Espace : « Il faut préparer l’avenir et ne pas dépendre des Etats-Unis et de la Chine », explique le concurrent de Starlink

Auditionné par la commission des affaires économiques du Sénat, le directeur général d’Eutelsat, principal concurrent de Starlink, revient sur les enjeux du développement de l’accès à internet par Satellite. Un enjeu de souveraineté pour les pays européens alors que les acteurs américains disposent d’une avance importante.
Henri Clavier

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C’est un secteur d’activité où les places valent cher. Ce jeudi 3 décembre, la commission des affaires économiques auditionnait le directeur général d’Eutelsat, Jean-François Fallacher, un opérateur de télécommunications par satellite. Devant les sénateurs, ce dernier évoque un « moment de bascule de l’entreprise » qui ambitionne de concurrencer la société Starlink, sous contrôle d’Elon Musk. Depuis une décennie, la société franco-britannique a opéré un changement majeur suite au « déclin structurel du business de la vidéo » par satellite pour déployer de nouvelles capacités permettant de fournir des accès internet par satellite. 

Actuellement, Eutelsat dispose d’une flotte de 650 satellites en basse orbite – soit à une distance de 1 200 kilomètres de la Terre – lui permettant d’offrir une connexion internet satellite rapide et adaptée à tous les types d’usages. En effet, les satellites plus « classiques » dit géostationnaire flotte à une orbite de 36 000 kilomètres ce qui induit une latence de 0,7 à 0,8 seconde. Un temps de latence qui exclut la possibilité de recourir à ces satellites pour certains usages, notamment les usages militaires. 

La concurrence de Starlink 

« Aujourd’hui, seulement deux opérateurs sont opérationnels, Starlink et Eutelsat », pointe Jean-François Fallacher. Néanmoins, l’entreprise d’Elon Musk dispose d’une avance considérable puisque près de 8 000 satellites contribuent à l’offre de Starlink contre 650 pour Eutelsat. Une flotte acquise grâce au rachat de la société One Web, la société ayant lancé la flotte de satellite basse orbite, en 2023. « Ce climat concurrentiel est à la fois prometteur et difficile », note le directeur général d’Eutelsat qui rappelle que « les Américains ont clairement une domination avec SpaceX qui a bénéficié du soutien très fort de la NASA et du Pentagone ». 

Une avance notamment due aux subventions massives reçues par les entreprises américaines que Jean-François Fallacher estime à 15 milliards d’euros. Par ailleurs, Starlink dispose également d’autres avantages comme le contrôle de « l’intégralité du cycle de la fabrication au lancement » et une flotte de plus basse orbite permettant de bénéficier d’une connexion plus rapide. Au-delà de ces deux entreprises, la direction d’Eutelsat alerte sur l’arrivée de nouveaux concurrents, notamment Amazon et des acteurs étatiques chinois. 

« Une question de souveraineté » 

Pour ces raisons, Jean-François Fallacher fait du développement d’Eutelsat « une question de souveraineté » et se réjouit du renforcement de la participation de l’Etat français au capital de la société. En effet, Eutelsat a lancé très récemment une augmentation de capital à l’issue de laquelle l’Etat français devrait détenir 29 % des actions de la société. L’Etat britannique, une société Indienne ainsi que CMA CGM sont les autres principaux actionnaires. 

Interrogé par le sénateur Patrick Chaize (LR) sur le but de cette augmentation de capital, Jean-François Fallacher détaille ses objectifs. « Entre 2026 et 2029, nous prévoyons des investissements bruts qui devraient atteindre 2 milliards d’euros dont la majeure partie sera consacrée à notre constellation basse orbite pour continuer à assurer son fonctionnement, renforcer la qualité de service et la couverture mondiale, notamment face à l’augmentation de la demande », explique le directeur général qui rappelle notamment la faible durée de vie des satellites (environ sept ans). A terme, ces investissements doivent permettre de mettre 440 nouveaux satellites en orbite et de « préparer l’avenir et de ne pas seulement dépendre des Etats-Unis et de la Chine ». 

La possibilité d’une concurrence européenne 

Malgré l’optimisme affiché de Jean-François Fallacher, Patrick Chaize pointe la volonté d’autres acteurs européens d’investir cette activité, notamment l’Allemagne qui souhaite développer une flotte de satellites en basse orbite pour ses usages militaires. « Ce sont des objets technologiques fascinants avec des barrières technologiques à l’entrée qui sont colossales, ce serait dommage que l’Europe se disperse », juge le directeur général d’Eutelsat. 

En dépit de ces ambitions divergentes, Jean-François Fallacher affirme, en réponse au sénateur Henri Cabanel (RDSE), être « très satisfait du soutien français » et notamment de la mobilisation diplomatique auprès des autres États européens. Surtout, le dirigeant d’Eutelsat attend beaucoup du projet IRIS² qui doit permettre de mobiliser jusqu’à 6 milliards d’euros de fonds européens afin de constituer le premier réseau de satellites multi-orbitaux en Europe. 

« Le conflit ukrainien a montré que des moyens civils pouvaient être utilisés sur le front » 

Enfin, la guerre en Ukraine a démontré l’importance de disposer d’un fournisseur d’accès par satellite fiable durant les périodes de conflit. En effet, l’utilisation de Starlink a permis à l’Ukraine de pallier la destruction de certaines infrastructures permettant de bénéficier d’une connexion internet, mais également d’assurer un renseignement militaire de qualité. Surtout, le recours à Starlink a facilité l’utilisation de drones, que cela soit pour des usages défensifs ou pour déployer directement des appareils sur le territoire russe afin d’y viser des infrastructures clés. Lors du retour de Donald Trump à la Maison blanche, les Ukrainiens craignaient de se voir priver l’accès à Starlink, un choix qui aurait eu des implications majeures sur la poursuite du conflit.

Des raisons qui ont vraisemblablement motivé la Direction générale de l’armement (DGA) à conclure un accord-cadre avec Eutelsat en vue du lancement du programme Nexus qui doit permettre de renforcer les capacités de communications spatiales militaires des forces et compléter les satellites militaires en orbite géostationnaire par une constellation de satellites en orbite basse. « Le conflit ukrainien a montré que des moyens civils pouvaient être utilisés sur le front », pointe Jean-François Fallacher qui considère que c’est « aussi ce qui a amené la DGA à considérer que la constellation OneWeb peut être utilisée à des moyens militaires ».

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