Le Sénat recommande d’accélérer le déploiement des moyens économiques et stratégiques de la France en Méditerranée
Face à la militarisation des relations internationales en Méditerranée, un rapport de la commission des affaires étrangères et de la défense du Sénat appelle à un déploiement des moyens militaires et stratégiques de la France. L’objectif est de reconsolider la place du pays au sein du bassin méditerranéen.

Le Sénat recommande d’accélérer le déploiement des moyens économiques et stratégiques de la France en Méditerranée

Face à la militarisation des relations internationales en Méditerranée, un rapport de la commission des affaires étrangères et de la défense du Sénat appelle à un déploiement des moyens militaires et stratégiques de la France. L’objectif est de reconsolider la place du pays au sein du bassin méditerranéen.
Public Sénat

Par Lucille Gadler

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Á l’image du Canal de Suez qui concentre 10 % du commerce mondial de marchandises, la Méditerranée est une voie structurante du commerce international et du transport de l’énergie. Le bassin méditerranéen est aussi le centre névralgique de la communication mondiale, abritant 98 % des câbles internationaux.

A l’interface entre l’Europe, l’Asie et l’Afrique, cet espace stratégique s’illustre également comme le passage privilégié de la migration clandestine, intensifié par les nombreux réseaux criminels de trafics d’êtres humains de la région.

Depuis plusieurs années, la Méditerranée connaît une aggravation des tensions sur son territoire. La guerre en Ukraine déclenchée le 24 février 2022 dernier a mis en exergue l’intensité des troubles sur le territoire.

C’est dans ce cadre que le rapport d’information des sénatrices Catherine Dumas et Isabelle Raimond-Pavero alerte sur la nécessité d’un déploiement des moyens économiques, stratégiques et militaires de la France sur le bassin.

 

Une zone stratégique sous tensions

 

Le rapport pointe le risque sécuritaire en Libye, pays qui a connu « plus d’une décennie de déstabilisations profondes ». La persistance du risque djihadiste serait également généralisée sur l’ensemble des pays de la rive nord et sud du bassin précisent les rapporteures.

En outre, plusieurs pays de l’Afrique du Nord seraient également en proie à des difficultés socio-économiques accrues depuis les Printemps arabes. D’après le rapport, les diverses révoltes sociales qui ont traversé de nombreux pays seraient à l’origine des années de stagnation et de récession économiques que connaît la région. Intensifié par la pandémie de covid-19, le déclenchement de la guerre en Ukraine se présente comme un nouveau facteur de déstabilisation dans une région du monde déjà fragilisée. A titre d’illustration, le taux de chômage en Afrique du Nord se situe à plus de 9 % sur l’ensemble des pays pour atteindre 17 % en Tunisie.

Le rapport insiste également sur le risque environnemental pesant sur la zone. Les sénatrices relèvent que si la Méditerranée ne représente que 1 % des eaux de la planète, elle « constitue toutefois un important réservoir de biodiversité qui est mis en danger par la dégradation accélérée de l’environnement dans le bassin méditerranéen ». En outre la dégradation du milieu marin serait liée à plusieurs facteurs dont l’intensification du trafic maritime et du tourisme dans la région depuis les années 1970.

 

Un risque militaire face à une influence occidentale décroissante

 

Le rapport relaye également la multiplication des incidents en Méditerranée orientale, illustrée notamment par l’interception en 2018 par des navires militaires turcs d’un navire d’exploitation d’hydrocarbure (Saipem 12000) au large de Chypre ou encore par l’illumination, à l’été 2020, de la frégate française Courbet. « Ces incidents maritimes, auxquels s’ajoutent d’une part des épisodes récents de violation de l’espace aérien grec par la Turquie et d’autre part des déclarations ouvertement menaçantes du président turc contre la Grèce pendant l’été 2022, contribuent à maintenir une situation d’instabilité en Méditerranée orientale et à nourrir le risque d’une escalade militaire » peut-on lire. Parallèlement, les rapporteures s’inquiètent des risques encourus par le recul de l’influence occidentale notamment des pays de l’Union européenne et la France à l’heure où la Chine et la Russie continuent de multiplier les investissements dans la région méditerranéenne.

 

Une politique de réarmement militaire et diplomatique nécessaire

 

Tirant les conséquences du rapport, plusieurs recommandations ont été formulées par les sénatrices. Les rapporteures préconisent notamment de s’appuyer sur la prochaine loi de programmation militaire (LPM) annoncée en 2023 afin de poursuivre la politique de réarmement des forces armées tout en tenant compte du contexte dégradé en Méditerranée. Conjointement, un déploiement des instruments de lutte contre la désinformation est également conseillé afin d’éviter que l’Union européenne ne perde « la bataille des récits » en Méditerranée.

Pour finir, le rapport insiste sur la nécessité d’une refonte de la coopération entre l’Alliance atlantique et l’OTAN et d’une précision de leur rôle respectif. Cette répartition des rôles est essentielle, particulièrement dans une région « où l’Union européenne sera amenée à avoir une importance croissante du fait de la réorientation des priorités stratégiques américaines vers l’Asie » conclut le rapport.

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