Les drapeaux ont disparu des immeubles, les rues se sont vidées et l’ambiance festive a laissé place au calme, mais Binta n’a aucun doute : « C’est bien là, dans ce bâtiment, au troisième étage. Oui, c’était notre appartement ; on était dans le même immeuble que les équipes de Monaco. » Depuis les Jeux olympiques, c’est la première fois que cette athlète sénégalaise revient au village olympique.
Binta Diongue a participé aux Jeux de Paris en 2024 au sein de l’équipe d’escrime et a vécu, pendant une semaine, l’ambiance festive du village. Revenir sur les lieux lui ravive de beaux souvenirs : « J’étais fière de m’être qualifiée et de pouvoir participer à ces Jeux. Le rêve était permis, et aujourd’hui, ça me fait penser aux gens que j’ai rencontrés, à tout ce que j’ai partagé avec les autres : la préparation, le stress… C’est un vrai retour, je me rends compte que j’ai tout donné, et j’en suis fière. »
Un accueil pour 14 000 athlètes
Un retour aussi pour le sénateur socialiste de Seine-Saint-Denis, Adel Ziane, qui l’accompagne ce jour-là. Lui aussi a vécu intensément ces Jeux, car pendant quatre ans, il les a préparés. Élu à la ville de Saint-Ouen en 2020, il a été chargé de l’aménagement et de l’urbanisme, et donc du suivi de la construction du village olympique : « Ça a été une longue préparation. En 2020, on nous dit : « Les Jeux sont en 2024, vous avez quatre ans pour être prêts. » C’était un défi, avec une obligation de résultat et beaucoup de pression. D’autant plus que, pendant ces quatre ans, on a dû affronter les critiques : « On ne sera pas prêts, les transports et les équipements ne seront pas terminés, la sécurité ne sera pas à la hauteur… »
Mais la France a été au rendez-vous. Le village a accueilli, au total, 14 000 athlètes entre juillet et août 2024, sur trois communes : Saint-Ouen, Saint-Denis et l’île-Saint-Denis.
Un permis à « double état »
Juste après les Jeux, les chantiers ont repris pour transformer l’intérieur des appartements. Après un an de travaux, les logements du village, comme celui de Binta, vont accueillir de nouveaux habitants. Binta, excitée de revoir sa chambre, constate avec Adel Ziane les changements : « Là, il y avait une cloison et une chambre supplémentaire, et il n’y avait pas de cuisine. » Pendant les Jeux, les athlètes mangeaient au restaurant ; il n’y avait donc pas de cuisine. Certaines cloisons ont aussi été supprimées pour créer des salons. « Nous, on a vraiment trouvé les appartements super, et là, c’est une autre configuration. Mais je pense que ceux ou celles qui vont habiter ici seront bien », estime Binta.
Ce changement rapide des appartements a été possible grâce à un permis de construire à « double état », spécialement créé pour Paris 2024. Ce permis n’a nécessité qu’une seule instruction et a permis d’éviter une nouvelle demande une fois les Jeux terminés. « L’innovation de ce village, c’est qu’il a d’abord été pensé pour l’après, » explique Adel Ziane. « Lors des précédents Jeux, on avait des stades, des gymnases, des piscines, des villages olympiques construits de manière temporaire. L’exemple concret, c’est la Grèce : quand vous visitez le village olympique, il tombe en ruine. Là, ce qui a été pensé, c’est un changement de paradigme. On construit des équipements qui seront utiles pour les habitants de la Seine-Saint-Denis et de Paris dans le futur. »
Un quartier qui fera sens en 2050
Le quartier, qui doit accueillir à terme 6 000 habitants et 6 000 employés de bureau, a été pensé en amont pour l’après, pour ce qu’on appelle « l’héritage ». Il a simplement été optimisé le temps des Jeux. Henri Specht, ancien directeur de la construction du village des athlètes pour la Solidéo (l’établissement public chargé de livrer le village olympique), connaît le projet par cœur. Il a vu les rangées d’immeubles sortir de terre. « On a imaginé un quartier pour l’après Jeux, un quartier qui fasse sens pour 2050, en tenant compte des considérations climatiques et de notre stratégie environnementale. L’idée était vraiment de se demander : quel sera ce village une génération après sa livraison ? »
50 % de l’espace a été végétalisé, les bâtiments sont faibles en émissions, des panneaux solaires ont été installés sur les toits. Le quartier olympique est durable, mais il a aussi été pensé pour s’inscrire dans son environnement, selon Henri Specht : « On a cherché à l’ouvrir au maximum aux quartiers voisins de Saint-Ouen, Saint-Denis et l’île-Saint-Denis. On a notamment créé des équipements publics, des groupes scolaires, des crèches partagés entre les quartiers existants. On a aussi cherché à ouvrir les espaces publics et les berges de Seine. »
En attendant l’arrivée des commerçants
Adel Ziane déambule dans le quartier. Pour l’instant, le calme y règne. Les habitants emménagent au compte-goutte, et la plupart des devantures de commerces sont encore vides. Des ouvriers ont installé leurs outils devant le futur supermarché, dont l’ouverture est prévue prochainement : « Un Carrefour City s’y installera, il y aura aussi une boulangerie ici, une pharmacie, et même un salon de beauté un peu plus loin, » décrit Adel Ziane. « Il n’y a rien de pire qu’un quartier résidentiel sans commerce. Ça crée un problème d’appropriation de l’espace public, ça donne l’impression d’une ville fantôme. » Et c’est là que réside tout l’enjeu des prochains mois : « Que les commerces ouvrent de manière concomitante à l’arrivée des habitants. »
En tout cas, Adel Ziane n’a aucun doute sur l’avenir du village olympique : « Ça va être un super quartier, the place to be. »
« Adel Ziane, l’héritage des JO pour la Seine-Saint-Denis » de Cécile Sixou, est diffusé le 19 décembre à 16h50.