« Les hausses de prix ne reflètent pas un enrichissement des industriels », assure au Sénat Mondelez, propriétaire des biscuits LU

Face à la commission d’enquête du Sénat sur la construction des prix dans la distribution et l’industrie, la multinationale spécialiste du goûter a insisté sur la dégradation de ses marges au fil des dernières années. « Nos coûts liés au marché français ont augmenté deux fois plus vite que nos prix de cession négociés avec nos clients », a exposé sa présidente.
Guillaume Jacquot

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Le nom de Mondelez ne parlera peut-être pas à tous les Français. Mais ses marques, oui. Les biscuits LU avec ses références iconiques comme Prince, Pépito ou Petit Écolier, les chocolats Milka, Côte d’Or, Toblerone, Belin ou encore Oreo, tous ces produits sont possédés par ce conglomérat américain spécialiste des snacks. Selon sa filiale française, ses produits sont présents chez neuf foyers sur dix dans le pays. Il s’agit également d’un fournisseur majeur de la distribution, puisque les produits de Mondelez (anciennement Kraft Foods) représentent 32 % de l’offre en rayon de biscuits, et 13 % de part de marché sur le chocolat industriel.

Sa venue devant la commission d’enquête du Sénat, sur les marges de la grande distribution et de ses fournisseurs, était donc très attendue pour comprendre les rouages à l’origine de la construction des prix, ou encore de la répartition des marges tout au long de la chaîne de valeur. Elle était la première multinationale à être auditionnée.

Érosion de la rentabilité de la filiale française de Mondelez ces dernières années

Face aux sénateurs, la direction de Mondelez France a insisté sur la « succession des chocs sans précédent » qui ont frappé l’industrie depuis la pandémie, entre tensions logistiques, flambée des coûts de l’énergie, ou encore hausse des matières premières agricoles et industrielles. La multinationale, connue pour ses biscuits à base de chocolat, a notamment cité le prix du cacao, dont le cours s’est envolé de 84 % en 2024, avant d’entamer une décrue continue depuis l’été 2025.

« De 2021 à 2025, nos coûts liés au marché français ont augmenté deux fois plus vite que nos prix de cession négociés avec nos clients, entraînant une érosion significative de nos marges […] Notre entreprise n’a pas répercuté l’intégralité de ces hausses », a tenu à faire savoir Amélie Vidal-Simi, présidente de Mondelez France. Et d’ajouter : « Les hausses de prix, relevées par les panélistes en magasin, ne reflètent pas un enrichissement des industriels, mais une adaptation progressive à l’évolution de nos coûts. »

Le groupe, coté en Bourse, donc « soumis à des objectifs de rentabilité et de performance » comme l’a rappelé la sénatrice Anne-Catherine Loisier (Union centriste), observe même un écart se creuser entre le produit de ses neuf sites de production implantés en France et l’étranger. Le groupe est présent dans 150 pays. « La rentabilité globale des opérations de Mondelez lié au marché français se situe aujourd’hui à un niveau inférieur à celui de nombreuses autres filiales internationales du groupe », a comparé Amélie Vidal-Simi.

Selon la présidente de la branche française, plus de 80 % des biscuits LU commercialisés en France sont produits en France. Toutes familles de produits confondus, possédés par le groupe international, la part est « de l’ordre de 60 % ».

« Des références qui, ponctuellement, disparaissent » des rayons

Les échanges ce jeudi ont également permis d’éclairer la commission d’enquête sur la complexité des négociations commerciales entre les industriels et leurs clients, les distributeurs. « La tension existe », a reconnu Amélie Vidal-Simi, tout en indiquant ne pas avoir rencontré des situations telles que des box de négociation surchauffés ou des « chaises bancales ». La présidente de Mondelez France rappelle que deux visions s’opposent lors de ces échanges annuels : d’une part l’industrie doit répercuter ses coûts dans le prix, et d’autre part la grande distribution doit assurer un prix bas dans le contexte d’ultraconcurrence entre enseignes. Mondelez évoque également la possibilité de pressions à la baisse sur des volumes pendant les négociations, de la part des hypermarchés. « Il peut y avoir des mises sous tensions par des références qui, ponctuellement, disparaissent par exemple », a reconnu la présidente du groupe. « C’est très difficile à justifier aussi. Dans les faits, les volumes peuvent baisser aussi car la demande peut baisser également. »

Étant donné la taille de l’entreprise, les négociations se font dans le cadre des centrales d’achat européennes, dans le cas des principaux acteurs de la grande distribution. Ces centrales internationales, créées dans le cadre d’alliances entre des distributeurs de plusieurs pays, sont systématiquement basées à l’étranger. « On va à Madrid, Bruxelles, Amsterdam. C’est plutôt sympa au niveau voyage. Mais on multiplie les rendez-vous sur une période assez courte », relaye Nicolas Thebault, le directeur commercial France de Mondelez. Comme la présidente, le responsable confirme la volonté d’aboutir à des accords équilibrés, ce qui n’est pas toujours exempt de difficultés. « Effectivement, par moments, la discussion peut être plus longue, plus complexe, plus tendue. »

Les négociations portent sur divers aspects, les principaux étant le prix d’achat, un plan d’affaires et les clauses de revoyure, activables en cas de variations des coûts de production, et notamment des matières premières. La mise en place de ces clauses a été rendue obligatoire par les lois Egalim (agriculture et alimentation). Selon Nicolas Thebault, ces clauses s’appliquent « une à deux fois par an généralement ». Très sensibles, ces clauses font l’objet d’âpres négociations, puisque les deux parties doivent s’entendre sur des données comme la période d’achat, la période de référence ou encore la durée de couverture.

« Oui, on a demandé des hausses sur le prix du cacao »

La rapporteure Antoinette Guhl (écologiste) a d’ailleurs évoqué à nouveau l’inflation des prix du chocolat. Le mois dernier, plusieurs distributeurs s’étaient émus hausses de prix sur ce type de produit, en plein recul des cours du cacao. Lindt et Ferrero avaient été fortement critiqués au cours des auditions de la grande distribution. « En faites-vous partie ? » a demandé la sénatrice écologiste.

« Oui, on a demandé des hausses sur le prix du cacao, qui sont le reflet des hausses de coûts que nous avons. Nous utilisons des attestations de commissaires aux comptes, qui prouvent que ces coûts sont une réalité », a indiqué la présidente de Mondelez France. « Les coûts que l’on voit aujourd’hui ne sont pas la réalité de ce qu’on a dans nos comptes d’exploitation et de la matière première que l’on a payée. » Pour rappel, le prix de la tonne de cacao avait presque atteint les 12 000 dollars fin 2024, la voici de retour à 3 000 actuellement.

Avec le cacao est, le beurre et le sucre sont les matières premières les plus coûteuses pour l’industriel, en valeur. En termes de volumes, le blé – acheté sous forme de faine – est de loin le plus important. Cette farine est en « majeure partie » française selon la présidente. Si l’origine extra-européenne du cacao ne fait guère de doute, Mondelez n’a pu fournir lors de l’audition l’origine du beurre ou du sucre. S’agissant du blé, « en majeure partie » français, Amélie Vidal-Simi a précisé que le groupe s’engageait dans le soutien de filières durables, à travers un programme attribuant une prime aux producteurs. « On donne des outils aux agriculteurs, pour mieux piloter leur production, des formations, en leur garantissant des débouchés. »

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