Élargir le travail le 1er mai ? Marlène Schiappa appelle à « ne pas bloquer » la « France qui veut travailler »

Une proposition de loi visant à élargir le travail le 1er mai pour les salariés de certains secteurs a été rejetée la semaine dernière à l’Assemblée nationale. Les syndicats sont opposés à la mesure et appellent Sébastien Lecornu à ne pas convoquer de commission mixte paritaire sur le texte. « Je m'étonne qu'en 2026, ce sujet fasse encore débat », lance ce lundi 13 avril sur Public Sénat Marlène Schiappa, membre du comité exécutif du parti présidentiel, Renaissance, qui soutient la mesure.
Théodore Azouze

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Un débat inflammable. Vendredi, les députés ont rejeté la proposition de loi visant à élargir le travail pour les salariés de certains secteurs le 1er mai, jour férié actuellement obligatoirement chômé et payé. Une position stratégique des partisans du texte, destinée à accélérer les discussions à l’Assemblée nationale pour éviter une possible « obstruction » de la gauche dans l’hémicycle. Les défenseurs de la mesure, dont le patron de Renaissance Gabriel Attal, espèrent désormais l’adoption rapide de la proposition de loi après la convocation d’une commission mixte paritaire (CMP) par le gouvernement. L’objectif ? Faire en sorte que cette évolution soit effective dès le 1er mai 2026. 

« Une question de bon sens », selon Marlène Schiappa

Changer les règles du travail le 1er mai sous certaines conditions constitue « une question de bon sens », estime Marlène Schiappa, membre du comité exécutif de Renaissance et invitée de la matinale de Public Sénat ce lundi 13 avril. « Je m’étonne qu’en 2026, ce sujet fasse encore débat », poursuit l’ex-secrétaire d’État chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes. Aujourd’hui, les commerçants qui souhaitent ouvrir leur magasin le 1er mai ne peuvent pas faire appel à leurs employés en ce jour de fête du travail. En cas de non-respect de cette interdiction, ils s’exposent à une amende. « Le jour où tout le monde a envie d’acheter du muguet et des fleurs, les fleuristes sont privés de l’ouverture de facto et sont concurrencés par des vendeurs de muguet, qui eux, ne sont pas fleuristes », estime Marlène Schiappa.

Dans un courrier commun, huit syndicats, dont la CGT, la CFDT et FO, ont appelé dimanche Sébastien Lecornu à respecter « la démocratie sociale et politique » en ne convoquant pas de commission mixte paritaire. Les organisations sociales doivent rencontrer le ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou, pour une réunion sur le sujet en fin d’après-midi ce lundi. L’occasion, espère le gouvernement, de définir « un périmètre très précis des commerces concernés par une ouverture au travail le 1er mai ». Mais la marge de manœuvre du Premier ministre est mince sur le plan politique. Ce week-end, le Premier secrétaire du Parti socialiste, Olivier Faure, n’a pas écarté le dépôt d’une motion de censure soutenue par l’ensemble de la gauche « si le dialogue social ne trouv[ait] pas sa place » dans ce débat.

Appel à « sortir des dogmes, qu’ils soient de droite ou de gauche »

L’ex-ministre macroniste ne s’oppose pas, elle, à l’examen du texte lors d’une éventuelle CMP. « Je crois que les parlementaires ont raison de saisir tous les outils qui sont à leur disposition dans le cadre de l’organisation de l’Assemblée nationale », soutient de son côté Marlène Schiappa. « L’important pour le pays, c’est de sortir de dogmes, qu’ils soient de droite ou de gauche, et d’aller vers (…) les décisions véritablement pragmatiques, demandées par le terrain. » Si cette proposition de loi était adoptée, le travail le 1er mai serait uniquement imposé aux volontaires, lors d’une journée payée double. 

Mais dans un contexte social déjà difficile, marqué par la crise énergétique et la flambée des prix de l’essence et du gazole, une telle mesure ne pourrait-elle pas aggraver la grogne ? Marlène Schiappa appelle à ne pas « empêcher » ni « bloquer » la « France qui veut travailler ». « J’ai le sentiment que les personnes qui sont impactées par le carburant, et très légitimement en colère vis-à-vis de la situation, sont en général des gens qui ont envie de travailler et ont finalement la même demande que celle que font les fleuristes et certains commerçants pour le 1er mai », détaille l’actuelle conseillère de Paris.

Partager cet article

Dans la même thématique

Élargir le travail le 1er mai ? Marlène Schiappa appelle à « ne pas bloquer » la « France qui veut travailler »
4min

Économie

Retraites : le RN réfléchit à supprimer l’âge légal de départ, mais « ce n’est pas aussi simple », estime Jean-Philippe Tanguy (RN)

Invité de notre matinale, Jean-Philippe Tanguy a maintenu la proposition du RN d’abroger la réforme des retraites d’Élisabeth Borne, alors que Jordan Bardella a confié « examiner » un report de l’âge légal de la retraite. Le chef de file du RN sur les questions financières a en revanche confirmé que le RN planchait sur une suppression de l’âge légal de départ pour se concentrer uniquement sur la durée de cotisation.

Le

« On ne peut pas rester comme ça dans ce flou artistique » : des sénateurs font monter la pression pour obtenir un budget 2026 rectificatif
6min

Économie

« On ne peut pas rester dans ce flou artistique ! » : des sénateurs font monter la pression pour obtenir un budget 2026 rectificatif

Le gouvernement a détaillé de nouvelles mesures d’accompagnement pour faire face à la flambée des carburants, mais n’a toujours pas révélé ses choix en matière d’économies, pour tenir la trajectoire des comptes publics. Au Sénat, le rapporteur général de la commission des finances exige par courrier à Bercy la communication des arbitrages. La demande pour un projet de loi de finances rectificative monte également.

Le

Le rapporteur général de la commission des finances du Sénat réclame un projet de loi de finances rectificative, « sans délai »
2min

Économie

Le rapporteur général de la commission des finances du Sénat réclame un projet de loi de finances rectificative, « sans délai »

Dans un communiqué, le sénateur LR Jean-François Husson appelle le gouvernement à agir, estimant que le cadre budgétaire voté en début d’année « n’est plus crédible ». Il considère que cela doit passer par un budget rectificatif, seul capable de redonner de la « visibilité à la Nation face aux incertitudes économiques et géopolitiques ».

Le

La sélection de la rédaction

L’Assemblée nationale valide la suspension de la réforme des retraites
4min

Politique

Travail le 1er mai : après son rejet à l’Assemblée, le texte file en commission mixte paritaire où députés et sénateurs devront s’accorder

Les députes macronistes ont fait rejeter vendredi à l’Assemblée une proposition de loi sénatoriale qu’ils soutenaient visant à autoriser les salariés des boulangeries et fleuristes à travailler le 1er mai. Une manière de s’éviter des débats tendus face à une gauche vent debout contre la mesure. Les députés de la majorité espèrent s’accorder avec les sénateurs en commission mixte paritaire dans les prochains jours.

Le