Ni baisse de TVA, comme demandée par le Rassemblement national, ni plafonnement des prix, comme le réclame la France insoumise. Même si la fièvre est légèrement retombée sur les marchés mondiaux du pétrole, la volatilité des cours reste élevée et l’évolution de la situation sécuritaire dans le Golfe Persique, où transitent 20 % du pétrole mondial, incertaine. Au douzième jour de la guerre au Moyen Orient, le gouvernement est toujours à la recherche de la parade face à l’envolée des prix des carburants, qui ont franchi la barre des deux euros le litre.
Après avoir réalisé des contrôles dans les stations-services, l’exécutif peut aussi compter sur la libération de 400 millions de barils de pétrole par les pays membres de l’Agence internationale de l’énergie, organisation internationale dont fait partie la France. Ces stocks, issus des réserves stratégiques, peuvent jouer un rôle temporaire d’amortisseur. Rappelons que le détroit d’Ormuz, où le trafic est quasiment à l’arrêt, est en temps normal la voie de passage de 20 millions de barils par jour. La libération de stocks correspond donc à quasiment trois semaines des volumes qui transitent par le détroit.
« Pas de décision prise » à ce stade, au niveau du gouvernement
Les réflexions sur des solutions domestiques se poursuivront ce jeudi, puisque le ministère de l’Economie reçoit les distributeurs français. Sébastien Lecornu a demandé à ses ministres de continuer de travailler sur des solutions. Celles-ci pourraient passer par un « plafonnement des marges » ou des mécanismes permettant de « lisser les hausses et les baisses » des prix des carburants, a-t-il indiqué lors du Conseil des ministres. « Il n’y a pas de décision prise », a tenu à préciser Maud Brégeon, la porte-parole du gouvernement à la mi-journée. L’exécutif sera également au chevet de certaines professions très concernées par la hausse des prix des hydrocarbures, comme les agriculteurs, les pêcheurs ou encore les transporteurs.
D’un côté, le gouvernement se rassure en voyant la crise actuelle comme moins sérieux que celle de 2022. L’invasion russe en Ukraine avait provoqué des tensions très fortes sur les prix du gaz, en pleine période de forte indisponibilité du parc nucléaire français.
Le revers de la médaille, c’est que le pays est bien moins bonne posture financière qu’il y a quatre ans. D’où la position prudente du gouvernement sur d’éventuels outils permettant de limiter la douloureuse au niveau de la pompe à essence. Il est « trop tôt » pour parler de nouvelles aides à l’achat de carburant, avertissait par exemple Maud Bregeon, ce lundi.
« Le pays n’a plus d’argent », selon le gouverneur de la Banque de France
Voix infatigable de la modération budgétaire, le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, a été encore plus direct ce matin sur RTL, indiquant que le pays n’avait « plus d’argent ». « Si nous creusons encore les déficits et la dette, ça va pénaliser les Français eux-mêmes. Ça se traduit par une montée des taux d’intérêt à long terme », a averti le haut fonctionnaire, dont le mandat s’achèvera prochainement.
Et effectivement, la situation des comptes publics laisse apparaître un pays moins solide qu’en 2022. Durant la première année de la guerre en Ukraine, le déficit public s’était réduit à 4,7 % du PIB, en incluant les premières mesures d’aides coûteuses contre la crise énergétique, à hauteur de quasiment 24 milliards d’euros. L’année suivante, le déficit avait dérapé à 5,5 % du PIB, avec là encore près de 20 milliards d’euros de soutiens publics face à l’envolée des prix de l’énergie, selon un rapport de la Cour des comptes.
« Quatre-vingts milliards d’euros avaient été mobilisés à l’époque pour protéger le pouvoir d’achat des Français. De l’argent que nous sommes toujours en train de rembourser d’ailleurs », a souligné le ministre des Comptes publics, David Amiel, ce 11 mars dans les colonnes du Parisien. L’ancien député Renaissance a souligné qu’il y avait un « devoir impérieux de maîtrise des comptes publics ».
Par le passé, les différentes dépenses de soutien (bouclier gaz, bouclier électricité, aides au paiement des factures d’électricité pour les entreprises, chèques énergies renforcés pour les ménages modestes, ou encore remises sur les carburants) avaient représenté en 2022 0,9 point de PIB, et en 2023 0,7 point de PIB. La seule remise sur les carburants a coûté à l’État en 2023 près de 8 milliards d’euros.
Un déficit public à 4,7 % du PIB en 2022, contre 5 % prévus pour 2026
Le point de départ est moins reluisant actuellement. Pour 2026, le déficit devrait être timidement ramené de 5,4 % à 5 %, selon le scénario voté dans le budget adopté au terme de longues discussions cet hiver. Le niveau est plus élevé qu’en 2022. Une nouvelle crise énergétique dégraderait d’abord les recettes, en raison de son impact sur l’activité. Le ministère de l’Économie estime que chaque progression de dix dollars sur le prix du baril, rognerait le PIB de 0,1 point.
L’endettement de la France est aussi bien plus massif qu’il y a quatre ans. À la fin du premier trimestre 2022, la dette publique s’établissait à 2 900 milliards s’euros. À la fin du troisième trimestre 2025, celle-ci a atteint quasiment 3500 milliards. Le coût du refinancement des titres arrivés à maturité est aussi plus élevé qu’en 2022-2023, où le taux à 10 ans tournait autour de 3 %. Aujourd’hui, il tutoie les 3,6 %.
Certains parlementaires rappellent également qu’il a été difficile pour la France de sortir de ces mécanismes d’urgence. « Il faut vraiment qu’on soit très raisonnable sur ce qu’on fait, parce que la politique du quoi qu’il en coûte qui a été mis au moment de la guerre en Ukraine et de la crise de l’énergie a coûté extrêmement cher à l’État. On a eu beaucoup de mal à se défaire des mécanismes de soutien, il faut aujourd’hui finalement s s’adapter », a déclaré sur notre antenne la sénatrice LR Christine Lavarde, spécialiste des sujets d’énergie et de transition.