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Hausse du chômage : « Les entreprises préfèrent attendre de connaître l’issue de l’instabilité politique » 

Alors que la Dares a publié les derniers chiffres du chômage, en hausse de 3,9 % sur le dernier trimestre, les indicateurs macroéconomiques pour l’année 2024 continuent de se dégrader. Une hausse du chômage est en partie liée à l’augmentation des défaillances d’entreprises et à une situation politique instable, analyse Stéphanie Villers, conseillère économiste chez PwC France.
Henri Clavier

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C’est une augmentation historique. Les chiffres trimestriels du chômage, publiés par la Dares, ont atteint un niveau record depuis plus d’une décennie, période covid-19 mise à part. Le nombre d’inscrits en catégorie A à France Travail a connu une augmentation de 3,5 % sur 2024, plus inquiétant encore, la hausse est de 3,9 % sur le dernier trimestre de l’année. La Dares indique néanmoins qu’entre octobre et novembre 2024, le nombre de chômeurs en catégorie A a augmenté suite à une évolution dans le formulaire d’actualisation.  

Alors que le gouvernement a d’ores et déjà revu à la baisse les prévisions de croissance adossées au projet de loi de finances pour 2025. L’exécutif table désormais sur une croissance de 0,9 % du PIB. Cette nouvelle dégradation de la conjoncture économique pourrait avoir des conséquences sur le déficit public qui avait atteint un niveau record à 6,1 % du PIB pour 2024.  

Une hausse du chômage en partie liée aux défaillances d’entreprises et au ralentissement des embauches  

Pour Stéphanie Villers, conseillère économiste chez PwC France, les chiffres du chômage traduisent des tendances lourdes comme l’augmentation des défaillances d’entreprises en 2024. « On voyait bien que les défaillances d’entreprises avaient progressé sur l’année 2024 avec des chiffres supérieurs à la période avant covid-19. Pendant une longue période, après le covid-19, il y a eu une chute massive des défaillances grâce aux prêts garantis par l’Etat », estime l’économiste qui précise que 66 000 défaillances d’entreprises ont été enregistrées en 2024. Par ailleurs, l’année 2024 a également été marquée par un nombre important de plans sociaux et les licenciements économiques ont augmenté de 8,6 % sur le dernier trimestre.  

« Dans un contexte où la croissance est atone, les salariés licenciés n’ont pas pu retrouver un emploi surtout que dans le même temps, en 2024, l’investissement des entreprises recule », poursuit Stéphanie Villers. En effet, au cours de l’année le nombre d’embauche en CDI par mois est passé sous la barre de 400 000 recrutements pour la première fois depuis 2021 pour atteindre 383 000 recrutements en décembre. 

Une hausse liée à l’instabilité politique ?  

En plus du ralentissement de l’investissement des entreprises et de la consommation des ménages, l’instabilité politique et budgétaire de la fin d’année 2024 a contribué à la dégradation des indicateurs économiques. « Il y a une baisse encore plus forte sur la dernière partie de l’année qui correspond à une nouvelle donne liée à l’instabilité politique. La déprime s’est installée auprès des entreprises, au lieu de profiter de la fin de certaines aides, notamment sur l’apprentissage », analyse Stéphanie Villers.  

Alors que le budget 2025 n’a pas encore été adopté, la diminution des aides aux entreprises pour les contrats d’apprentissage et la réduction des allègements de cotisations patronales sont des pistes d’économies retenues par le gouvernement et votées par le Sénat en vue de réduire le déficit public. « Les entreprises préfèrent attendre de connaître l’issue de l’instabilité politique », juge Stéphanie Villers. « L’ajustement budgétaire est attendu avec beaucoup d’incertitude, [l’incertitude] a été renforcée par la censure », confirme Mathieu Plane, directeur adjoint du département Analyse et prévision à l’OFCE, contacté par l’AFP. 

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