« La baisse du crédit impôt recherche n’est pas un bon signal », avertit la directrice générale d’Orange

Auditionnée au Sénat par la commission d’enquête sur l’utilisation des aides publiques versées aux grandes entreprises, Christel Heydemann a appelé à préserver le crédit impôt recherche (CIR) et à l’amplifier. Elle a également critiqué « l’asymétrie » fiscale qui pèse sur le secteur des télécoms en France, par rapport aux voisins européens.
Guillaume Jacquot

Temps de lecture :

3 min

Publié le

Réseaux du futur, cybersécurité, communication quantique : les domaines de recherche ne manquent pas pour Orange et les 700 chercheurs du groupe spécialisé dans les télécommunications. Auditionné au Sénat ce 6 mai par la commission d’enquête sur l’utilisation des aides publiques versées aux grandes entreprises, le premier opérateur français a tenu à défendre l’utilité du crédit impôt recherche (CIR), l’une des niches fiscales les plus coûteuses pour l’État chaque année, avec un total de plus de 7 milliards d’euros décaissés.

Le dispositif a subi une petite ponction dans le cadre des économies du budget 2025. La dernière loi de finances a en effet réduit le montant de l’assiette sur laquelle est calculée ce crédit d’impôt. Dans un contexte où le gouvernement cherche 40 milliards d’euros d’économies pour l’an prochain, la dirigeant d’Orange a tenu à défendre ce dispositif, jugé essentiel pour son groupe, et plus largement pour l’innovation en France. « La baisse du CIR n’est pas un bon signal », a fait savoir Christel Heydemann, directrice générale d’Orange depuis 2022, dans un exposé avec un accent parfois très politique.

« Le soutien public à la recherche est essentiel. Sans soutien public, pas de recherche. Sans recherche, l’avenir d’un Etat s’assombrit. Ces aides sont aussi une condition de l‘influence de la France sur les réseaux du futur et dans les instances normatives mondiales […] Le soutien de l’État ne devrait pas faiblir, il devrait même se muscler », a plaidé la dirigeante d’entreprise, évoquant même les problématiques de souveraineté dans la défense, qui dépend des communications.

Une « asymétrie » au niveau de la fiscalité

L’an dernier, Orange a reçu au total 233 millions d’euros d’aides nationales et européennes, dont 88,5 millions sous forme d’exonération de cotisations sociales, 88,5 millions au titre des crédits d’impôts et d’incitations fiscales, et enfin 46 millions d’euros de subvention. Pour Christel Heydemann, ces aides « doivent être mises en regard de la surfiscalité sectorielle qui pèse sur Orange, et qui est très singulière en France ». L’ingénieure a notamment cité les impositions forfaitaires sur les entreprises de réseaux (IFER), qui ont représenté pour Orange près de 7 milliards d’euros de contributions depuis leur instauration en 2010.

La taxe Copé a également été épinglée. Elle a été mise en place en 2009, pour compenser la suppression de la diffusion de publicités en soirée sur les chaînes de France Télévisions. Orange a versé depuis 1,8 milliard d’euros depuis cette date à ce titre. « Les mesures actuelles ne compensent pas l’asymétrie dont nous souffrons par rapport à nos grands concurrents en Europe », a déploré la patronne du groupe.

S’appuyant sur l’exemple néerlandais, Christel Heydemann a estimé qu’une régulation et une fiscalité « qui permettent d’investir dans les réseaux du futur » étaient finalement préférables à un système d’aides publiques. « Il nous semblera toujours préférable de revoir des choix fiscaux contreproductifs plutôt que d’en compenser les effets négatifs par des aides publiques », a-t-elle souligné lors de l’audition.

Partager cet article

Dans la même thématique

« La baisse du crédit impôt recherche n’est pas un bon signal », avertit la directrice générale d’Orange
4min

Économie

Aides pour les agriculteurs : « Le quoi qu'il en coûte n'est plus possible compte tenu de l'état de nos finances », lance Annie Genevard

La crise énergétique, liée à la situation géopolitique au Moyen-Orient, continue de toucher de plein fouet les agriculteurs français. Plusieurs mesures ont déjà été annoncées par le gouvernement pour les soutenir. Mais celui-ci dit détenir une marge de manœuvre limitée, « d’où le choix (...) de conduire des aides ciblées », indique sur Public Sénat la ministre de l’Agriculture Annie Genevard ce jeudi 16 avril.

Le

« La baisse du crédit impôt recherche n’est pas un bon signal », avertit la directrice générale d’Orange
4min

Économie

Grande distribution : « Egalim est-il aujourd’hui pleinement efficace ? Non » tranche Annie Genevard, qui raconte les « pressions et menaces » sur les entreprises

Devant les sénateurs, la ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, a présenté sa vision d’une réforme de la loi Egalim, qui passe par « améliorer la structuration des filières à l’amont », « en finir avec la culture du prix le plus bas » ou « faire bouger Bruxelles sur l’affichage des origines des denrées alimentaires ».

Le

« La baisse du crédit impôt recherche n’est pas un bon signal », avertit la directrice générale d’Orange
3min

Économie

Prix des carburants : en envisageant d’encadrer les marges des distributeurs, le gouvernement « tape à côté du problème », déplore Manuel Bompard

Face à la flambée des prix du carburant, le gouvernement réfléchit à encadrer les marges des distributeurs, sans avoir à ce stade « tranché » la question. Invité de la matinale de Public Sénat ce mercredi, Manuel Bompard, coordinateur national de LFI, estime de son côté que « les marges qui sont abusives aujourd’hui ne sont pas à la distribution », mais au niveau du « raffinage ». Pour lui, les cortèges du 1er mai peuvent être l’occasion d’une mobilisation « pour le blocage des prix ».

Le

« La baisse du crédit impôt recherche n’est pas un bon signal », avertit la directrice générale d’Orange
6min

Économie

« Il faudra bien trouver des voies d'apaisement » : Serge Papin estime que le cadre des relations entre grande distribution et fournisseurs est arrivé « au bout »

Le ministre des PME et du Commerce plaide pour un développement des négociations commerciales sur le long terme. Celles-ci sont actuellement annuelles, concentrées sur trois mois, et sources de tensions. « Il faudrait que l’on trouve des voies nouvelles », a-t-il reconnu devant la commission d’enquête du Sénat.

Le