Devant les sénateurs, le dirigeant défend que « dans les affaires, ce qu’il faut, c’est avoir raison. Mais avoir raison trop tôt, c’est avoir tort », lance-t-il d’emblée, expliquant avoir volontairement attendu que la polémique retombe. Selon lui, ce délai a permis de sortir de la passion et de l’émotion pour entrer dans le temps du bilan.
Frédéric Merlin se revendique pourtant comme « un chef d’entreprise éthique », rappelant que la majorité des marques présentes dans ses magasins partagent « les mêmes fournisseurs industriels que Shein ». Dès lors, refuser ce partenariat relèverait moins d’une cohérence morale que d’un combat global contre la mondialisation, « un problème qui me dépasse », reconnaît-il, non sans ironie : « Du haut de mes 34 ans, je ne suis pas capable de le régler à l’échelle mondiale. »
Le dirigeant insiste sur “le courage de Shein”, qui savait en entrant sur le marché français qu’il s’exposait à “de fortes critiques”. Frédéric Merlin réfute également l’idée selon laquelle les clients Shein consommeraient uniquement par contrainte. « Il n’y a pas que des personnes contraintes, il y a aussi des consommateurs par envie ou par habitude », affirme-t-il, allant jusqu’à interpeller les sénateurs : « Je pense que certains de vos enfants consomment sur Shein. » La marque, rappelle son collègue Quentin Ruffat, directeur des relations extérieures de Shein, est aujourd’hui la cinquième préférée des Français et revendique 27 millions de clients, notamment chez les jeunes générations et pour des raisons de prix, mais aussi la diversité de tailles proposées.
Au BHV, l’installation de Shein au sixième étage a généré un flux inédit : jamais moins de 5 000 visiteurs par jour, assure-t-il, et près de 30 % d’entre eux auraient effectué un achat ailleurs dans le magasin. Une stratégie assumée pour un commerçant qui rappelle ses contraintes : « J’ai 2 000 salaires à payer tous les mois. »
Face aux départs de nombreuses marques après l’annonce du partenariat, Frédéric Merlin se montre sévère. Il dénonce une forme d’”hypocrisie”, affirmant que 100 % des enseignes ayant quitté le BHV ne présentaient pas de réelle “viabilité économique sur place” et partageaient, là encore, les mêmes chaînes de production que Shein. “La baisse du chiffre d’affaires en fin d’année est réelle”, reconnaît-il, mais il met en avant un système inédit de captation du chiffre d’affaires visant à “maximiser la valeur de chaque visiteur”.
Désormais, chaque transformation du BHV suscite une avalanche d’articles de presse. « Quelque part, ça fait de la pub », relativise-t-il, tout en admettant que le groupe est désormais « sous le feu des projecteurs ». Pour autant, le président de SGM Family assume pleinement sa stratégie et se réserve le droit de l’ajuster. « Si le bilan n’est pas positif, on arrêtera. » Mais une certitude demeure, martèle-t-il en conclusion : « Si on reste enfermés dans nos carcans, à faire ce qu’on a toujours fait, on va mourir. »