« Il faut nous préparer aux futurs fronts des guerres économiques que les Etats-Unis vont essayer de mener », prévient l’économiste Agathe Demarais

Auditionnée par le Sénat, l’économiste Agathe Demarais explique que les droits de douane imposés par Donald Trump aux Européens se sont retournés contre les Etats-Unis. « Ce sont bien les importateurs américains, et donc les consommateurs américains, qui absorbent 96 % de ces coûts », souligne la chercheuse.
François Vignal

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L’épisode des droits de douane américains, que Donald Trump a augmentés pour l’Union européenne, a marqué les esprits. Mais sur le plan économique, cette décision imposée par le président américain n’a pas forcément eu les impacts que l’on pouvait imaginer.

Auditionnée ce mercredi par la commission des affaires étrangères du Sénat, la chercheuse Agathe Demarais, Senior Policy Fellow à l’European Council on Foreign Relations (ECFR), spécialiste de l’économie mondiale et des relations entre l’Union européenne, les Etats-Unis et la Chine, explique que les effets se sont en réalité davantage fait sentir Outre-Atlantique. Elle est l’auteure du livre Backfire (Columbia University Press), au sujet des sanctions internationales.

Donald Trump « va probablement échouer » à réduire le déficit commercial

Partant des objectifs de Donald Trump, à commencer par « réduire le déficit commercial, premier objectif », la chercheuse note qu’« il va probablement échouer. Le déficit commercial augmente ».

Sur la réponse européenne, elle explique qu’il faut « éviter d’augmenter les dégâts des tarifs douaniers, qui ont plutôt un impact sur l’économie américaine. Car les importateurs américains absorbent 96 % de leurs coûts ». « Ce sont bien les importateurs américains, et donc les consommateurs américains, qui absorbent 96 % de ces coûts, selon une étude publiée récemment par le Kiel Institute aux Etats-Unis », et non les exportateurs européens, insiste Agathe Demarais. De plus, « les exportations européennes vers les Etats-Unis ont augmenté en 2025. Donc le scénario catastrophe ne s’est pas réalisé », ajoute cette économiste.

Risque d’une « guerre des monnaies »

Mais les Européens n’en ont probablement pas fini avec Donald Trump. « L’année 2025 n’a été que l’introduction de 4 ans de Trump et au-delà des questions commerciales, il faut nous préparer aux futurs fronts des guerres économiques que les Etats-Unis vont peut-être essayer de mener contre nous », prévient Agathe Demarais.

Cette menace, c’est notamment « la guerre des monnaies. Il y a des projets aux Etats-Unis d’essayer d’engendrer une dépréciation du dollar américain vis-à-vis de l’euro ». Ce qui « pourrait avoir lieu si les Etats-Unis arrivent à contraindre les investisseurs européens à vendre leurs actifs de bons du trésor ».

« Ce serait un scenario catastrophe pour l’Union européenne, qui peinerait à y répondre, car les actifs européens de bons du Trésor américain sont fragmentés entre des centaines, peut-être des milliers d’investisseurs privés », prévient-elle, et « une appréciation de l’euro aurait probablement un impact plus important que les tarifs américains sur la compétitivité des exportateurs européens ».

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