Valider son titre de transport en montant dans le tramway… À Montpellier, c’est complètement démodé. Depuis deux ans, les habitants de la métropole n’ont plus à mettre la main au portefeuille pour se déplacer. “Les transports c’est très cher, donc tant mieux si on ne les paye pas !”, s’exclame une étudiante montpelliéraine en attendant son tramway. Une mère de famille rencontrée quelques mètres plus loin ajoute : “c’est très pratique, parce qu’on ne se pose plus la question de prendre la voiture ou bien le tram : le bus et le tram arrivent en premier quand on réfléchit à comment se déplacer à Montpellier. Il n’y a pas besoin d’acheter sa carte, de renouveler son abonnement… c’est vraiment pratique, ça fait gagner du temps et ça incite à prendre plus les transports !”
Une mesure sociale avant tout selon la municipalité, mais aussi environnementale puisqu’elle vise, entre autres, à améliorer la qualité de l’air en réduisant l’usage de la voiture. Si une large partie des Montpelliérains apprécient cette mesure, certains se montrent plus sceptiques, comme Yannis Ruelle, le porte-parole d’un collectif d’usagers : “sur le principe, la gratuité, c’est une très bonne chose […] mais [elle] s’accompagne aussi d’une dégradation de l’offre. Par exemple 62% des bus seulement sont arrivés à l’heure en 2024, c’est une problématique pour les usagers qui attendent un service public fort et fiable”.
« Un vrai manque à gagner… »
Un avis partagé par certains opposants politiques de la ville, mais aussi par la Cour des Comptes. Dans un rapport paru en septembre 2025, l’institution a pointé du doigt un manque à gagner dommageable. “La gratuité n’existe pas. Chaque euro qui n’est pas collecté est un euro qui est perdu pour d’autres types d’investissements. Les 34 millions d’euros de perte de recettes pour Montpellier auraient pu être réinvestis dans les transports, on a vraiment là un manque à gagner pour développer l’offre”, décrypte François Mirabel, professeur d’économie à l’université de Montpellier, spécialisé sur la question des transports.
Pour la métropole, il ne faut pas voir la gratuité comme une mesure isolée, ni comme un frein au développement du réseau, mais au contraire comme une brique dans la stratégie “Mobilités” globale de Montpellier. “Aujourd’hui, nos résultats montrent que sur la part totale des déplacements réalisés sur la métropole entre 2020 et 2025, il y a une diminution de 26% des déplacements en voiture et une augmentation de 50% des trajets en transports en commun”, se réjouit Julie Frêche, vice-présidente de la métropole de Montpellier en charge des mobilités. “Nous avons une offre complète qui concerne le potentiel piétonnier, la sécurisation des aménagements cyclables, l’augmentation de l’offre et de la sécurité dans les transports…”, énumère la vice-présidente.
À l’approche des élections municipales, plus de 15% des Français jugent la thématique des transports en commun importante. En France, si la gratuité totale ne fait pas l’unanimité, une quarantaine de villes l’ont déjà instaurée pour leurs habitants.
Clément Guillonneau