PARIS: Bercy, le Ministere de l Economie et des Finance
Ministere de l'Economie et des Finance. Paris /Credit:ROMUALD MEIGNEUX/SIPA/2509231448

Dette publique : la France franchit un nouveau seuil d’endettement avec 117,4 % du PIB

La dette publique française poursuit sa hausse et atteint un niveau inédit hors période de crise majeure. Selon les chiffres publiés par l’Insee ce vendredi 19 décembre, l’endettement s’élève à 3 482 milliards d’euros, soit 117,4 % du PIB. Le déficit devrait encore empirer après l’échec de la commission mixte paritaire sur le budget 2026.
Emma Bador-Fritche

Temps de lecture :

3 min

Publié le

La France s’enfonce un peu plus dans la spirale de la dette.  À la fin du troisième trimestre, la dette publique française atteignait 3 482,2 milliards d’euros, contre 3 416,3 milliards trois mois plus tôt. En pourcentage du produit intérieur brut, elle est passée de 115,7 % à 117,4 %, selon l’Insee. Sur la période estivale, l’endettement a progressé de 65,9 milliards d’euros, après déjà une hausse de plus de 70 milliards au trimestre précédent. Avec ce niveau, la France affiche la troisième dette la plus élevée de l’Union européenne, derrière la Grèce et l’Italie. Cette augmentation provient principalement de l’État, dont l’endettement a augmenté de 58,1 milliards d’euros entre juillet et septembre, pour atteindre 2 845,7 milliards d’euros. La dette des administrations de sécurité sociale a progressé de 7,6 milliards d’euros, tandis que celle des collectivités locales a légèrement augmenté pour s’établir à 262,9 milliards d’euros. À l’inverse, la dette des organismes divers d’administration centrale a reculé de 300 millions d’euros.

Un compromis introuvable

Ces chiffres interviennent dans un contexte politique tendu. Réunis ce vendredi matin, députés et sénateurs au sein de la commission mixte paritaire n’ont pas réussi à dégager un compromis sur le projet de budget de l’État pour 2026. Cet échec rend impossible l’adoption d’un budget avant le 31 décembre.

Faute d’accord, le gouvernement devrait désormais recourir à une « loi spéciale » afin d’assurer la continuité de l’État, notamment pour permettre la perception des impôts, avant la reprise des discussions budgétaires en janvier.

Une solution transitoire aux conséquences budgétaires

Si elle permet d’éviter un blocage institutionnel, la loi spéciale pèserait sur les finances publiques. D’après l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), l’application de ce dispositif sur l’ensemble de l’année 2026 entraînerait une perte de 6,5 milliards d’euros de recettes pour l’État, malgré une réduction des dépenses estimée à trois milliards. Le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, a mis en garde contre un déficit « nettement supérieur à ce qui est souhaitable » dans un tel scénario au micro de France Inter.

Une dérive de long terme

Cela fait désormais un demi-siècle que la France vit au-dessus de ses moyens. L’État, les collectivités locales et la Sécurité sociale dépensent durablement plus qu’ils ne perçoivent, alimentant un endettement croissant.

Si la pandémie de Covid-19 a accentué ce phénomène, la plupart des pays européens ont ensuite engagé un resserrement budgétaire. La France, elle, n’est pas parvenue à inverser la tendance. En un an, la dette publique s’est alourdie de 181 milliards d’euros. Le déficit français est aujourd’hui l’un des plus élevés de la zone euro.

Des finances publiques sous pression

À mesure que la dette augmente, le poids de ses intérêts risque d’absorber une part croissante du budget de l’État, contraignant les pouvoirs publics à réduire certaines dépenses.

A l’issue de l’adoption du PLFSS et de l’examen au Sénat du PLF, et avant l’échec de la CMP ce vendredi, le projet de budget prévoyait une réduction marginale du déficit, de 5,4 % du PIB en 2025 à 5,3 % en 2026, loin de l’objectif affiché par le Premier ministre de le maintenir sous la barre des 5 %.

Partager cet article

Pour aller plus loin

Dans la même thématique

Panoramic of French ministry of finance an Pont de Bercy – Paris, France
7min

Économie

Dette publique : « Nous entrons dans une période de turbulences structurelles »

Depuis quelques jours, les taux d’intérêt à long terme s’envolent un peu partout. Aux États-Unis, le taux à 30 ans a dépassé 5 %. Au Japon, le taux à 10 ans frôle les 3 % alors qu’en France il a dépassé les 4 %, son plus haut niveau depuis 2008. Ces remontées spectaculaires pourraient entraîner des conséquences très concrètes dans notre quotidien. Explications avec Anne-Sophie Alsif, cheffe économiste de BDO, docteure en sciences économiques et professeure d'économie à la Sorbonne.

Le

Facturation électronique : après le piratage du Fisc, le gouvernement veut rassurer les entreprises sur les standards de sécurité
5min

Économie

Facturation électronique : après le piratage du Fisc, le gouvernement veut rassurer les entreprises sur les standards de sécurité

Le ministre des Comptes publics David Amiel a réuni ce mercredi les plateformes chargées de réceptionner les factures sous forme dématérialisée des entreprises, un système qui va s’imposer à partir du 1er septembre d’abord pour les plus grandes. Bercy insiste sur ses exigences de sécurité, « les plus élevées d’Europe ».

Le

« Des difficultés certaines », voire des « risques majeurs » : un rapport d’inspection met en garde contre l’absence de budget juste avant la présidentielle
8min

Économie

« Des difficultés certaines », voire des « risques majeurs » : un rapport d’inspection met en garde contre l’absence de budget 2027

À un mois du dépôt du projet de loi de finances, l'Inspection générale des finances publiques évalue les conséquences désastreuses d'une grande partie de l’année 2027 sans budget, avec le cadre contraint de la loi spéciale comme solution temporaire. Le déficit se creuserait mécaniquement de 0,5 % du PIB, un calcul qui n’inclut pas les effets sur l’économie. Le gouvernement appelle les oppositions à éviter cette situation.

Le

6min

Économie

Filière automobile française : « On va vers un crash, si rien n’est fait », alerte un rapport du Sénat

Pourtant « pilier de l’industrie française », la filière automobile est en « crise profonde » depuis plusieurs mois, s’alarme la commission des Affaires économiques du Sénat. Leur rapport pointe du doigt des difficultés rencontrées pour répondre aux règles européennes et pour faire face à la concurrence de la Chine, et formule une vingtaine de recommandations.

Le