« J’ai décidé de ne pas augmenter les taxes sur l’électricité » : pourquoi l’annonce de Michel Barnier est en partie inexacte
Credit:Mourad ALLILI/SIPA/2209160954

« J’ai décidé de ne pas augmenter les taxes sur l’électricité » : pourquoi l’annonce de Michel Barnier est en partie inexacte

Le Premier ministre a fait une concession aux oppositions jeudi, notamment au Rassemblement national qui menace de voter une motion de censure. Michel Barnier consent finalement à une baisse plus importante que prévu des factures en février, mais ce qui ne veut pas dire que le gouvernement renonce à toute hausse de la fiscalité sur l’électricité, actée depuis un an.
Guillaume Jacquot

Temps de lecture :

3 min

Publié le

Mis à jour le

« Conformément à ma méthode de dialogue et d’écoute, j’ai décidé de ne pas augmenter les taxes sur l’électricité dans le projet de loi de finances 2025. » Michel Barnier, qui s’exprimait ce jeudi dans les colonnes du Figaro, lâche du lest sur les textes budgétaires, dans l’espoir de ne pas être renversé par les oppositions. La hausse de la fiscalité sur l’électricité est notamment l’une des lignes rouges brandies par le Rassemblement national. Selon le chef du gouvernement, la décision permettra « une baisse des prix de l’électricité de 14 %, qui ira donc bien au-delà de la baisse de 9 % prévue initialement ».

La communication employée par le chef du gouvernement est un peu maladroite. Car en réalité le gouvernement ne renonce pas à la hausse de la fiscalité sur l’électricité début 2025, actée l’an dernier. La normalisation des tarifs de l’accise sur l’électricité vise à sortir définitivement du bouclier tarifaire, instauré en 2022 en pleine crise énergétique et flambée inflationniste. Les accises sur l’électricité, ramenées au niveau le plus bas possible, d’un euro par mégawattheure en février 2022, ont d’abord été remontées à 21 euros par mégawattheure en février 2024. Un retour à son niveau d’avant crise d’environ 33 euros, prévu par le précédent gouvernement, devait parachever le mouvement en février 2025.

En octobre, le gouvernement visait une baisse des factures de 9 %

Au printemps, le gouvernement Attal avait précisé que les factures au tarif réglementé baisseraient néanmoins de « 10 à 15 % », en raison d’une décrue nette des prix de marché de l’électricité. Le projet de loi de finances initial, déposé le 10 octobre, prévoyait d’aller au-delà de cette simple normalisation. Avec l’article 7 du projet de loi, le gouvernement Barnier a proposé de pouvoir aller au-delà du niveau de l’accise d’avant-crise. Le niveau à fixer par voie réglementaire devait garantir une baisse du tarif réglementé pour les ménages et les entreprises « d’au moins 9 % ». La mesure devait rapporter 3,4 milliards d’euros au budget de l’État, et atténuer ainsi une partie du coût des boucliers tarifaires.

Lors de la présentation du projet de loi de finances, l’entourage du ministre du Budget et des Comptes publics avait confié que le montant de l’accise pourrait être relevé jusqu’à « 50 euros par mégawattheure ».

De nombreux groupes parlementaires se sont dressés contre cette proposition de taxer l’électricité à un niveau supérieur à la période d’avant crise énergétique. Les députés s’y étaient opposés en commission comme en séance (avant de rejeter finalement le volet recettes). Les sénateurs ont également opposé une fin de non-recevoir à une hausse de la fiscalité sur l’électricité supérieure à son niveau d’avant crise. Autrement dit, l’annonce de Michel Barnier n’en est pas vraiment une fois, puisqu’un consensus parlementaire s’était déjà dessiné sur la nécessité de ne pas trop relever les accises sur l’électricité.

La chambre haute a toutefois compensé en partie cette perte de recettes par une hausse de l’accise sur le gaz naturel. Si le gouvernement avait émis un avis défavorable à cet amendement du rapporteur général au Sénat, Matignon n’a toutefois pas communiqué hier sur le sort à réserver à la fiscalité du gaz.

Partager cet article

Dans la même thématique

« J’ai décidé de ne pas augmenter les taxes sur l’électricité » : pourquoi l’annonce de Michel Barnier est en partie inexacte
4min

Économie

Grande distribution : « Egalim est-il aujourd’hui pleinement efficace ? Non » tranche Annie Genevard, qui raconte les « pressions et menaces » sur les entreprises

Devant les sénateurs, la ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, a présenté sa vision d’une réforme de la loi Egalim, qui passe par « améliorer la structuration des filières à l’amont », « en finir avec la culture du prix le plus bas » ou « faire bouger Bruxelles sur l’affichage des origines des denrées alimentaires ».

Le

« J’ai décidé de ne pas augmenter les taxes sur l’électricité » : pourquoi l’annonce de Michel Barnier est en partie inexacte
3min

Économie

Prix des carburants : en envisageant d’encadrer les marges des distributeurs, le gouvernement « tape à côté du problème », déplore Manuel Bompard

Face à la flambée des prix du carburant, le gouvernement réfléchit à encadrer les marges des distributeurs, sans avoir à ce stade « tranché » la question. Invité de la matinale de Public Sénat ce mercredi, Manuel Bompard, coordinateur national de LFI, estime de son côté que « les marges qui sont abusives aujourd’hui ne sont pas à la distribution », mais au niveau du « raffinage ». Pour lui, les cortèges du 1er mai peuvent être l’occasion d’une mobilisation « pour le blocage des prix ».

Le

« J’ai décidé de ne pas augmenter les taxes sur l’électricité » : pourquoi l’annonce de Michel Barnier est en partie inexacte
6min

Économie

« Il faudra bien trouver des voies d'apaisement » : Serge Papin estime que le cadre des relations entre grande distribution et fournisseurs est arrivé « au bout »

Le ministre des PME et du Commerce plaide pour un développement des négociations commerciales sur le long terme. Celles-ci sont actuellement annuelles, concentrées sur trois mois, et sources de tensions. « Il faudrait que l’on trouve des voies nouvelles », a-t-il reconnu devant la commission d’enquête du Sénat.

Le

Les sénateurs communistes déposent une proposition de loi pour bloquer les prix des carburants et du gaz
4min

Économie

Les sénateurs communistes déposent une proposition de loi pour bloquer les prix des carburants et du gaz

Le groupe communiste du Sénat propose une solution pour les ménages victimes de la flambée des cours du pétrole : réglementer et plafonner les prix des carburants routiers et du gaz naturel, en période de crise. Leur texte prévoit également une réduction du taux de TVA sur les mêmes énergies, ainsi qu’un encadrement des marges dans les entreprises du secteur de l’énergie.

Le