L’avion à hydrogène ne verra pas le jour avant « le XXIIe siècle », prévient le patron de Safran

Le moteur à hydrogène, « c’est séduisant », car sans carbone, mais l’aviation est confrontée à un « challenge technique », lié « à un volume quatre fois supérieur au kérosène » et un « écosystème » aujourd’hui « pas compatible », pointe le directeur général de Safran, Olivier Andriès. Il mise plutôt sur son prochain moteur, qui permettra une économie de carburant « de 20 % ».
François Vignal

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L’avion à hydrogène, l’avion du futur… lointain. Auditionné par la commission des affaires économiques du Sénat, ce mercredi, le directeur général de Safran, Olivier Andriès, a non pas enterré, mais clairement repoussé aux calendes grecques ces moteurs d’un nouveau type, synonymes d’une aviation bas carbone.

« Ce n’est pas une solution pour les longs courriers, même pas pour les moyens courriers »

« L’hydrogène, c’est plutôt pour le XXIIe siècle, dans l’aéronautique », a-t-il prévenu, soit quelque part entre les années 2100 et 2199… Un pavé dans la mare d’Airbus. Ses propos contredisent l’avionneur européen, qui espère lancer son avion à hydrogène aux alentours de 2040. Initialement annoncé pour 2035, Airbus avait fait savoir en février 2025 que le calendrier ne pourrait être tenu. L’avion prendra 5 à 10 ans de plus pour voir le jour.

Le moteur à hydrogène, « c’est séduisant. Il n’y a pas de carbone, par définition », souligne le patron de Safran, mais « le challenge technique est lié au fait que ça ne peut être que de l’hydrogène liquide, qui a un volume quatre fois supérieur au kérosène ». D’où un problème, très concrètement, de volume de l’aéronef. Le responsable du motoriste français y va de son image :

 Si vous construisez une baleine, il y aurait beaucoup de traînée et l’avion ne pourra pas aller très loin. 

Olivier Andriès, directeur général de Safran.

« Ce n’est pas une solution pour les longs courriers, même pas pour les moyens courriers. C’est peut-être une solution pour les avions plus petits de l’ordre de moins de 100 places », ajoute Olivier Andriès, qui souligne un autre écueil : « Il faut des installations spécifiques dans les aéroports. C’est des dizaines, des centaines de milliards d’euros d’investissement ». Pour le responsable de Safran, « on ne peut pas uniquement bâtir des idées sur des choses qui ne sont pas compatibles avec l’écosystème d’aujourd’hui ». Malgré ces difficultés, l’entreprise travaille quand même sur le moteur à hydrogène.

« Nous avons décidé d’être les disrupteurs »

Mais le motoriste, « leader mondial des moteurs d’avion moyens courriers », préfère se concentrer sur le nouveau moteur qu’il développe avec l’américain General Electric – les deux sociétés travaillent de concert dans le cadre d’un partenariat lancé en 1974 dans le domaine civil, a rappelé le directeur général de Safran – qui devrait permettre une économie de carburant « de 20 % ».

« Nous avons décidé d’être les disrupteurs, précisément parce qu’on est leader », lance-t-il, vantant « une innovation de rupture ». L’idée de ce nouveau moteur « sans nacelle », c’est-à-dire « non caréné », est de « doubler le diamètre de la soufflante du moteur, c’est le grand moulin à l’entrée du moteur. Ce qui permet d’améliorer l’efficacité propulsive du moteur et donc de diminuer la consommation de carburant » et par conséquent, les émissions de gaz à effet de serre.

« Que ça vous plaise ou pas, la dynamique (du transport aérien) est très forte »

Interrogé sur la sobriété dans l’usage de l’aviation, autrement dit la réduction du trafic aérien, il n’y voit clairement pas une solution. Au contraire, il rétorque que le secteur est en plein développement. « En 2025, il y a eu 5 milliards de passagers. Un record », relève le numéro 1 de Safran, pointant « cette image qu’on a un peu en France et en Europe quelques fois, d’aircraft bashing. Elle n’existe nulle part ailleurs. […] Que ça vous plaise ou pas, la dynamique est très forte », lance Olivier Andriès. Et d’ajouter : « Est-ce que les préoccupations environnementales ont un impact sur la croissance du trafic aérien mondial ? Aujourd’hui, je ne le vois pas. Ça peut exister dans certains pays. C’est infinitésimal à l’échelle mondiale ».

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