La hausse du chômage se confirme. La part de la population active sans emploi a atteint 8,1 % au premier trimestre 2026, son plus haut niveau depuis cinq ans, selon les données publiées par l’INSEE ce mercredi 13 mai. Les chiffres du chômage, en progression depuis fin 2024, ont augmenté de 0,2 point sur trois mois, et de 0,7 point sur un an. Cette hausse se répercute sur l’ensemble des classes d’âge, même si les 25-49 ans sont les plus impactés (+ 0,6 point). Au total, 2,6 millions de personnes sont en recherche active d’emploi, dont 68 000 de plus depuis janvier.
À un an de la fin du quinquennat, cette situation interroge sur l’efficacité des politiques d’emploi déployées par le gouvernement, tandis que l’objectif affiché du plein-emploi, pendant la campagne électorale de 2022, semble désormais de plus en plus lointain. Pour Stéphanie Villers, économiste et conseillère économique au cabinet PwC France, la situation géopolitique pèse désormais lourdement sur le moral des entreprises et des ménages, et par voie de conséquence sur la croissance.
Nous sortons du sixième trimestre consécutif de hausse du chômage. Tout indique désormais qu’il ne s’agit plus d’un trou d’air. Diriez-vous que nous sommes sur une tendance de fond ?
« Oui, cette évolution n’est pas une surprise, tout le monde l’avait anticipé compte tenu des piètres résultats en termes de croissance et d’un contexte géopolitique qui ajoute de l’atonie dans l’activité.
Ce qui est plus étonnant, c’est que là où l’on pouvait s’attendre à ce que le chômage augmente sensiblement chez les jeunes, on s’aperçoit finalement que ce sont les tranches d’âge médianes qui sont les plus touchées, précisément celles qui sont le plus employables. Vous pouvez toujours mettre en place des politiques spécifiques pour cibler les deux bouts du spectre, c’est-à-dire les jeunes travailleurs et les seniors, mais il n’y a pas vraiment de mesures qui fonctionnent sur le segment des 25-49 ans, à part miser sur la croissance. Il n’y a pas de mystère.
Est-ce à dire que cette progression, sans atteindre les niveaux record du printemps 2015 (10,5 % de taux de chômage), est particulièrement inquiétante pour notre économie ?
Il est encore difficile à ce stade de dégager une tendance. Ce que l’on peut dire, c’est que rien n’est impossible si la conjoncture continue de se dégrader, et pour l’instant les chiffres ne sont pas bons. On a vu, au premier trimestre, que l’investissement global des entreprises avait baissé de 0,4 %. En mars, la Banque de France a fait état d’une hausse de18 % du nombre de défaillances d’entreprises par rapport à une moyenne calculée sur la période 2010-2019. Les secteurs des transports et des services sont les plus touchés, ce qui montre que les Français ont commencé à faire des coupes dans leurs dépenses. Bientôt, ce seront l’industrie et la construction qui seront touchées, des secteurs qui font déjà face à d’importantes difficultés, avec des prix de l’énergie qui repartent à la hausse.
Nous sommes loin de l’objectif du plein-emploi promis par Emmanuel Macron, c’est-à-dire 5 % de chômage. À un an de l’élection présidentielle, est-ce encore réaliste ?
Cet objectif semblait déjà inatteignable lorsqu’il a été annoncé. Pour y parvenir, il aurait fallu une croissance soutenue, or nous étions déjà sortis de cette perspective avec le déclenchement de la guerre en Ukraine et la crise de l’énergie qui a suivi.
L’économie française s’appuie sur la consommation, et en la matière tout repose sur le niveau de confiance. Nous avons cru en début d’année que la crise inflationniste était derrière nous et que les ménages allaient commencer à désépargner. Mais la perspective d’un retour de l’inflation avec la guerre dans le Golfe a abouti à une nouvelle contraction des dépenses. Actuellement, tout milite pour pousser à des comportements attentistes. En conséquence : les entreprises n’embauchent pas.
Si la situation dépend grandement du déblocage du détroit d’Ormuz, le gouvernement a-t-il des marges de manœuvre au niveau national pour tenter d’inverser la tendance ?
Ces dernières années, l’Etat a dépensé énormément pour essayer de maintenir le pouvoir d’achat des ménages. Sans résultats probants, parce que les ristournes et les chèques sont des mesures de court terme. Elles ne permettent pas de redonner des perspectives, et donc de la confiance. C’est l’une des différences avec la crise que l’on a connue dans les années 1970. Après le premier choc pétrolier, nous avons eu le plan Messmer sur le tout nucléaire. Le slogan ‘On n’a pas de pétrole mais on a des idées’, tournait en boucle. »