Sur la côte basque en hiver, les surfeurs prennent les vagues face à des maisons aux volets fermés. Ces résidences secondaires inoccupées pendant une longue partie de l’année jurent avec une crise du logement qui sévit dans toute la région.
A Bayonne, Léna 34 ans, a cherché un appartement pendant près d’1 an et à chaque fois le même constat : « Pour une pièce, c’est un T1 bis, ce n’est même pas un T2, j’en ai pour 800 euros et c’est un 38m2, 38m2 et c’est dans le centre, c’est beaucoup ! ».
Les offres sont rares, les prix inabordables pour un salaire médian et les abus des propriétaires nombreux : « Ils décident de ne louer que de septembre à juin et de libérer les appartements de juin à septembre pour du saisonnier et là ils quadruplent la rentabilité de leur logement » constate-t-elle : « Moi je voulais quelque chose pour m’implanter, vraiment là à l’année et vivre ici sans avoir besoin de réfléchir à où est ce que j’allais mettre mes bagages pendant l’été ».
C’est finalement grâce au bouche-à-oreille que Léna a pu se loger dans un appartement de 40m2. La fin d’un long parcours du combattant : « En ayant un poste dans la fonction publique et en étant en CDI, moi j’étais quasi sûre de trouver quelque chose, même si je savais que c’était compliqué, mais je me suis rendue compte que non et ça m’a dépassée, je me suis rendue compte de l’ampleur de la catastrophe et m’a désespérée, je suis vraiment passée par un moment où je me suis dit que j’allais jamais trouver »
Mesure de compensation et plafonnement des loyers
Selon la plateforme citoyenne Herrian Bizi « se loger au pays », le nombre de personnes sans abri a doublé en dix ans au Pays-basque. Face à l’urgence, en 2023, les maires de la région ont voté quasiment à l’unanimité une mesure dite de « compensation ». Désormais, un propriétaire qui souhaite mettre un bien en location saisonnière doit compenser cette perte par la transformation en logement d’un autre local non dévolu à l’habitation.
Autre changement, depuis le mois de novembre, les loyers sont plafonnés. Deux combats menés par ALDA. Un collectif citoyen régional qui veille également au bon respect de la loi.
Bérengère, trentenaire, vit à Bayonne. Son dépassement de loyer s’élève à 200 euros. Mais sans l’accompagnement juridique d’Alda, elle n’aurait pas osé les réclamer. Une pression qui permet de réguler le marché : « Je n’aurais peut-être pas entamé une bataille contre mon propriétaire car pour nous c’est lui qui gagnera et vu qu’on est quand même dans une région en crise de logement on a, moi je ne pouvais pas permettre de me mettre à dos mon propriétaire de peur qu’il me mette dehors. Moi je pense que sans cette association, cette loi elle ne passerait pas en fait »
Malika Peyraut en est la co-présidente, elle est heureuse des nombreuses victoires de l’association : « On s’aperçoit dans les gros problèmes liés au logement, c’est que les locataires sont peu informés de leurs droits et du coup ils sont très vulnérables. Le collectif qui s’est créé au sein d’Alda il prouve qu’on n’est pas condamnés à subir ».
Des entrepreneurs locaux se mobilisent
Ici, le drame du logement menace l’équilibre économique même de la région. Pour loger leurs salariés et éviter des départs, Peio Etxeleku et 8 autres chefs d’entreprise ont investi près d’1 million d’euros : « Nous avons réhabilité la moitié de cette vieille ferme. Nous avons réalisé 4 logements différents. 2T3 et 2T4 pour nos salariés ».
Les loyers proposés sont 25 à 35 % inférieurs au prix du marché. Une solution qui accentue la pression économique des entreprises. « On est entre le marteau et l’enclume » explique Peio Etxeleku, « parce que l’on a absolument besoin de nos salariés, de nos talents, mais en même temps on a pression énorme sur nos marges et on sait qu’on ne peut pas assurer de développement, voire même de maintien pour nos entreprises si nous n’avons pas la capacité à faire venir et garder nos salariés ».
Le projet baptisé « travailler et vivre au Pays basque » fait déjà des émules. Des entreprises des 4 coins de la France cherchent déjà à l’imiter.
Céline Schmitt