IA : « Si on continue à investir dans notre modèle social en réduisant les dépenses d’avenir, on va dans le mur », estime Philippe Baptiste

Le ministre de l’Enseignement supérieur, de la recherche et de l’espace a défendu l’action du gouvernement et la place de la France dans la course aux nouvelles technologies, notamment dans l’IA et le spatial. Il a appelé à financer l’innovation dans ces secteurs, plutôt que le modèle social.
Louis Mollier-Sabet

Temps de lecture :

3 min

Publié le

« L’innovation et la technologie – l’espace, l’IA et bientôt le quantique – sont au cœur des bouleversements géostratégiques dans le monde, et ils doivent être au cœur de nos politiques publiques », a défendu le ministre de l’Enseignement supérieur, de la recherche et de l’espace au micro de Public Sénat. « Il faut que ces sujets-là soient au cœur des débats de la prochaine élection, parce que c’est l’avenir de notre pays sur le moyen-long terme », a-t-il poursuivi en insistant sur le « moment de bascule » qui se dessine à l’approche de l’élection présidentielle.

« Soit on continue à investir sur notre modèle social en réduisant les dépenses d’avenir, et je crois vraiment qu’on va dans le mur. Soit on est capable de rééquilibrer les choses pour garantir ce modèle social, parce que c’est l’innovation qui va nourrir la croissance de demain », résume Philippe Baptiste. Une phrase qu’aurait pu faire sienne le professeur au collège de France et prix Nobel d’économie Philippe Aghion, auditionné le 16 avril dernier au Sénat. Le ministre de l’Enseignement supérieur regrette, comme l’économiste, que « ces sujets ne soient pas davantage au cœur de notre débat politique. »

Course américaine à l’espace : « Davantage un enjeu de puissance qu’un enjeu scientifique »

Mais derrière le retard dans le débat public, Philippe Baptiste se veut rassurant : le « réveil » de la France, sur l’intelligence artificielle notamment, « a déjà eu lieu. » À cet égard, le Premier ministre a annoncé 655 millions d’euros d’investissement supplémentaires dans l’intelligence artificielle, issus du programme d’investissement France 2 030.

« Selon les mesures, nous sommes le 4e ou 5e pays au monde en termes d’IA. Nous avons des atouts très importants : d’une part une électricité décarbonée à des coûts compétitifs et stables, et d’autre part des ingénieurs et des chercheurs de très grande qualité », a développé le ministre, en mettant en avant Mistral, « la seule alternative européenne » aux géants américains et chinois.

De même, sur l’espace, Philippe Baptiste admet que l’Europe ne met pas sur la table des budgets comparables aux États-Unis : en ordre de grandeur, l’UE investit environ huit fois moins dans le spatial que les Etats-Unis. L’ancien président du Centre national d’études spatiales souligne tout de même qu’historiquement, certains programmes américains représentent davantage un « enjeu de puissance » qu’un enjeu scientifique. « Les scientifiques expliquent que sur Mars, on a besoin de sondes, de robots. On n’a pas besoin d’envoyer des hommes », a-t-il expliqué.

« On est revenus dans la course sur les lanceurs. Ariane VI est là, a réussi tous ses premiers vols, et a une vitesse de montée en puissance jamais vue dans le monde. Les lanceurs c’est fondamental, cela garantit notre accès à l’espace », s’est par ailleurs félicité le ministre.

Partager cet article

Pour aller plus loin

Dans la même thématique

Paris: Questions au gouvernement Senat
4min

Économie

« Le surtourisme transforme les villes en musées », alerte Daniel Salmon, sénateur écologiste 

Avec plus de 10 millions de visiteurs par an, Montmartre est devenu l’un des sites les plus visités de France. Une surfréquentation qui ne va pas sans poser de problèmes pour les quelques 27 000 habitants qui résident à l’année dans ce quartier de la capitale. Anne Renaudie, habitante de Montmartre, raconte les difficultés de cette cohabitation dans l’émission Dialogue Citoyen présentée par Quentin Calmet.

Le

IA : « Si on continue à investir dans notre modèle social en réduisant les dépenses d’avenir, on va dans le mur », estime Philippe Baptiste
6min

Économie

Grande distribution : l’injuste prix de notre alimentation 

Les Français passent de plus en plus de temps dans les rayons des supermarchés, à comparer les prix de leur alimentation. Mais ce qu’ils ignorent, c’est que si manger sain et frais est plus cher, c’est parce que la grande distribution a tendance à surmarger fortement sur ces produits. 81% de marge en plus en moyenne sur le bio que sur le conventionnel, selon UFC que choisir. Des prix chers, qui ne profitent pas non plus aux agriculteurs. Un système “perdant/perdant”, que la sénatrice Antoinette Guhl dénonce dans le rapport de la commission d’enquête sur les marges. Dans un documentaire, Public Sénat nous plonge dans cette enquête sénatoriale marquée par de nombreuses auditions et révélations.

Le

Commerces dans un village
7min

Économie

« 62% des communes ne comptent plus aucun commerce » : les propositions du Sénat pour enrayer le déclin des commerces de proximité

Lutte contre la concurrence chinoise, soutien aux commerçants locataires, dynamisation des centres-villes… Dans un rapport rendu ce mercredi, plusieurs sénateurs formulent des propositions pour enrayer le déclin des commerces physiques. Bien que spectaculaire, cette « décommercialisation » n’est pas une fatalité, assurent-ils.

Le

IA : « Si on continue à investir dans notre modèle social en réduisant les dépenses d’avenir, on va dans le mur », estime Philippe Baptiste
2min

Économie

Tourisme : « 65 000 emplois saisonniers n’ont pas été pourvus en 2025 », alerte Nathalie Delattre

Non, il ne faut pas ralentir la fréquentation ; À l’heure où certaines destinations sont saturées par la fréquentation touristique, notamment Paris et sur la Côte d’Azur, d’autres régions voient à travers le tourisme une chance de développement. Comme dans la petite commune de Cabrerets dans le Lot, où l’Hôtel des Grottes reste l’une des seules activités de la commune. À l’heure où l’on parle des dégâts du « surtourisme » sa gérante témoigne de l’importance de ne pas sacrifier la filière et de ses difficultés de recrutement dans l’émission Dialogue citoyen présentée par Quentin Calmet.

Le