Shein-BHV : ultra fast-fashion, modèle économique, polémiques… Revivez l’audition des dirigeants au Sénat

Après avoir décliné plusieurs convocations de l’Assemblée nationale, le porte-parole de Shein France, Quentin Ruffat, et le président du groupe exploitant le BHV, Frédéric Merlin, ont été entendus mercredi matin par la commission des Affaires économiques du Sénat. Ces convocations s’inscrivent dans la continuité de la découverte de la vente sur le site Shein de poupées pédopornographiques, et de l’installation du géant asiatique au BHV.
Aglaée Marchand

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Le représentant en France de la plateforme asiatique d’ultrafast-fashion Shein, Quentin Ruffat, a répondu ce mercredi 20 janvier aux questions de la commission des Affaires économiques du Sénat. Après plusieurs convocations refusées à l’Assemblée nationale en novembre et en décembre, il a finalement accepté celle du Sénat. À ses côtés était présent le représentant du grand magasin BHV, Frédéric Merlin, président du groupe SGM Family, sous le feu des critiques depuis plusieurs mois pour avoir conclu un accord commercial avec Shein, qui a abouti à l’installation physique du géant asiatique au BHV.

Les 5 informations à retenir de cette audition :

  • Quentin Ruffat réfute l’assimilation de Shein au modèle décrié de l’ultra fast-fashion et a défendu une production strictement adaptée à la demande.
  • Le représentant de Shein assure que le groupe « respecte toutes les lois, réglementations, et obligations fiscales applicables dans les marchés où [il] opère », et effectue des contrôles réguliers sur les produits vendus par les fournisseurs qu’héberge sa Marketplace.
  • Après le scandale des poupées pédopornographiques, les catégories ‘poupées sexuelles’ et ‘pour adultes’ ont été supprimées de la plateforme partout dans le monde. Shein a également fait appel à un cabinet externe pour lancer un audit sur ses opérations de contrôle des produits mis en ligne.
  • Frédéric Merlin, le propriétaire du BHV, indique que la vente de produits Shein dans son magasin s’inscrit dans le cadre d’une « expérimentation ».
  • Ce responsable confirme l’ouverture « très prochainement » de rayonnages Shein dans ses enseignes de provinces, malgré plusieurs reports.
12h00

Fin de l’audition : ce direct est terminé

11h40

« Nous sommes fiers de travailler avec ces fournisseurs [chinois] », assure Shein France

En réponse au sénateur centriste Daniel Fargeot ayant déclaré « le problème de Shein, c’est la Chine », Quentin Ruffat assure que « la Chine est aujourd’hui un leader sur le marché textile, que ce sont les meilleurs ». « C’est pour ça qu’aujourd’hui, 70 % du textile vendu en France est fait en Chine », explique-t-il. Une collaboration avec le pays asiatique que salue Quentin Ruffat : « Nous sommes fiers de travailler avec ces fournisseurs qui sont capables et ont su intégrer ce modèle de production à la demande, et nous accompagnent aujourd’hui dans ce qui fait le succès de Shein ».

11h34

Shein France assume ses activités de lobbying

Interrogé par la sénatrice Evelyne Renaud-Garabedian sur les activités de lobbying menées par Shein, son porte-parole assure être en règle : « Quand on représente 25 millions de clients, il n’y a pas de honte à faire de la représentation d’intérêts. Nous sommes en échange constant avec la HATVP, nous travaillons avec elle sur notre déclaration, qui est publique et a été validée en ce sens ». Il indique par ailleurs avoir effectivement « envoyé certains courriers à des ministres pour les rencontrer » depuis sa prise de fonction le 2 décembre 2024, mais qu’il n’a « jamais été reçu ».

11h19

Quentin Ruffat conteste l’assimilation de Shein à la « fast fashion traditionnelle »

Interrogé face à la sénatrice Sylvie Valente-Le Hir, le directeur des relations extérieures de Shein, Quentin Ruffat, a défendu le modèle de l’enseigne, récusant toute « logique de surproduction ».
Selon lui, Shein repose sur une production strictement à la demande, avec un taux d’invendus « à un chiffre », très inférieur à celui du reste de l’industrie textile. Un modèle qui permet, affirme-t-il, de limiter le gaspillage et d’expliquer « des prix bas, sans encourager la surconsommation ». Il s’appuie notamment sur une étude de l’Ifop indiquant que six Français sur dix consacrent moins de 200 euros par an à l’achat de vêtements neufs.
Contestant l’assimilation de Shein à la fast fashion traditionnelle, Quentin Ruffat souligne l’absence de collections au profit de simples références, produites uniquement lorsqu’elles sont commandées. Reconnaissant toutefois que le modèle « n’est pas parfait », il appelle à un effort collectif de l’ensemble du secteur.
Estimant que la proposition de loi cible injustement un acteur particulier, alors que l’industrie textile représente « 10 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre », il plaide pour une feuille de route commune à l’horizon 2030, fondée sur des engagements environnementaux contraignants pour les marques, avec sanctions à la clé, mais sans faire peser « le coût sur les consommateurs ».
11h14

« Maintenez-vous aujourd’hui que Shein ne relève pas de la fast fashion ? » interroge Sylvie Valente Le Hir

Invitée devant la commission, Sylvie Valente-Le Hir, rapporteure de la proposition de loi sur l’impact environnemental de l’industrie textile dite « fast fashion », a rappelé l’adoption quasi unanime du texte par le Sénat le 10 juin 2025, après une première audition en 2024. S’adressant aux représentants de Shein, la sénatrice est revenue sur les déclarations de leur président, Donald Tang, qui affirmait-il y a près de deux ans que l’entreprise « ne relevait pas de la fast fashion, » en invoquant un modèle fondé sur la production à la demande et la limitation des stocks. « Les volumes considérables de vêtements mis sur le marché, le rythme inédit de renouvellement des collections, le nombre massif de références proposées chaque jour et une stratégie de prix extrêmement bas dessinent un modèle industriel dont les impacts environnementaux, sociaux et climatiques sont désormais largement documentés », a-t-elle souligné.
Dans ce contexte, la rapporteure a interpellé directement l’entreprise : maintient-elle toujours ne pas relever de la fast fashion ? Et si tel est le cas, sur quels indicateurs précis, vérifiables et comparables aux autres acteurs du secteur s’appuie-t-elle pour le justifier, sans se réfugier derrière des éléments de langage ?
Elle a enfin interrogé Shein sur sa position de principe face à cette proposition de loi : l’entreprise y voit-elle une remise en cause de son modèle économique ou accepte-t-elle l’idée qu’une régulation soit nécessaire face à des systèmes reposant sur la surproduction massive et une incitation permanente à la consommation ?
11h05

Un audit « encore en cours » sur l’affaire des poupées pédopornographiques

« Cette affaire des poupées pédopornographiques sur notre site est une affaire qui n’aurait pas dû arriver », reconnaît Quentin Ruffat auprès du sénateur LR Marc Sené, « il est de notre devoir de contrôler ce genre de choses en tant que grande plateforme en ligne ». Détaillant le processus de contrôle du market place, le porte-parole de Shein affirme toutefois qu’ « aucune plateforme n’est à l’abri qu’un vendeur ne contourne les règles ». Il assure que « notre réponse après la découverte de ces produits a été rapide, ça a d’ailleurs été souligné par la DGCCRF et le tribunal judiciaire ». « En 24 heures, les produits n’étaient plus là », insiste-t-il, « en 24 heures, nous avons suspendu définitivement la catégorie ‘poupées sexuelles’ partout dans le monde, et la catégorie ‘pour adultes’. En 24 heures, nous avons élargi la liste noire des mots-clés interdits sur notre site ».

Quentin Ruffat explique également que, quelques jours plus tard, Shein France a suspendu « de manière provisoire et proactive » le market place, « pour vérifier qu’aucun autre vendeur ne contournait les règles ». Un choix qui aurait été fait « de manière volontaire et en totale dissociation avec la volonté de suspension du gouvernement ». Un audit est « encore en cours », qui sera « rendu public en temps et en heure », complète-t-il.

10h54

Frédéric Merlin assure que les magasins Shein prévus en province vont ouvrir « très prochainement »

Frédéric Merlin, président de la SGM Family, reconnaît des débuts difficiles après le lancement de Shein au BHV, et donc quelques réajustements. « En deux mois, pour une première mondiale, on ne peut pas tout bien faire, c’est impossible », plaide-t-il. « Avec les premières collections, on transformait un client sur dix en acheteur. Quand nous avons mis en rayon les nouvelles collections, on en a transformé six fois plus, et la réalité, c’est qu’aujourd’hui ces nouvelles collections sont épuisées », explique-t-il.

Alors que l’ouverture des boutiques Shein en province n’a cessé d’être reportée, certains commentateurs invoquant l’échec financier de l’expérience menée au BHV, Frédéric Merlin assure que ces magasins seront « très prochainement » accessibles, sans pour autant donner de date. « On nous dit que l’on procrastine pour l’ouverture des magasins de province, la réalité c’est que nous voulons ouvrir dans les meilleures conditions, avec de bonnes collections pour transformer nos clients en acheteur ».

Il a également évoqué l’effet de curiosité provoqué par l’arrivée de Shein au BHV, susceptible de profiter à des marques tricolores. « Ce qui formidable, c’est que cette marque attire un nombre phénoménal : 5 000 clients minimum, jusqu’à 12 000 les samedis, et cela ne désemplit pas », pointe-t-il. « Dans mon magasin BHV, on oublie de dire qu’il y a un nombre énorme de produits fabriqués en France. C’est potentiellement 28 % de clients nouveaux qui vont aller acheter ailleurs dans le BHV, et donc éventuellement français. »

10h45

« Je me considère comme un chef d’entreprise éthique », martèle Frédéric Merlin, le patron du BHV

Devant les sénateurs, le dirigeant défend que « dans les affaires, ce qu’il faut, c’est avoir raison. Mais avoir raison trop tôt, c’est avoir tort », lance-t-il d’emblée, expliquant avoir volontairement attendu que la polémique retombe. Selon lui, ce délai a permis de sortir de la passion et de l’émotion pour entrer dans le temps du bilan.
Frédéric Merlin se revendique pourtant comme « un chef d’entreprise éthique », rappelant que la majorité des marques présentes dans ses magasins partagent « les mêmes fournisseurs industriels que Shein ». Dès lors, refuser ce partenariat relèverait moins d’une cohérence morale que d’un combat global contre la mondialisation, « un problème qui me dépasse », reconnaît-il, non sans ironie : « Du haut de mes 34 ans, je ne suis pas capable de le régler à l’échelle mondiale. »
Le dirigeant insiste sur « le courage de Shein », qui savait en entrant sur le marché français qu’il s’exposait à « de fortes critiques ». Frédéric Merlin réfute également l’idée selon laquelle les clients Shein consommeraient uniquement par contrainte. « Il n’y a pas que des personnes contraintes, il y a aussi des consommateurs par envie ou par habitude », affirme-t-il, allant jusqu’à interpeller les sénateurs : « Je pense que certains de vos enfants consomment sur Shein. » La marque, rappelle son collègue Quentin Ruffat, directeur des relations extérieures de Shein, est aujourd’hui la cinquième préférée des Français et revendique 27 millions de clients, notamment chez les jeunes générations et pour des raisons de prix, mais aussi la diversité de tailles proposées.
Au BHV, l’installation de Shein au sixième étage a généré un flux inédit : jamais moins de 5 000 visiteurs par jour, assure-t-il, et près de 30 % d’entre eux auraient effectué un achat ailleurs dans le magasin. Une stratégie assumée pour un commerçant qui rappelle ses contraintes : « J’ai 2 000 salaires à payer tous les mois. »
Face aux départs de nombreuses marques après l’annonce du partenariat, Frédéric Merlin se montre sévère. Il dénonce une forme d’»hypocrisie », affirmant que 100 % des enseignes ayant quitté le BHV ne présentaient pas de réelle « viabilité économique sur place » et partageaient, là encore, les mêmes chaînes de production que Shein. « La baisse du chiffre d’affaires en fin d’année est réelle », reconnaît-il, mais il met en avant un système inédit de captation du chiffre d’affaires visant à « maximiser la valeur de chaque visiteur ».
Désormais, chaque transformation du BHV suscite une avalanche d’articles de presse. « Quelque part, ça fait de la pub », relativise-t-il, tout en admettant que le groupe est désormais « sous le feu des projecteurs ». Pour autant, le président de SGM Family assume pleinement sa stratégie et se réserve le droit de l’ajuster. « Si le bilan n’est pas positif, on arrêtera. » Mais une certitude demeure, martèle-t-il en conclusion : « Si on reste enfermés dans nos carcans, à faire ce qu’on a toujours fait, on va mourir. »
10h32

Le porte-parole de Shein assure que des « contrôles aléatoires » de conformité sont effectués « régulièrement »

Interrogé par le sénateur écologiste Yannick Jadot sur les études de conformité des colis, le porte-parole de Shein France indique que durant la dernière opération menée par les douanes, « seulement une centaine de colis sont restés à quai », tandis que les autres auraient été acheminés. Il précise ne pas être en mesure de commenter ces chiffres, n’ayant « pas été notifié par la DGCCRF et les douanes de la réalité de ces contrôles ».

Pour les contrôles internes à Shein, Quentin Ruffat rappelle « qu’en tant que très grande plateforme en ligne, nos obligations concernent l’évaluation et l’atténuation des risques ». Il explique que des « contrôles aléatoires » sont effectués « régulièrement » par des « auditeurs indépendants », qui peuvent « entraîner les sanctions contre les vendeurs tiers », en cas de non-conformité.

Concernant les vêtements et produits vendus sous la marque Shein, « des inspections aléatoires ont lieu chaque mois » : tests de résistance de tissu, de durabilité, de couleur, de boulochage, et de sécurité chimique. En 2024, « plus de 700 000 évaluations pour vérification de conformité aux normes applicables », ont été réalisées, indique le porte-parole. « Pour nos propres produits, des tests de sécurité basés sur les risques à grande échelle » sont effectués dans des « laboratoires indépendants et accrédités », ajoute-t-il. « Nous retirons tout produit ne respectant pas ces normes de sécurité », affirme-t-il. Quentin Ruffat déclare, à l’intention du sénateur Yannick Jadot, qu’il n’a « aucun problème à partager certains des résultats de nos contrôles produits ».

10h22

BHV-Shein : Yannick Jadot dénonce « une alliance mortifère »

« Aujourd’hui, je pense que vous êtes une alliance mortifère pour l’industrie textile européenne, pour les enseignes et les commerces de proximité », critique le sénateur écologiste Yannick Jadot. « Je pense que le modèle que vous portez nous le combattons. Abandonner les salariés ici, pour les exploiter de l’autre côté de la planète, c’est jamais une bonne idée ».

10h15

« Shein respecte toutes les lois, règlementations, et obligations fiscales applicables dans les marchés où nous opérons »

Pour Quentin Ruffat, directeur des relations extérieures de Shein, la plateforme s’inscrit dans « un moment de transformation profonde des usages de consommation, des modèles économiques et des attentes sociales ». Alors que le géant chinois se voit accusé d’étouffer les commerces physiques de centre-ville, Quentin Ruffat évoque « un phénomène de décommercialisation largement antérieur à l’arrivée de Shein en 2018 ». « Il s’inscrit dans une trajectoire longue marquée par plusieurs ruptures successives : le développement des hypermarchés et des zones commerciales en périphérie dans les années 1970, la délocalisation massive de l’industrie textile dans les années 2000 et puis l’adoption progressive du e-commerce par les consommateurs français. »

Shein emploie directement une vingtaine de personnes en France, mais « en 2023, ses activités ont soutenu 2 900 emplois dans le pays, et contribué à plus de 640 millions d’euros du PIB français », pointe Quentin Ruffat. « Entre le 1er janvier et le 30 juin 2025, Shein a enregistré plus de 25 millions d’utilisateurs actifs en France. Ils sont majoritairement âgés de 18 à 35 ans, et près de 95 % vivent en dehors de Paris, Lyon et Marseille. Notre marque est particulièrement présente et appréciée dans l’Ain, la Somme, l’Oise, le Doubs, les Hautes-Pyrénées, le Gard et l’Hérault. »

Le responsable de la communication de Shein a nié en bloc les critiques concernant la surproduction et le non-respect des réglementations. « Shein respecte toutes les lois, réglementations, et obligations fiscales applicables dans les marchés où nous opérons », a-t-il martelé. Il a également tenté de défendre un modèle de production prétendument vertueux, loin des attaques sur le gaspillage lié à la multiplication des références, et ses effets environnementaux délétères. « Notre modèle repose sur un principe simple mais exigeant : produire uniquement ce qui est demandé. Chaque nouvelle référence est produite en très petite série, entre 100 et 200 pièces. Nous analysons ensuite en temps réel les réactions des consommateurs, ajustons la production en conséquence. Cette logique nous permet de proposer chaque référence du triple XS ou triple XL sans multiplier les volumes inutiles. Elle poursuit un objectif clair : limiter la surproduction, le stock et les invendus qui sont les principaux fléaux environnementaux de l’industrie textile », a détaillé Quentin Ruffat.

10h10

« Shein n’est pas une cause, c’est une conséquence des arbitrages économiques des Français » : Frédéric Merlin assume la stratégie du BHV

Frédéric Merlin, président de SGM Family, propriétaire du BHV, a tenu à replacer son action dans une trajectoire personnelle et économique assumée. « Merci de me donner l’occasion de m’exprimer. C’est un honneur et une responsabilité », a-t-il d’emblée déclaré, estimant que les sujets abordés sont « trop complexes pour se contenter de raccourcis ».
Se définissant comme un « commerçant provincial », il a rappelé que son rapport au commerce s’est construit autour du centre-ville, perçu non seulement comme un lieu d’achat mais comme un espace de vie et d’emplois. Derrière chaque enseigne, a-t-il insisté, il y a des femmes, des hommes et une responsabilité sociale : « On ne sauve pas une filière par posture. » Selon lui, le débat dépasse largement le cas du BHV et touche à l’avenir des centres-villes, des usages et de l’emploi local.
Affirmant que « le client reste roi », Frédéric Merlin revendique une adaptation aux évolutions de la consommation dans le strict respect du “cadre légal”. C’est dans cette logique qu’il a justifié le partenariat avec Shein, présenté non comme un choix idéologique mais comme une expérimentation. « Shein n’est pas une cause, c’est une conséquence des arbitrages économiques des Français », a-t-il souligné, rappelant que des millions de consommateurs achètent déjà sur ces plateformes. La question centrale serait donc, selon lui, de savoir si ces flux doivent mieux exister hors des villes et des règles françaises, ou au contraire “à l’intérieur, dans un cadre fiscalisé, visible et régulé”. Plus de deux mois après le lancement de l’expérimentation, Frédéric Merlin estime être en mesure de dresser un premier bilan « serein », ouvrant la voie à une extension prochaine du dispositif en province. Il déplore toutefois un débat médiatique parfois « excessif », déconnecté des réalités de terrain, alors même que les magasins continuaient d’accueillir quotidiennement des milliers de clients.
Pour sortir des postures, le président de SGM Family a annoncé la création d’un think tank consacré à l’avenir du commerce et des centres-villes. Ce lieu de réflexion réunira experts, élus locaux, économistes et urbanistes, avec pour objectif d’établir un diagnostic d’intérêt général. « Le point de départ n’est ni Shein ni le BHV, mais l’affaiblissement structurel du commerce de centre-ville », a-t-il insisté, comparant les grands magasins à de véritables infrastructures de centralité urbaine, au même titre qu’une gare ou un hôpital.
« Je suis un commerçant français, provincial de culture et de formation », a conclu Frédéric Merlin, affirmant sa volonté de continuer à entreprendre, investir et prendre des risques, tout en contribuant à une réflexion collective « utile, lucide et responsable », avant de se dire prêt à répondre aux questions.
10h07

« S’agissant de Shein, il s’agit d’une expérimentation », affirme le propriétaire du BHV

Dans son propos liminaire, Frédéric Merlin justifie la vente de produits Shein au BHV à Paris en précisant qu’il s’agit d’une expérimentation. Le patron du BHV réitère son intention d’ouvrir « très prochainement des magasins en province ».

10h02

Dominique Estrosi-Sassone évoque une association SHEIN-BHV « qui a pu surpendre »

L’audition débute. La présidente de la commission, Dominique Estrosi Sassone, rappelle le contexte dans lequel prend part cette audition. La société des grands magasins (SGM) a été fondée en 2001 par Frédéric Merlin, à l’origine pour « redonner vie aux centres commerciaux urbains ». La société, dont le chiffre a été évalué à 430 millions d’euros en 2024, regroupe aujourd’hui 20 grands magasins et centres commerciaux, dont le fonds de commerce du BHV Marais depuis 2023. Dominique Estrosi Sassone indique que le BHV « a souffert du commerce en ligne au cours des dernières années ». Il a accueilli la première boutique physique mondiale de Shein le 5 novembre dernier, « une association qui a pu suspendre, compte tenu du positionnement haute gamme qui était devenu celui du BHV jusque-là ». Néanmoins, deux mois après l’ouverture de ce premier magasin, celle d’autres boutiques en province a été repoussée.

Quant à Shein, « souvent qualifié d’ultrafast-fashion », le site est l’un des « plus consultés du monde », rappelle la sénatrice LR. Son modèle économique repose sur « la production massive et rapide de vêtements à bas coûts, et le renouvellement constant de ses collections ». La marque « soulève de fortes inquiétudes en matière d’hyper consommation, de qualité des produits et d’impact environnemental ». Elle est aussi accusée de « faire subir des conditions de travail difficiles, de plagier la concurrence et de pratiques commerciales trompeuses ». Plus récemment, l’entreprise a été pointée du doigt pour ses difficultés « à se conformer aux réglementations françaises et européennes », et pour « la vente de produits illicites et dangereux », qui « interroge sur sa volonté à coopérer avec les autorités publiques ».

10h00

Annoncée en octobre, l’arrivée de Shein, géant chinois de l’ultra fast-fashion, dans plusieurs centres-villes en France, via un accord avec plusieurs magasins Galeries Lafayette gérés par le groupe SGM Family, a déclenché une vive polémique dans le secteur français du prêt-à-porter. Cette annonce intervient alors que les parlementaires français tentent de légiférer depuis plusieurs mois contre l’impact écologique de la mode express. Retrouvez notre article :

>> Fast-fashion : « Avec les Galeries Layafette, le géant Shein s’achète une particule »

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