Épargne salariale : une proposition de loi pour permettre un déblocage anticipé exceptionnel
Crédit : ADIL BENAYACHE / SIPA / 2403071516

Épargne salariale : une proposition de loi pour permettre un déblocage anticipé exceptionnel

Une proposition de la droite sénatoriale est en discussion ce 7 avril pour permettre aux salariés de débloquer jusqu’à 5000 euros de leur épargne salariale cette année, sans motif. Un dispositif similaire avait été mis en place en 2022, année de fortes tensions sur le pouvoir d’achat.
Guillaume Jacquot

Temps de lecture :

5 min

Publié le

La mesure a pour objectif de doper légèrement la consommation en France, dans une période où le taux d’épargne moyen des ménages se maintient à des niveaux élevés. Le Sénat examine ce mardi 7 juillet une proposition de loi pour permettre un déblocage exceptionnel de l’épargne salariale en 2026.

Porté par des sénateurs LR, le texte permet de retirer, dans la limite de 5000 euros, tout ou partie des sommes placées au titre de l’intéressement, de la participation ou de la prime de partage de la valeur, sur un plan d’épargne entreprise. Lorsqu’ils reçoivent ces sommes, les salariés ont le choix entre les percevoir immédiatement – elles sont alors soumises à l’impôt sur le revenu – ou alors de les placer sur ces supports d’épargne salariale. Elles sont alors défiscalisées mais, et c’est la contrepartie de ce régime favorable, elles sont bloquées pour cinq ans.

Un dispositif déjà mis en place dans le passé

L’épargne salariale reste un support très utilisé par les Français qui peuvent en disposer. On compte 13,2 millions de salariés épargnants, répartis au sein de 442 000 entreprises. L’encours total atteignait en 2025 près de 230 milliards d’euros, soit un montant moyen de 17 000 euros par personne.

Ce type d’assouplissement est loin d’être inédit. À plusieurs reprises ces trente dernières années, le Parlement a autorisé des déblocages anticipés, dans des contextes économiques difficiles. Dans l’histoire récente, ce type de décision a été prise dans la foulée de la crise de 2008, la récession de 2013 ou encore la crise énergétique et inflationniste de 2022. Le dispositif retenu exclut explicitement l’épargne retraite.

Le gouvernement favorable à un déblocage anticipé

Le gouvernement lui-même défend depuis janvier la nécessité de permettre un déblocage anticipé de l’épargne de l’intéressement et de la participation. Les modalités proposées par le ministre des PME et du Pouvoir d’achat, Serge Papin, sont toutefois différentes de celles retenues par les sénateurs. L’ancien patron de Système U plaide pour un retrait allant jusqu’à 2000 euros, et limité aux salariés touchant maximum deux fois le Smic (3646 euros mensuels brut).

Pour Laurence Muller-Bronn, rapporteure LR de la proposition sénatoriale, 2000 ne correspondait qu’à des « dépenses courantes », alors qu’un seuil à 5000 permet de « financer des projets plus significatifs, tels que des études ou le logement ».

Une proposition de loi de la députée LR Sylvie Bonnet, portant elle aussi sur déblocage anticipé de l’épargne salariale, aurait dû être l’occasion d’aborder aussi le sujet. Inscrite à l’ordre du jour de l’Assemblée nationale en janvier, dans le cadre d’un espace réservé à son groupe, le texte n’avait pas pu être débattu. Le texte, tel qu’il était sorti de la commission des affaires sociales, prévoyait jusqu’à 20 000 euros.

La dernière fois, ce type de dispositif n’avait été que très peu utilisé par les salariés concernés. Selon l’Association française de la gestion financière (AFG), le mécanisme de déblocage anticipé, permis par la loi pour le pouvoir d’achat de l’été 2022 n’avait entraîné la sortie de seulement 1,1 milliard d’euros entre la mi-août et la fin décembre, soit 0,6 % de l’encours global. 300 000 personnes en avaient fait la demande. Dans un contexte de finances publiques dégradées, le dispositif a l’avantage d’être sans coût pour l’État.

Rappelons qu’actuellement que le déblocage des fonds, avant la fin des 5 ans, n’est permis que dans quelques circonstances bien précises : mariage ou conclusion d’un PACS, naissance ou adoption d’un troisième enfant ou plus, divorce ou séparation, violences conjugales, invalidité, décès, rupture du contrat de travail, création ou reprise d’entreprise, acquisition de la résidence principale, surendettement, cessation d’activité, expiration des allocations chômage, ou encore travaux de rénovation énergétique.

Déblocage anticipé dès la naissance du premier enfant

La proposition de loi sénatoriale assouplit l’un de ces critères. Ouvert par décret de 1987, il ne correspondait plus à la réalité de la natalité actuelle. Le texte présenté au Sénat autorise le déblocage son épargne salariale en cas de naissance ou d’adoption, et ce dès le premier enfant.

À noter que le texte prévoit deux autres mesures. Il vise à faciliter certains freins techniques à au recours aux fonds communs de placement d’entreprise, dans le placement de l’épargne salariale. Ces fonds sont dédiés aux opérations de rachat réservées aux salariés, l’exemple le plus connu étant celui de la Redoute en 2014.

Un autre article prévoit de faciliter la transmission de données entre organismes, important en cas de changement d’entreprise. Il vise à autoriser l’échange entre les gestionnaires des plans d’épargne salariale et de retraite du numéro d’inscription au répertoire des personnes physiques, le « numéro de Sécu ».

Selon la sénatrice Laurence Muller-Bronn, des échanges sont en cours avec le gouvernement en vue d’une procédure accélérée.

Partager cet article

Pour aller plus loin

Dans la même thématique

« On ne peut pas rester comme ça dans ce flou artistique » : des sénateurs font monter la pression pour obtenir un budget 2026 rectificatif
6min

Économie

« On ne peut pas rester dans ce flou artistique ! » : des sénateurs font monter la pression pour obtenir un budget 2026 rectificatif

Le gouvernement a détaillé de nouvelles mesures d’accompagnement pour faire face à la flambée des carburants, mais n’a toujours pas révélé ses choix en matière d’économies, pour tenir la trajectoire des comptes publics. Au Sénat, le rapporteur général de la commission des finances exige par courrier à Bercy la communication des arbitrages. La demande pour un projet de loi de finances rectificative monte également.

Le

Le rapporteur général de la commission des finances du Sénat réclame un projet de loi de finances rectificative, « sans délai »
2min

Économie

Le rapporteur général de la commission des finances du Sénat réclame un projet de loi de finances rectificative, « sans délai »

Dans un communiqué, le sénateur LR Jean-François Husson appelle le gouvernement à agir, estimant que le cadre budgétaire voté en début d’année « n’est plus crédible ». Il considère que cela doit passer par un budget rectificatif, seul capable de redonner de la « visibilité à la Nation face aux incertitudes économiques et géopolitiques ».

Le

Épargne salariale : une proposition de loi pour permettre un déblocage anticipé exceptionnel
7min

Économie

Banque de France : Emmanuel Moulin assure les sénateurs de son « indépendance » vis-à-vis « du pouvoir exécutif » et « des intérêts privés »

Nommé par Emmanuel Macron pour prendre la tête de la Banque de France, Emmanuel Moulin a assuré les sénateurs qui l’ont auditionné de sa totale « indépendance », s’il est bien confirmé à ce poste. « Homme libre », il juge que le « quoi qu’il en coûte », lors du covid, « aurait pu être désactivé plus tôt » et que les mesures de soutiens face au coût de l’énergie ont été « beaucoup trop élevées ».

Le

France Cannes 2026 Minotaur Red Carpet
9min

Économie

Tribune anti-Bolloré : le cinéma Français peut-il se passer de Canal + ?

La menace du patron de Canal+ d’écarter les signataires d’une tribune contre l’influence de Vincent Bolloré a provoqué une onde de choc à Cannes. Au-delà de la polémique politique, l’affaire met en lumière la place devenue incontournable du groupe dans le cinéma français. Premier financeur privé du secteur, diffuseur historique et désormais présent dans une partie de l’exploitation des salles via UGC, Canal+ s’impose à tous les niveaux de la chaîne de valeur d’une filière fragilisée et fortement dépendante de ses investissements.

Le