« La France se mettrait clairement dans la zone de danger si elle restait à un déficit supérieur à 5 % », avertit le gouverneur de la Banque de France

François Villeroy de Galhau a appelé devant le Sénat à une stabilisation de la dépense publique dans les années à venir. Quant à la fiscalité, il résume sa pensée par cette formule : « Ni concours Lépine, ni immobilisme systématique ».
Guillaume Jacquot

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Un peu comme la galette des rois chez des millions de Français, l’audition du gouverneur de la Banque de France au mois de janvier est progressivement devenue un rituel de la commission des finances du Sénat. Quelque chose s’est aussi fâcheusement répété. La France entame 2026 sans loi de finances, et évolue toujours dans le même environnement budgétaire incertain. Ce qui n’a pas empêché François Villeroy de Galhau de faire preuve d’optimisme. « 2026 peut-être, et doit être – je crois – une bonne année pour l’économie française à condition que nous fassions preuve de lucidité et de détermination. »

Son avertissement a tenu en deux points : ne pas éluder les difficultés financières et ne pas sous-estimer les atouts économiques de la France et de l’Union européenne. Infatigable défenseur d’une bonne tenue des comptes, le banquier central a martelé une fois encore que le pays se devait de retrouver un déficit public sous les 3 % du produit intérieur brut d’ici 2029, le niveau en dessous duquel la dette se stabilise.

« L’intérêt national appelle à dépasser les postures pour trouver des compromis »

Sur ce chemin qui reste encore à écrire, François Villeroy de Galhau a encouragé à ramener le déficit public à « 5 % du PIB maximum cette année ». C’est également la ligne qu’a fixée le gouvernement, alors que les débats en nouvelle lecture ont repris cette semaine en séance à l’Assemblée nationale. « C’est à la fois indispensable et encore atteignable. La France se mettrait clairement dans la zone rouge, dans la zone de danger si elle restait à un déficit supérieur à 5 % », a averti le gouverneur de la Banque de France. Et d’ajouter : « L’intérêt national appelle rapidement et impérativement à dépasser les postures pour trouver des compromis. » Hier, le gouvernement a réévalué le déficit provisoire à la hausse, à 5,4 %, suite à la non-adoption du texte en fin de l’année (voir notre article).

Sur la méthode, cela passera selon lui par une stabilisation des dépenses, dans les années à venir. Le gouverneur n’a pour autant totalement fermé la porte à toute option fiscale. Lundi, ses propos lors de ses vœux avaient été particulièrement repris. Il avait recommandé d’ « arrêter de jouer avec l’impôt ». « Ni concours Lépine, ni immobilisme systématique. Il y a certaines mesures naturelles de justice », a-t-il résumé ce mercredi. François Villeroy de Galhau se dit personnellement favorable à des « mesures ciblées et exceptionnelles, tant que le déficit n’est pas revenu sous les 3 % ».

« Nous n’avons plus d’argent pour baisser les impôts »

Il a cité comme exemple concret la surtaxe de l’impôt sur les sociétés des plus grandes entreprises. La reconduction de cet impôt créé dans la dernière loi de finances, dans une version deux fois moins lourde dans le projet déposé cet automne, avait été retoquée en décembre au Sénat. En commission des finances, les amendements visant à la rétablir n’ont pas été adoptés la semaine dernière.

« Sur le reste, disons-le simplement, nous n’avons plus d’argent pour baisser les impôts, et nous n’avons pas beaucoup d’espace pour les augmenter. La stabilité fiscale est ainsi une nécessité, essayons d’en faire une vertu », a plaidé le gouverneur de la Banque de la France.

Invité par le président de la commission des finances, Claude Raynal (PS) à analyser les conséquences macroéconomiques de l’incertitude budgétaire actuelle, François Villeroy de Galhau a estimé que les effets positifs et négatifs de l’absence de budget se compensaient. D’un côté, l’absence des mesures d’économies du projet de loi de finances initial évite d’entamer l’activité. De l’autre, la Banque de France estime que l’incertitude politique coûte « un peu plus de 0,2 point de PIB » à l’économie. Les deux sont de même ordre, ce qui est gagné de l’autre est perdu de l’autre, en particulier sur l’investissement des entreprises et la consommation des ménages.

L’incertitude budgétaire pèse davantage sur le comportement des ménages

« Pour l’instant, nous notons que c’est plus via la consommation des ménages que ce canal de l’incertitude budgétaire pèse sur l’économie », a fait savoir le gouverneur. Au troisième trimestre 2025, le taux d’épargne des Français s’est encore maintenu à un niveau très élevé, à 18,4 % en moyenne, soit trois points au-dessus de son niveau préCovid.

S’agissant de l’épargne réglementée, le gouverneur de la France doit d’ailleurs faire part ce jeudi au ministre de l’Économie de sa recommandation d’évolution des taux d’intérêt. Aux sénateurs, il indique que le niveau du livret A qu’il suggérera « restera significativement » supérieur à l’inflation (0,7 % selon l’indice harmonisé), et que celui du livret d’épargne populaire conservera un « avantage marqué ». Actuellement, le livret A est rémunéré à 1,7 %, et le livret d’épargne populaire à 2,7 %. Charge ensuite au ministre de l’Economie Roland Lescure de suivre ou non la proposition de la Banque de France.

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