Le Sénat supprime la réforme des seuils d’exonération de TVA pour les auto-entrepreneurs

Le Sénat a adopté ce jeudi 23 octobre une proposition de loi visant à supprimer l’abaissement des seuils de chiffres d’affaires en dessous desquels les petites entreprises n’ont pas à payer de TVA. Ce texte se veut une réponse au tollé soulevé en début d’année par la refonte du régime d’exonérations, glissée par le gouvernement dans le dernier budget mais jamais entrée en application.
Romain David

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Mettre fin à un imbroglio. Le Sénat a adopté à l’unanimité, ce jeudi 23 octobre, une proposition de loi « visant à garantir un cadre fiscal stable aux micro-entrepreneurs ». Ce texte porté par le député Renaissance Paul Midy, et déjà voté en juin par l’Assemblée nationale, annule la réforme du régime d’exemption de TVA pour les petites entreprises, introduite dans le projet de loi de finances 2025, et qui a déclenché une importante opposition.

L’imbroglio initial provient d’un amendement présenté par le gouvernement dans le dernier budget lors des débats au Sénat, et abaissant drastiquement les seuils de chiffres d’affaires à partir desquels les auto-entrepreneurs sont exemptés de payer la TVA. Le régime en vigueur avant l’adoption du texte prévoyait deux plafonds d’exemption, l’un à 37 500 euros pour les prestations de services et l’autre à 85 000 euros pour le commerce de biens. Au total, ce sont 2,1 millions de petites entreprises qui sont concernées par ce dispositif.

Dans le projet de loi de finances pour 2025, ces plafonds ont donc été fondus en un seuil unique de 25 000 euros. L’objectif affiché étant de réaliser à la fois une économie de 780 millions d’euros pour les finances publiques, dans un contexte de forte disette budgétaire, mais aussi de lutter contre des phénomènes de concurrence déloyale liés aux seuils retenus par d’autres Etats européens pour des dispositifs similaires.

« Une mesure élaborée au doigt mouillé »

Mais la mesure, qui a fait basculer un grand nombre d’auto-entrepreneurs sous le régime de la TVA, a déclenché une importante levée de boucliers. Selon ses détracteurs, elle mettrait en danger plus de 200 000 entreprises. Le dépôt d’une pétition ayant recueilli plus de 100 000 signatures sur le site du Sénat a conduit à l’ouverture d’une mission flash au printemps dernier, pilotée par la commission des finances. Dans leurs conclusions, les élus épinglent « une réforme improvisée », introduite tardivement dans l’examen du budget et sans concertation avec les professionnels concernés.

« Nous sommes en présence d’un cas d’école : il s’agit là d’une mesure élaborée au doigt mouillé et sur laquelle il nous faut désormais, puisqu’on en perçoit clairement les conséquences dévastatrices sur le terrain, poser une rustine. Voici un très bon exemple de ce qu’il ne faut pas faire ! », a relevé la sénatrice centriste Nathalie Goulet lors des débats en commission.

Néanmoins, cette réforme n’est jamais entrée en application. Sa mise en œuvre a été retardée une première fois dès l’adoption du projet de loi de finances 2025 par le ministre de l’Économie Éric Lombard, face à la grogne soulevée chez les auto-entrepreneurs et la colère de nombreux parlementaires. Puis à nouveau après une première série de concertations, avant finalement d’être suspendue pour l’ensemble de l’année 2025.

Outre la proposition d’abrogation examinée ce mercredi par le Sénat, la commission des finances de l’Assemblée nationale a adopté, cette semaine, deux amendements qui suppriment le réajustement proposé par l’exécutif dans le prochain budget. En l’occurrence, un plafond unique relevé à 37 500 euros de chiffre d’affaires, sauf pour les travaux immobiliers pour lesquels le niveau d’exonération est maintenu à 25 000 euros.

Si la partie « recettes » du projet de loi de finances pour 2026 a été largement rejetée par les membres de la commission dans la nuit de mercredi à jeudi, ce vote n’aura pas d’impact sur l’examen du budget en séance publique à l’Assemblée, au cours duquel les amendements de suppression ne devraient pas manquer d’être réintroduits. Côté Sénat, notons que trois amendements au texte de Paul Midy, portés par des centristes, des élus Horizons et des LR, visaient à conserver le plafond d’exonération à 25 000 euros pour les entreprises du bâtiment et des travaux publics. Ils ont finalement été retirés par leurs signataires.

Partager cet article

Dans la même thématique

Paris: Questions au gouvernement Senat
4min

Économie

« Le surtourisme transforme les villes en musées », alerte Daniel Salmon, sénateur écologiste 

Avec plus de 10 millions de visiteurs par an, Montmartre est devenu l’un des sites les plus visités de France. Une surfréquentation qui ne va pas sans poser de problèmes pour les quelques 27 000 habitants qui résident à l’année dans ce quartier de la capitale. Anne Renaudie, habitante de Montmartre, raconte les difficultés de cette cohabitation dans l’émission Dialogue Citoyen présentée par Quentin Calmet.

Le

Le Sénat supprime la réforme des seuils d’exonération de TVA pour les auto-entrepreneurs
6min

Économie

Grande distribution : l’injuste prix de notre alimentation 

Les Français passent de plus en plus de temps dans les rayons des supermarchés, à comparer les prix de leur alimentation. Mais ce qu’ils ignorent, c’est que si manger sain et frais est plus cher, c’est parce que la grande distribution a tendance à surmarger fortement sur ces produits. 81% de marge en plus en moyenne sur le bio que sur le conventionnel, selon UFC que choisir. Des prix chers, qui ne profitent pas non plus aux agriculteurs. Un système “perdant/perdant”, que la sénatrice Antoinette Guhl dénonce dans le rapport de la commission d’enquête sur les marges. Dans un documentaire, Public Sénat nous plonge dans cette enquête sénatoriale marquée par de nombreuses auditions et révélations.

Le

Commerces dans un village
7min

Économie

« 62% des communes ne comptent plus aucun commerce » : les propositions du Sénat pour enrayer le déclin des commerces de proximité

Lutte contre la concurrence chinoise, soutien aux commerçants locataires, dynamisation des centres-villes… Dans un rapport rendu ce mercredi, plusieurs sénateurs formulent des propositions pour enrayer le déclin des commerces physiques. Bien que spectaculaire, cette « décommercialisation » n’est pas une fatalité, assurent-ils.

Le

Le Sénat supprime la réforme des seuils d’exonération de TVA pour les auto-entrepreneurs
2min

Économie

Tourisme : « 65 000 emplois saisonniers n’ont pas été pourvus en 2025 », alerte Nathalie Delattre

Non, il ne faut pas ralentir la fréquentation ; À l’heure où certaines destinations sont saturées par la fréquentation touristique, notamment Paris et sur la Côte d’Azur, d’autres régions voient à travers le tourisme une chance de développement. Comme dans la petite commune de Cabrerets dans le Lot, où l’Hôtel des Grottes reste l’une des seules activités de la commune. À l’heure où l’on parle des dégâts du « surtourisme » sa gérante témoigne de l’importance de ne pas sacrifier la filière et de ses difficultés de recrutement dans l’émission Dialogue citoyen présentée par Quentin Calmet.

Le