Après les auditions des acteurs majeurs de la grande distribution la semaine passée, la commission d’enquête sénatoriale a reçu ce mercredi le géant des prix bas : Action France. « Il n’y a pas une seule audition où l’on ne vous mentionne pas. Vous bouleversez les pratiques du secteur avec vos prix bas », n’a pas manqué de rappeler la rapporteure, l’écologiste Antoinette Guhl. Cette audition avait pour but de décrypter les stratégies à l’œuvre au sein du groupe dans la construction des prix.
Appréciée des Français pour ses prix petits, dans un contexte de tensions du pouvoir d’achat, Action France connaît une ascension fulgurante et s’est implantée durablement dans le paysage de la grande distribution. Wouter de Becker, président de la chaîne, a présenté ce 4 mars son modèle et les raisons de son succès.
« Nous vendons les mêmes produits dans l’ensemble de nos magasins en France et en Europe »
Face aux questions de la rapporteure, Antoinette Guhl (écologiste), Wouter de Becker a détaillé le processus de standardisation de l’approvisionnement des magasins. Avec plus de 900 magasins dans l’hexagone, Action s’appuie sur un système d’achat ultra-centralisé : « Nous vendons les mêmes produits dans l’ensemble de nos magasins en France et en Europe. Cette harmonisation nous permet d’acheter en grands volumes et de travailler dans la durée avec nos fournisseurs. L’efficacité permet des prix bas. », a expliqué son président.
Au sujet des négociations commerciales, le président d’Action France a insisté sur la possibilité d’allier prix bas et relations commerciales apaisées : « Les prix bas sont rendus possible par l’efficacité, les relations commerciales apaisées et des responsabilités assumées. Nos acheteurs centralisés négocient en direct avec les fournisseurs, le processus de négociation est simple ». Arrivées à leur terme ce 1er mars, les négociations commerciales ont, à nouveau cette année, cristallisé les tensions entre acteurs de la chaîne alimentaire, des producteurs aux distributeurs.
« Le turnover des employés, ce n’est pas que chez Action »
Face aux conclusions de l’épisode du magazine d’investigation Complément d’enquête dédié à l’enseigne, Antoinette Guhl a sommé Wouter de Becker à répondre aux accusations de mauvaises conditions de travail au sein de ses enseignes. Mis en difficulté sur les questions des taux de renouvellement des effectifs (turnover), de maladies professionnelles et d’accidents du travail, il a assuré placer le bien-être du personnel au cœur de la stratégie de l’entreprise : « Notre stratégie d’entreprise, c’est aussi nos employés qui sont indispensables. On crée des emplois locaux, souvent pourvus par des personnes éloignées du monde du travail, avec des perspectives de formation et d’évolution », avant d’ajouter « le turnover des employés, ce n’est pas que chez Action ».
Wouter de Becker a également insisté sur la satisfaction exprimée par ses employés au sein d’enquêtes internes, « 82% ayant répondu s’impliquer dans la société ». Wouter de Becker assure que de tels chiffres sont la preuve que les employés d’Action « sont fiers de travailler dans l’entreprise ».
« Notre modèle d’approvisionnement est pleinement conforme au cadre réglementaire en vigueur »
Questionné sur les origines des approvisionnements du groupe, Wouter de Becker a affirmé que bien que « la moitié de nos fournisseurs sont en Asie », le groupe veille à savoir « comment cela se passe dans les usines ». Il a ensuite rejeté l’idée selon laquelle des enfants ou populations forcées, notamment en Chine avec les Ouïghours, étaient exploitées par les fournisseurs du groupe : « Cela fait partie de nos exigences ».
Au sujet de la concurrence entre Action France et les acteurs de la grande distribution, Wouter de Becker a assuré être soumis aux mêmes normes, notamment aux lois Egalim dans le domaine des négociations commerciales. Ainsi, il a affirmé être soumis à l’encadrement des promotions, tout comme ses concurrents de la grande distribution. Il a également expliqué subir les mêmes contrôles, ce qu’il a assuré être « tout à fait normal ». Il a également affirmé que le groupe n’avait « pas l’ambition de développer son offre alimentaire ».
Alors qu’elle a déjà entendu un grand nombre d’acteurs du secteur de la distribution et de l’industrie agroalimentaire, la commission d’enquête recentre ses travaux sur les négociations commerciales et le respect du cadre normatif français, ce jeudi 5 mars. Celle-ci devrait aborder plus en profondeur la question de la rémunération des producteurs et industriels français, notamment avec les auditions des représentants de la Fédération des entreprises et entrepreneurs de France (Feef) et de l’industriel Mondelez France.