Le nom parle à une grande partie de la population. Il pourrait dans quelques semaines appartenir au passé. L’article 187 du projet de loi de finances adopté ce lundi prévoit la dissolution et la mise en liquidation par décret de l’Institut national de la consommation (INC), au plus tard au 31 mars. Ce centre de recherche, d’information et d’étude sur les problèmes de la consommation, créé il y a presque cinquante ans, est connu pour être l’éditeur du magazine « 60 Millions de consommateurs » depuis 1970.
La disposition figurait dans la version initiale du projet de loi, elle a été confirmée au Sénat en décembre lors de l’examen des missions budgétaires, partie qui n’a pu être examinée dans l’hémicycle à l’Assemblée nationale. La commission des finances du Sénat avait estimé que la décision semblait « logique au regard de la situation financière de l’établissement » et que « le maintien d’une activité de presse au sein de l’INC subventionnée par l’État n’est par ailleurs plus justifié compte tenu de l’absence de perspectives de rentabilité sérieuses ».
« Graves difficultés structurelles », selon la Cour des comptes
Dans un rapport de 2025, la Cour des comptes avait jugé la situation financière de l’Institut national de la consommation « catastrophique », en raison de « graves difficultés structurelles du fait de la crise de son activité presse ». Les ventes en kiosque du magazine se sont effondrées de 67 % entre 2016 et 2023. Si bien que l’INC accumulé près de 10 millions de pertes de 2018.
Le gouvernement dirigé par Gabriel Attal avait envisagé un plan de « rebond » mais finalement le Premier ministre Barnier a décidé en novembre 2024 d’engager la cession du magazine « 60 Millions de consommateurs » à un acteur privé. Le mouvement s’est concrétisé durant la dernière discussion budgétaire.
Lors de la commission d’enquête sur les agences de l’État, menée au printemps dernier, la ministre des Comptes publics Amélie de Montchalin avait d’ailleurs pris l’exemple de cet institut, au détour d’une réponse sur sa stratégie vis-à-vis de ces structures. « Lorsque le précédent gouvernement a décidé de supprimer l’Institut national de la consommation, il a estimé que ce champ ne relevait plus d’une gestion publique telle qu’elle existait jusqu’alors. Cette orientation me semble pouvoir être assumée, sans pour autant verser dans une logique de serpette ou de tronçonneuse. Ce ne sont pas mes mots, et ce n’est pas mon approche », avait-elle défendu. L’INC bénéficiait d’une subvention annuelle de 1,84 million d’euros, et son déficit avait atteint plus de 700 000 euros en 2024.
« Il leur fallait une agence, Bercy a eu notre scalp »
Au sein de l’INC, le récit est différent. L’an dernier, les représentants des salariés de l’établissement avaient estimé que le titre était « en péril », en raison d’investissements insuffisants. Un rapport budgétaire du Sénat publié à l’automne 2022 avait d’ailleurs fait état d’une « baisse progressive du montant de subvention » à l’INC entre 2012 et 2020, passé de 6,3 millions d’euros à 2,7 millions d’euros. Et durant le quinquennat précédent, des interrogations se posaient déjà sur la vision à long terme pour cet institut. Des craintes montaient par exemple en 2019 en raison de l’absence de feuille de route de Bercy – le ministère de tutelle – et de gouvernance.
Réunis mardi devant le siège du magazine, les salariés ont fait part de leur désarroi. « C’est du dogmatisme budgétaire. Il leur fallait une agence, Bercy a eu notre scalp. Ça fait des années qu’ils essayaient de nous tuer, cette fois, c’est le cas », a dénoncé auprès de l’AFP Lionel Maugain, délégué syndical CFDT et journaliste.
« Mission essentielle de protection des consommateurs »
Des amendements portés par la gauche ont tenté d’annuler la dissolution dans le projet de loi de finances, et préserver ainsi une « mission essentielle de protection des consommateurs contre les intérêts économiques et financiers privés dans tous les domaines de la vie quotidienne ». Mais ils n’ont pas été adoptés. « En 2025, malgré des moyens en baisse depuis des années, l’Institut a permis d’alerter, par exemple, sur l’omniprésence des aliments ultra-transformés dans l’alimentation des enfants, la présence de plastifiants dans des huiles d’olive ou encore sur les pratiques des assureurs en matière de catastrophes naturelles et d’assurance-vie », avaient par exemple défendu les écologistes.
Plus récemment, c’est grâce à un signalement d’une lectrice de 60 millions de consommateurs auprès du magazine, qui a ensuite prévenu les autorités, que l’affaire des poupées pédopornographiques découvertes sur le site de Shein fin octobre avait été déclenchée.
Aujourd’hui, une soixantaine de salariés risque un licenciement. Le liquidateur doit désormais trouver un repreneur. Mais l’équipe redoute un changement de modèle. « Je vois mal comment on pourrait avoir cette indépendance complète dans le privé » pour un journal avec « zéro publicité », relevait hier Bertrand Loiseaux, secrétaire du CSE.