Guerre au Moyen-Orient : Faut-il craindre une pénurie de carburants en France ?
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Guerre au Moyen-Orient : faut-il craindre une pénurie de carburants en France ?

Aucun problème d’approvisionnement en carburants à court terme ne menace le pays. Les difficultés dans certaines stations concernent notamment celles du réseau de TotalEnergies, qui a décidé de plafonner les prix. Mais des questions subsistent en cas de prolongation du conflit.
Guillaume Jacquot

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Nombre d’automobilistes ont été confrontés à une station en rupture d’au moins un carburant ces dernières semaines. À l’approche d’un long week-end prolongé, des inquiétudes légitimes peuvent apparaître sur la disponibilité de l’essence, et surtout du gazole, à la veille de Pâques. Qu’en est-il réellement, alors que le conflit au Moyen-Orient, entré dans sa sixième semaine, perturbe toujours le marché mondial des hydrocarbures ?

Ces dernières heures, le gouvernement s’est voulu rassurant sur le sujet. En déplacement à Bordeaux, le Premier ministre a assuré qu’il n’y avait « pas de pénurie » dans le pays, ni de « crise de volume ». Ce vendredi, le ministre des Transports Philippe Tabarot a évoqué sur TF1 « quelques difficultés très locales d’approvisionnement ». La veille la porte-parole du gouvernement Maud Bregeon indiquait que « moins de 10 % des stations » avaient des « difficultés totales ou partielles », dont « une grande majorité » provenant du réseau TotalEnergies. Cette major a décidé de plafonner jusqu’au 7 avril le prix de l’essence à 1,99 euro par litre, et celui du diesel à 2,09 euros, dans les 3 300 stations de son réseau.

12 % des stations en rupture, partielle la plupart du temps

Ce vendredi 3 avril à 14 heures, selon un relevé à 14 heures des données du site prix-carburants.gouv.fr, un peu moins de 1 150 stations étaient en rupture d’au moins un carburant (SP95-E10 ou diesel), sur un total de plus de 9 800 stations, soit 11,7 % de l’ensemble. N’ont été prises en compte que les ruptures déclarées depuis le début du conflit.

« Il n’y a pas de sujet de rupture d’approvisionnement. Il y a simplement un déséquilibre dans l’attractivité du réseau. Les parts de marché se déplacent entre TotalEnergies et ses concurrents », relève Frédéric Plan, conseiller national de la FF3C (Fédération Française des Combustibles, des Carburants et du Chauffage), qui représente les entreprises spécialisées dans la distribution d’énergies hors réseau.

Distribution durant le week-end pascal

Selon ses estimations, les volumes de vente de TotalEnergies ont augmenté de 30 à 40 % dans la période récente. À l’inverse, le réseau de la grande distribution voit son volume diminuer de 20 à 25 % par exemple. « Et il faut noter que ce sont des ruptures par rotation. Une station est toujours approvisionnée, cela prend un jour au maximum. Il est également rare de voir une station déshabillée avec les deux principaux produits », ajoute Frédéric Plan.

La présence du lundi de Pâques (et du vendredi saint, férié en Alsace-Moselle) ne devrait pas perturber les livraisons au cours de ce week-end très emprunté par les automobilistes. En milieu de semaine, des craintes étaient permises à ce niveau. Hier, Francis Pousse, président national de la branche Distributeurs carburants et énergies nouvelles du syndicat Mobilians avait indiqué au média ICI qu’il n’y aurait « quasi pas de livraisons de carburants pendant trois jours ».

Ce matin, le ministre des Transports a annoncé qu’il y aurait la « possibilité également le cas échéant pendant ce week-end et notamment le dimanche de pouvoir avoir des approvisionnements dans les stations-services ». « L’arrêté devrait être publié. Les opérateurs s’y préparent, pour pallier le fait que les stations attractives seront vidées beaucoup plus vite », confie le conseil national de la FF3C.

Une grande incertitude qui « pèse sur les politiques d’approvisionnement »

Au niveau de l’offre au niveau mondial, la banque d’affaires américaine JP Morgan indiquait dans une note datée du 26 mars que l’impact du conflit n’était pas seulement une affaire de volumes mais aussi de calendrier, chaque région du monde étant affectée de manière différente en fonction de la durée de la traversée des derniers navires ayant franchi le détroit d’Ormuz, dans le Golfe Persique.

D’après les analystes, les effets de la réduction de l’offre se fera ressentir en Europe autour du 10 avril, date à laquelle s’arrêteront les livraisons parties du détroit d’Ormuz, mais ils soulignent que « le choc sera davantage dû à la hausse des coûts et à la concurrence avec l’Asie, qu’à des pénuries pures et simples ».

Selon Frédéric Plan, de l’organisation professionnelle représentative des entreprises de distribution de produits pétroliers FF3C, le récent coup de fièvre sur les cours du pétrole, avec une hausse de 10 % jeudi, après la prise de parole de Donald Trump, pourrait avoir des effets dans la deuxième quinzaine d’avril. « Si rien ne change d’ici à quinze jours, on peut se poser des questions sur le réapprovisionnement. La question que vous vous posez tous les jours quand vous êtes négociateur-importateur, c’est : quand est-ce que les cours s’effondrent d’un coup ? Cette grande incertitude pèse sur les politiques d’approvisionnement. Un produit acheté trop cher ne se vendrait pas, c’est extrêmement difficile de s’exposer dans cette situation-là », explique-t-il.

« Nous avons de la marge »

Selon l’Ufip Énergies et Mobilités, la France importait 0,9 million de barils de pétrole brut par jour en 2024 et selon l’Insee, environ 12 % provient des pays du Moyen-Orient. Ce vendredi, Olivier Gantois président de l’Ufip a martelé qu’il n’y avait « aucune pénurie généralisée ». « Nous avons réussi à réorganiser nos approvisionnements ou en produits finis pétroliers », a-t-il fait savoir sur LCI à la mi-journée.

« Il faut relativiser le risque pour le pays. Le gouvernement a annoncé qu’il y avait une partie de notre stock stratégique mobilisable », rappelle également Frédéric Plan. Le volume stocké par le pays, équivalent à 100 millions de barils. Sur ce volume, la France s’est engagée dans le cadre de l’Agence internationale de l’énergie, à libérer 14,5 millions. « Nous n’avons pas encore atteint ces 14,5 millions. Donc nous avons de la marge et nous répondrons autant que nécessaire aux difficultés d’approvisionnement ponctuel qui sont aussi dû à des soucis logistiques », a rappelé jeudi Maud Brégeon.

La semaine dernière, le ministre de l’Économie Roland Lescure avait indiqué que la France avait « libéré de manière très ponctuelle 250 000 barils » de ses stocks « dans des régions où il y avait des manques ponctuels dans certains réservoirs, afin de permettre un approvisionnement total des stations-service ».

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