans tout le pays. Les bons chiffres de l’emploi sont aussi en trompe-l’œil, le taux de chômage est peu élevé certes, mais les emplois sont peu qualifiés, les salaires restent bas, ce qui pousse de nombreux jeunes Portugais à quitter le pays.

Un modèle applicable à la France ?

« Le Portugal est un exemple de ces petits spots de croissance, d’amélioration en Europe, mais je ne crois pas qu’il y ait de leçon générale à tirer, ou de modèle à appliquer à la France, analyse Rémi Bourgeot, car cela cache souvent un manque énorme de dynamique économique industrielle. »

D’après lui, la relance est à faire au niveau européen, en misant sur l’industrie et l’innovation. « On parle des finances de la France mais actuellement, c’est l’Europe dans son ensemble qui est en très grande difficulté, qui n’a pas de véritable orientation de véritable gestion industrielle, de véritable défense du modèle économique, » conclut Rémi Bourgeot.

Il y a un an, Mario Draghi, économiste et ancien président du Conseil italien, a bien présenté un grand rapport sur la compétitivité et l’industrie européenne. Mais ses prescriptions n’ont jusqu’à présent donné lieu à aucune action concrète de l’Union européenne.

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