Entreprises : face à la hausse des retards de paiement, une proposition de loi en préparation au Sénat
Crédit : SYSPEO / SIPA / 2411271511

Entreprises : face à la hausse des retards de paiement, une proposition de loi en préparation au Sénat

Dans un contexte de fragilisation de la trésorerie des entreprises, l’allongement des délais de paiement inquiète gouvernement et parlementaires, bien décidés à réagir. Au Sénat, une initiative pourrait voir le jour dans les prochains mois, sous la houlette de la délégation aux entreprises.
Guillaume Jacquot

Temps de lecture :

4 min

Publié le

C’est la bête noire des petites et des moyennes entreprises. Livrer une marchandise ou réaliser une prestation, et faire face à un mauvais payeur. Le phénomène s’est aggravé l’an dernier, comme le documente le rapport annuel 2024 de l’Observatoire des délais de paiement, alors que les retards s’étaient stabilisés en 2023, marquant la fin d’une baisse entamée en 2020.

En fin d’année dernière, le retard moyen pour un paiement a atteint 13,6 jours, un niveau supérieur à la moyenne européenne, et en hausse d’un jour rapport au chiffre de l’année précédente. Autre voyant au rouge, la part des grands retards (supérieurs à 30 jours) continue de croître, et touche aujourd’hui plus de 9 % des entreprises françaises.

Seules 50 % des grandes entreprises paient aujourd’hui sans retard

Les rapports sont en outre déséquilibrés dans la chaîne des paiements. Les plus grandes entreprises sont restées les moins bonnes élèves dans le secteur privé, avec des retards atteignant 18 jours dans les organisations de plus de 1 000 salariés. Seules 50 % des grandes entreprises paient aujourd’hui sans retard, alors que plus de 2 petites et moyennes entreprises (PME) sur 3 règlent leurs fournisseurs avant les 60 jours légaux, une part qui monte à plus de 4 sur 5 chez les microentreprises.

Dans un contexte de forte remontée du nombre de défaillances d’entreprises (66 000 l’an dernier), le sujet a de quoi inquiéter les pouvoirs publics. Les retards de paiement entraînent des conséquences financières sur les entreprises qui en sont victimes. Leur persistance pénalise la trésorerie des PME et des microentreprises à hauteur de 15 milliards d’euros, selon la Banque de France. Coface, spécialiste mondial des risques de crédit, estime qu’un quart des défauts d’entreprises en France serait ainsi dû à des impayés. L’effet de contagion en est l’un des moteurs. Comme un effet domino, des entreprises ne peuvent plus payer leurs fournisseurs, car elles-mêmes sont en attente d’un paiement de la part de leur client.

Le gouvernement veut un renforcement des sanctions contre les débiteurs en cas des retards de paiement

Les mauvais chiffres du rapport de l’Observatoire des délais de paiement ont poussé le gouvernement à taper du poing sur la table. « Les PME sont les premières à payer et les dernières à l’être. Ces retards de paiement représentent 15 milliards de trésorerie bloquée, par les grandes entreprises au détriment des plus petites. Ce n’est pas normal. Nous devons agir, c’est une question de justice économique », avait réagi Véronique Louwagie, ministre déléguée chargée du Commerce, de l’Artisanat, des PME le 11 juillet.

L’ancienne députée LR avait plaidé pour un renforcement des contrôles et un rehaussement du plafond des sanctions, « par exemple jusqu’à 1 % du chiffre d’affaires mondial ». Lors de son discours sur les grandes orientations du budget 2026, François Bayrou a confirmé cette volonté, pour lutter contre « l’un des problèmes fondamentaux auxquels les entreprises et notamment les PME se trouvent confrontées ». Cette même piste avait été poussée aussi cette année par les médiateurs de l’Entreprise et du Crédit.

Des travaux en cours au Sénat avant le dépôt d’une proposition de loi

L’accroche législative se fera très certainement par le biais d’un texte d’origine sénatoriale. La délégation aux entreprises, présidée par le sénateur (LR) Olivier Rietmann, est en première ligne. « C’est un projet, on travaille sur le fond. On peut arriver à quelque chose pour cet automne », relate le sénateur de Haute-Saône.

Le parlementaire franc-comtois pousse également la ministre à agir sur la question des retards de paiement de l’État, ou encore des collectivités locales dans les Outre-mer. 10,7 % des paiements de l’État dépassent un délai de 30 jours, la situation s’est améliorée en 2024. Elle se dégrade nettement, en revanche, dans les établissements publics de santé : le délai moyen de paiement s’élève désormais à 63,4 jours, au-delà du délai réglementaire. En Outre-mer, le délai de paiement a diminué de 3,2 jours en un an, mais atteint encore 39,2 jours.

Partager cet article

Pour aller plus loin

Dans la même thématique

French firefighters conduct overnight patrols to prevent wildfire reignition in Gironde
5min

Économie

« En colère, désabusés » : les pompiers en grève ressortent peu convaincus du ministère de l’Intérieur 

Après un été marqué par des incendies d’une ampleur inédite, les sapeurs-pompiers sont à bout. Ce mardi 8 septembre, ils entament six semaines de mobilisations dans le but d’obtenir de meilleurs moyens financiers, matériels et humains. Place Beauvau, où ils étaient reçus ce matin, les syndicats de pompiers ne cachent pas leur mécontentement.

Le

Piratage du portail des impôts : un contrôle du Sénat relève des « fragilités structurelles » dans le système
9min

Économie

Piratage du portail des impôts : un contrôle du Sénat relève des « fragilités structurelles » dans le système

La commission des finances du Sénat a entrepris un travail de contrôle auprès du ministère des Comptes publics et de la Direction générale des finances publiques, à la suite de la double intrusion dans des systèmes d’exploitation des impôts. Les sénateurs indiquent qu’ils suivront avec attention la mise en œuvre des réponses en matière de sécurité informatique.

Le

Entreprises : face à la hausse des retards de paiement, une proposition de loi en préparation au Sénat
8min

Économie

Un rapport sénatorial fustige l’instabilité fiscale qui pèse sur les entreprises

Une mission d’information au Sénat s’est penchée sur les prélèvements obligatoires sur les entreprises ces derniers mois. Dans son rapport rendu public ce 3 septembre, elle recommande une série de réformes, dont la mise en place d’une programmation contraignante en début de législature pour éviter les volte-faces fiscales, et toute instabilité préjudiciable à l’activité et aux investissements.

Le

CAEN : 80th FNSEA CONGRESS
6min

Économie

Canicule : après un été cauchemardesque, la FNSEA réclame au gouvernement un « électrochoc » pour accompagner les agriculteurs

Alors que le ministère de l’Agriculture doit dévoiler d’ici quelques jours son plan d'urgence pour aider les agriculteurs touchés par la sécheresse et les canicules, la FNSEA a présenté à l’occasion de sa rentrée sa propre liste de doléances. Le premier syndicat agricole réclame notamment des allégements de charges et de cotisations pour soutenir les trésoreries.

Le