Liquidation de Brandt : « Un gâchis insupportable », selon le sénateur du Loiret Christophe Chaillou
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Liquidation de Brandt : « Gâchis insupportable », « grande tristesse », les sénateurs du Loiret abasourdis

Après l’échec du projet de reprise partielle de la marque d’électroménager, sous forme de société coopérative et participative, le sénateur PS Christophe Chaillou estime qu’il faut s’interroger sur la difficulté à mobiliser les banques. La sénatrice LR Pauline Martin appelle à se pencher sur la politique de soutien à l’industrie du gouvernement.
Guillaume Jacquot

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Le choc est palpable dans le Loiret, après la décision du tribunal des activités économiques de Nanterre. La justice a prononcé ce jeudi matin la liquidation judiciaire du groupe d’électroménager Brandt, laissant 700 salariés sans emploi, dont 450 de postes industriels.

Un coup dur pour le bassin d’Orléans, où se situe à Saint-Jean-de-la-Ruelle le principal site de production de ce fleuron, qui avait fêté son 100e anniversaire l’an dernier. La marque compte également une autre chaîne importante à Vendôme, dans le Loir-et-Cher.

« Je suis abasourdi par cette décision et bien évidemment en colère par rapport à cette incapacité dans ce pays à assurer la souveraineté industrielle », réagit le sénateur (PS) du département, Christophe Chaillou. L’élu avait interrogé le gouvernement pas plus tard qu’hier, pour demander si le projet de sauvegarde sous forme de Scop (société coopérative et participative) pouvait aboutir.

Roland Lescure, le ministre de l’Économie, avait simplement répondu que le dossier était désormais entre les mains de la justice. « J’espère que ce projet aboutira, car j’ai rarement vu, sauf pour Duralex, une telle mobilisation d’élus locaux et de l’État », avait-il répondu.

La sénatrice LR du Loiret Pauline Martin évoque « une grande tristesse » face à la fin de ce « fleuron français ». « Derrière, il y a des hommes et des femmes, qui croient en leur savoir-faire, la renommée de leur entreprise. On les laisse au milieu du gué, alors qu’ils se sont mobilisés. »

Présentée comme une solution de la dernière chance, la création d’une Scop avait été largement soutenue par les salariés. Les pouvoirs publics, en particulier les collectivités locales, s’étaient engagés à accompagner le projet, à hauteur de 20 millions d’euros. Le ministère de l’Industrie a d’abord mobilisé 5 millions d’euros, avant d’être rejoint par la région Centre-Val de Loire et la métropole d’Orléans, qui ont porté le total à 20 millions d’euros. Entre 20 et 25 millions d’euros étaient nécessaires pour relancer l’activité de Brandt.

« Il y a un sujet de financement de ces Scop »

Cette piste, soutenue par le groupe Revive, devait permettre de sauver au moins 370 emplois. « On peut s’interroger, y compris sur la difficulté qu’on a à mobiliser le secteur bancaire et aussi privé. L’absence d’outil, qui permette de financer et mobiliser les banques m’a fortement interpellé », poursuit Christophe Chaillou. « On laisse partir un groupe avec des marques iconiques, conçues et fabriquées en France, des savoir-faire. C’est un gâchis insupportable », ajoute-t-il.

Si elle salue une « magnifique mobilisation des pouvoirs publics », la sénatrice LR Pauline Martin considère néanmoins que le sauvetage a tardé. « Malheureusement, je pense que les choses ont été prises en main beaucoup trop tard. Il y avait quand même un trou relativement important en termes de trésorerie », souligne-t-elle.

Pour le sénateur socialiste, les pouvoirs publics ne sont pas suffisamment outillés pour faire à cette situation. Christophe Chaillou, avec les sénateurs de son groupe, propos d’ailleurs la création d’un fonds dédié à la reprise par les salariés sous forme de SCOP ou de SCIC (société coopérative d’intérêt collectif) dans le projet de budget 2026.

Selon l’amendement, qui sera soumis au débat ce samedi dans le cadre de la mission Économie, la création de ce fonds visait en particulier l’État à respecter sa promesse dans le dossier Brandt. Le groupe expliquait que ce fonds dédié permettrait une « mobilisation rapide de fonds » et un « abondement du capital investi par les salariés ». « On voit qu’il y a un sujet de financement de ces Scop », souligne le sénateur.

Pauline Martin appelle, elle aussi, à en tirer les conséquences, des leçons qui pourraient servir à d’autres sites industriels en danger. « Ma question aujourd’hui, c’est comment on se positionne pour sauver nos entreprises, et Brandt en est l’exemple. Il y en a des tonnes comme cela en France. Quelle est la politique du gouvernement pour se mobiliser et le faire en amont, et ne pas intervenir en pompier ? Si on attend que ce soit trop tard, on n’y arrivera pas ! »

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