EPR2 : le PDG d’EDF prévoit 3 milliards d’euros sur ses fonds propres en 2024

Auditionné par la commission d'enquête sur l'électricité devant le Sénat, Luc Rémont a évoqué le lancement du projet de Nouveau nucléaire et insisté sur les besoins de financement pour le mettre en place.
Luna Perez

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Si le parc nucléaire français peut théoriquement encore être utilisé pendant plusieurs décennies pour produire l’électricité nécessaire aux entreprises et aux particuliers français, le numéro 1 d’EDF, Luc Rémont se veut clair sur les ambitions du groupe : « Il nous faut être prêt pour être capables de remplacer nos réacteurs ». Le directeur du principal fournisseur d’énergie en France a insisté auprès de la commission d’enquête sur son implication dans la mise en place du programme de Nouveau nucléaire.

Le gouvernement porte ce projet de relance de la filière du nucléaire, avec la création prévue de 6 nouveaux réacteurs nucléaires, les EPR2, annoncée par Emmanuel Macron à Belfort, en février 2022. Mais depuis, peu d’avancées ont été relevées, au point que les syndicats d’EDF s’impatientent et demandent à l’Etat « d’appuyer sur le champignon ». Comme l’a confirmé Luc Rémont au président de la commission d’enquête sur l’électricité, Franck Montaugé, aucune commande de l’Etat n’a pour le moment été effectuée sur ce projet. La volonté de l’exécutif d’installer de nouveaux réacteurs avait pourtant également été mise en avant lors de la présentation du plan d’investissement France 2030, pour « répondre au besoin de décarbonation de l’énergie en maintenant l’objectif d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2050 ».

La question du financement

Le PDG d’EDF l’assure, « à ce jour nous avons engagé un peu moins de 2 milliards d’euros des fonds propres d’EDF sur la préparation de ce projet. En fin d’année nous atteindrons 3 milliards d’euros ». Des chiffres importants mais « soutenables » pour un groupe comme EDF, considère Luc Rémont. A condition bien sûr que l’Etat finisse par s’engager aux côtés d’EDF. « Je considère qu’il est souhaitable qu’en fin d’année nous puissions converger vers une décision qui doit être commune au conseil d’administration d’EDF et à l’Etat sur les conditions de lancement du projet. Ce ne sera pas les conditions finales parce qu’il nous faudra aller chercher l’accord communautaire sur les conditions de lancement du projet. Nous irons ensuite vers une deuxième décision, qui devrait aller jusqu’en 2025, qu’on appelle la décision finale d’investissement », récapitule le directeur général du fournisseur d’énergie. A partir de cette décision finale, impossible de faire demi-tour.

Luc Rémont rappelle à la commission qu’il est essentiel qu’EDF fasse la demande de financement public : « Aujourd’hui, à de très rares exceptions près, aucun site de production électrique en Europe n’est réalisé en l’absence d’un financement public. Nous sommes dans un environnement de marché qui fait que la fluctuation des prix affecte la capacité à lever les financements nécessaires sans forme de garantie publique. Nous aurons besoin de cette forme de garantie pour réaliser ce projet ». L’opérateur tente de couvrir ses risques, puisque « les montants à lever sur les marchés financiers sont colossaux », et que ceux-ci ne sont pas en mesure de répondre à une demande d’investissement aussi importante, précise Luc Rémont aux sénateurs.

 

 

 L'enjeu c'est que dans le courant de l'année 2025, nous puissions passer à un financement partagé du Nouveau nucléaire 

L’objectif de la décarbonation

Le programme Nouveau nucléaire s’inscrit dans la stratégie bas-carbone de la France, qui vise la neutralité carbone d’ici 2050. Il s’agit notamment de diversifier le mix énergétique et de le décarboner, en misant en partie sur le nucléaire, ce qu’a évoqué le numéro 1 d’EDF à plusieurs reprise devant la commission d’enquête. « Une écologie décarbonée et compétitive pour nos concitoyens », c’est ce que souhaite permettre EDF, selon son président. A la question « quel est votre monde électrique idéal ? », posée par le directeur et le rapporteur de la commission sur l’électricité, Luc Rémont évoque à nouveau la protection de l’environnement. « Dans ce monde électrique idéal, il est également nécessaire d’accompagner les consommateurs sur le chemin de la décarbonation », déclare-t-il. Mais toutes les oppositions ne semblent pas du même avis, face à ce projet de relance nucléaire, en critiquant les conséquences écologiques, sanitaires, et surtout les coûts importants.

 

Partager cet article

Dans la même thématique

EPR2 : le PDG d’EDF prévoit 3 milliards d’euros sur ses fonds propres en 2024
3min

Économie

Prix des carburants : en envisageant d’encadrer les marges des distributeurs, le gouvernement « tape à côté du problème », déplore Manuel Bompard

Face à la flambée des prix du carburant, le gouvernement réfléchit à encadrer les marges des distributeurs, sans avoir à ce stade « tranché » la question. Invité de la matinale de Public Sénat ce mercredi, Manuel Bompard, coordinateur national de LFI, estime de son côté que « les marges qui sont abusives aujourd’hui ne sont pas à la distribution », mais au niveau du « raffinage ». Pour lui, les cortèges du 1er mai peuvent être l’occasion d’une mobilisation « pour le blocage des prix ».

Le

EPR2 : le PDG d’EDF prévoit 3 milliards d’euros sur ses fonds propres en 2024
6min

Économie

« Il faudra bien trouver des voies d'apaisement » : Serge Papin estime que le cadre des relations entre grande distribution et fournisseurs est arrivé « au bout »

Le ministre des PME et du Commerce plaide pour un développement des négociations commerciales sur le long terme. Celles-ci sont actuellement annuelles, concentrées sur trois mois, et sources de tensions. « Il faudrait que l’on trouve des voies nouvelles », a-t-il reconnu devant la commission d’enquête du Sénat.

Le

Les sénateurs communistes déposent une proposition de loi pour bloquer les prix des carburants et du gaz
4min

Économie

Les sénateurs communistes déposent une proposition de loi pour bloquer les prix des carburants et du gaz

Le groupe communiste du Sénat propose une solution pour les ménages victimes de la flambée des cours du pétrole : réglementer et plafonner les prix des carburants routiers et du gaz naturel, en période de crise. Leur texte prévoit également une réduction du taux de TVA sur les mêmes énergies, ainsi qu’un encadrement des marges dans les entreprises du secteur de l’énergie.

Le

EPR2 : le PDG d’EDF prévoit 3 milliards d’euros sur ses fonds propres en 2024
4min

Économie

Élargir le travail le 1er mai ? Marlène Schiappa appelle à « ne pas bloquer » la « France qui veut travailler »

Une proposition de loi visant à élargir le travail le 1er mai pour les salariés de certains secteurs a été rejetée la semaine dernière à l’Assemblée nationale. Les syndicats sont opposés à la mesure et appellent Sébastien Lecornu à ne pas convoquer de commission mixte paritaire sur le texte. « Je m'étonne qu'en 2026, ce sujet fasse encore débat », lance ce lundi 13 avril sur Public Sénat Marlène Schiappa, membre du comité exécutif du parti présidentiel, Renaissance, qui soutient la mesure.

Le