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La Banque centrale européenne baisse ses taux d’intérêt : qu’est-ce que cela va changer ?

Pour la première fois depuis 2019, la Banque centrale européenne décide ce jeudi de réduire ses taux directeurs. Responsable de la politique monétaire dans la zone euro, la BCE rompt ainsi avec sa stratégie de hausse des taux lancée en 2022 pour limiter l’inflation. Explications.
Rose Amélie Becel

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En juillet 2022, la Banque centrale européenne décidait de relever drastiquement ses taux d’intérêts. Un tournant pour l’institution en charge de la politique monétaire dans l’Union européenne, qui n’avait à cette époque pas décidé de hausse depuis 11 ans, marquant le début d’une série de dix relèvements des taux jusqu’en septembre dernier, avant une stagnation ces derniers mois.

Principal outil pour mener la politique monétaire dans la zone euro, les taux directeurs déterminés par la BCE fixent le taux d’intérêt auquel une banque commerciale peut emprunter de l’argent auprès de l’institution européenne. Par conséquent, son pourcentage influence aussi le taux auquel ces banques prêtent de l’argent aux ménages et aux entreprises.

Ce jeudi 6 juin, à l’occasion d’une conférence de presse, la présidente de la BCE Christine Lagarde annonce donc mettre un terme à cette période de hausse des taux. Ceux-ci vont diminuer de 25 points de base, passant de 4 % à 3,75 %. Une première depuis 2019.

Pourquoi cette décision ?

En 2022, lorsque la BCE relevait ses taux directeurs pour la première fois, l’institution espérait ainsi lutter contre la forte hausse de l’inflation, notamment causée par la crise du Covid et la guerre en Ukraine. « En période d’inflation, c’est-à-dire lorsque les prix partent à la hausse en raison d’une offre inférieure à la demande, la hausse des taux directeurs agit comme un moyen de régulation. Elle entraîne une baisse des crédits et donc une réduction de la masse monétaire en circulation dans l’économie. La demande des ménages baisse, et l’écart par rapport à l’offre se réduit », expliquait l’économiste Sylvie Matelly, directrice de l’institut Jacques Delors, dans un précédent entretien à Public Sénat.

La BCE se fixe comme objectif de maintenir l’inflation au niveau de 2 %. Alors que la guerre en Ukraine touche l’économie européenne de plein fouet, cette hausse des taux directeurs est décidée à un moment où l’inflation dépasse les 8 %, elle atteindra même le niveau record de 10,6 % en octobre 2022. Aujourd’hui, celle-ci a retrouvé un niveau proche du seuil fixé par la Banque centrale. En avril dernier, elle s’établissait à 2,7 % et malgré une légère hausse de 0,2 point au mois de mai, l’institution européenne a donc décidé de desserrer la vis.

Quelles conséquences pour l’État, les entreprises et les ménages ?

Cette diminution des taux directeurs pourrait avoir des conséquences directes pour les emprunteurs, aussi bien les ménages que les entreprises. En empruntant pour moins cher auprès de la BCE, les établissements bancaires pourront en effet diminuer les taux d’intérêts et assouplir leurs conditions de prêt. Ces dernières années, la hausse des taux directeurs avait au contraire entraîné une explosion du coût des crédits partout en Europe : en France, le taux moyen des prêts immobiliers était ainsi passé d’un peu plus de 1 % début 2022, à plus de 4 % deux ans plus tard.

La décision de la BCE est aussi une bonne nouvelle pour les États endettés, puisqu’une baisse des taux directeurs permet aussi un allègement des conditions pour l’emprunt public. Cela pourrait au contraire être une mauvaise nouvelle pour les épargnants. Le taux de rémunération des dépôts est en effet aussi déterminé par les taux directeurs de la BCE, avec leur diminution l’épargne pourrait ainsi être moins fortement récompensée.

La BCE envisage-t-elle une nouvelle baisse des taux dans les mois à venir ?

Face à la relative amélioration de la situation économique européenne, les taux directeurs pourraient-ils continuer à baisser ? Rien n’est moins sûr. Au mois de mai, l’inflation était en légère hausse par rapport au mois précédent, s’établissant à 2,6 %. Pour les administrateurs de la BCE les plus optimistes, une nouvelle baisse pourrait être décidée dès cet été. Les plus stricts préfèreraient au contraire laisser passer l’été avant d’engager de nouvelles discussions.

Après la guerre en Ukraine, la situation au Proche-Orient fait en effet courir le risque d’une inflation durable. Depuis le début du conflit entre Israël et le Hamas, la multiplication des attaques de bateaux au large du Yémen a en effet multiplié par trois les tarifs du transport maritime, avec des répercussions sur les prix des biens importés en Europe.

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