Malgré la dégradation des chiffres du chômage, le directeur général de France Travail salue un taux d’emploi « quasiment historique »

Alors que le chômage a atteint 7,9 % fin 2025, s'éloignant de l'objectif de plein emploi, le directeur général de France Travail, Thibaut Guilluy, a défendu un bilan contrasté devant le Sénat ce mercredi 11 février. Malgré une conjoncture marquée par 70 000 défaillances d'entreprises, il préfère mettre en lumière un taux d'emploi qui dépasse les 69%, et l'impact des récentes réformes sur l'accompagnement des seniors.
Romain David

Temps de lecture :

4 min

Publié le

La hausse du chômage en France se poursuit, avec un taux qui touche 7,9 % de la population active au quatrième trimestre 2025, selon les chiffres publiés par l’Insee mardi. La courbe des demandeurs d’emploi n’avait plus atteint ces niveaux depuis 2021, avec une augmentation de 0,2 point par rapport au dernier pointage et de 0,6 point sur l’année 2025. Si le ministère du travail se veut rassurant, évoquant « des indicateurs structurels du marché du travail particulièrement robustes », malgré le ralentissement de l’activité, ces résultats hypothèquent la promesse d’Emmanuel Macron d’atteindre le plein-emploi à l’horizon 2027, sous la barre des 5 %. Auditionné ce mercredi 11 février par la commission des affaires sociales du Sénat, Thibaut Guilluy, le directeur général de France Travail, a voulu se montrer rassurant sur l’évolution du taux de chômage.

« Si les chiffres du chômage peuvent montrer un marché du travail un peu plus difficile, je ne voudrais pas que l’on oublie le taux d’emploi. Il est à 69,4 %, quasiment son maximum historique, il a progressé de 0,4 point sur les jeunes », souligne ce responsable. Thibaut Guilluy évoque également certains effets de la dernière réforme de France Travail, avec des bénéficiaires du revenu de solidarité active (RSA) qui doivent désormais être inscrits sur les listes de l’organisme et soumis à une obligation de 15 heures d’activité hebdomadaire. « La volonté d’offrir à tout le monde une perspective de retour à l’emploi a, par définition, des effets sur les chiffres du chômage », souligne le patron de France Travail.

70 000 défaillances d’entreprises

« On a encore de très grosses marges de manœuvre pour avoir un marché du travail plus efficace et plus inclusif » reconnaît toutefois Thibaut Guilluy, avec « 300 à 500 000 emplois non pourvus ». La sénatrice LR Pascale Gruny a notamment évoqué les difficultés de recrutement qui tiraillent certains secteurs : « Nous avons des tensions fortes sur l’industrie, le BTP, la santé et le social ». Par ailleurs, 2025 apparaît comme une année sombre pour les défaillances d’entreprises, avec 70 000 structures entrées en procédure judiciaire, « un niveau assez élevé, mais qui reste inférieur à certaines périodes », indique le directeur général de France Travail.

Au cours des échanges, la sénatrice écologiste Anne Souyris a demandé un éclairage sur la situation des seniors, un peu plus de trois mois après la transposition législative des accords nationaux interprofessionnels en faveur de l’emploi des salariés expérimentés. « On nous dit toujours qu’il faut qu’ils travaillent plus longtemps », a-t-elle pointé « Le taux d’emploi pour les 55-64 ans est de 62,1 %. Il reste faible par apport à la moyenne nationale, mais aussi par rapport à certains de nos voisins, comme les Allemands. Or, sur la même catégorie, nous avons un taux de chômage à 5,1 %. C’est la raison pour laquelle je dis que le taux de chômage peut être trompeur. Avec ce chiffre, on serait tenté de penser que nous n’avons pas de problème d’employabilité des seniors », a détaillé Thibaut Guilluy.

Il a encore salué la forte augmentation du nombre « d’accompagnement intensif », passé à 660 000, soit une augmentation de 80 %, alors que 7,8 millions de personnes sont inscrites à France Travail. Malgré le contexte de diète budgétaire, « nous avons besoin d’accompagner mieux et de façon plus personnalisée les chercheurs d’emploi. Pour y parvenir à effectif contant, il fallait un plan d’efficience », a expliqué Thibaut Guilluy, évoquant notamment le temps dégagé grâce à la réduction de certaines tâches administratives.

Partager cet article

Dans la même thématique

French Government Holds Press Conference on Measures to Address Rising Fuel Prices
5min

Économie

Annonces du gouvernement sur les aides au carburant : qui touchera quoi ?

Face à la persistance de la crise du détroit d'Ormuz et à la flambée des prix à la pompe, l'exécutif a annoncé ce mardi 22 septembre un paquet de mesures avec un coût total de 450 millions d'euros, articulé autour d'une « règle d'or » sur la fiscalité des carburants et d'un doublement de l'aide aux automobilistes les plus dépendants de leur véhicule.

Le

Malgré la dégradation des chiffres du chômage, le directeur général de France Travail salue un taux d’emploi « quasiment historique »
7min

Économie

Énergie : Les Français doivent-ils craindre une pénurie de gaz cet hiver ?   

Des prix déjà très élevés, un marché mondial sous tension, et des stocks de gaz plutôt faibles au niveau européen : après le choc énergétique de 2022, l’Europe pourrait-elle connaître une nouvelle crise du gaz ? D’après certains experts, « aucune crainte de pénurie » mais « un effet prix » très important en France.

Le

FRA – PARIS – ELYSEE – CONSEIL DES MINISTRES
7min

Économie

Carburants : que cache la « règle d’or » promise par Sébastien Lecornu ?

Face à la flambée des prix des carburants et à la grogne sociale, Sébastien Lecornu propose d'inscrire dans le budget 2027 un mécanisme destiné à neutraliser d’éventuels surplus de TVA liés à la hausse des carburants. Mais derrière le terme de « règle d’or », le dispositif reste encore largement à définir.

Le

France EU China
5min

Économie

Carburants : Emmanuel Macron propose cinq mesures à Bruxelles pour amortir la crise 

Le président de la République a adressé un courrier à Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne. Pour aider les consommateurs à faire face à l’envolée des prix à la pompe, il demande notamment le report de l’entrée en vigueur de certaines réglementations européennes, mais aussi un allégement des normes sur la qualité des carburants.

Le