« Nous avons la responsabilité de mieux évaluer les dispositifs d’aides aux entreprises », indique Catherine Vautrin au Sénat

La ministre du Travail, de la Santé, des Solidarités était le premier membre du gouvernement à être auditionné, ce 5 mai, par la commission d’enquête du Sénat sur les aides publiques versées aux grandes entreprises. Elle a défendu leur utilité sur l’emploi, tout en soulignant que la situation dégradée des comptes publics devait conduire à réinterroger un certain nombre d’entre elles.
Guillaume Jacquot

Temps de lecture :

6 min

Publié le

La commission d’enquête du Sénat sur l’utilisation des aides publiques aux grandes entreprises se dirige petit à petit vers la fin de ses auditions. Après avoir enchaîné des séances de questions-réponses avec de grands dirigeants de secteurs variés – cycle qui devrait se poursuivre jusqu’à la mi-mai – le rapporteur Fabien Gay (communiste) et le président Olivier Rietmann (LR) ont commencé cette semaine à entendre d’anciens responsables de l’exécutif et d’actuels membres du gouvernement. Une façon de sonder le terrain dans l’équipe de François Bayrou, et de connaître leurs intentions en matière de soutien aux grandes entreprises, dans une période marquée par la quête de 40 milliards d’euros d’effort budgétaire.

Pour ce qui relève du portefeuille de Catherine Vautrin, ministre du Travail, de la Santé, des Solidarités et des Familles, les sommes en jeu sont loin d’être anodines. La France a par exemple dépensé 3,8 milliards d’euros l’an dernier pour les aides à l’embauche, et 290 millions d’euros en 2023 d’indemnités au titre de l’activité partielle. Mais c’est surtout sur le plan des exonérations de cotisations que les montants sont les plus massifs : sur 300 milliards d’euros de cotisations sociales, les entreprises ont bénéficié en 2023 de 75 milliards d’euros de réduction et d’allègements.

La ministre temporise sur l’avenir des exonérations de cotisations patronales au-delà de 1,6 Smic

Rappelant que la France avait « le coût du travail le plus élevé » d’Europe, la ministre a considéré lors de son audition ce 5 mai devant la commission d’enquête que ces exonérations avaient « pour objectif d’alléger le coût du travail pour favoriser l’emploi » et que leurs effets sur la création ou le maintien d’emploi était notamment visible sur les salaires proches du Smic. Au début de l’année, dans le budget de la Sécurité sociale, le Parlement a légèrement réduit le plafond d’éligibilité pour les réductions de cotisations patronales à l’Assurance maladie et aux allocations familiales, pour une économie de 1,6 milliard d’euros. « Cela permet de freiner la dynamique des allègements généraux de cotisations », a insisté Catherine Vautrin.

La réforme doit se poursuivre en 2026, avec l’instauration d’un dispositif unique de réduction dégressive à la place des réductions fixes actuelles, qui s’arrêtent aux rémunérations équivalentes à 2,25 Smic (pour les cotisations maladies) et 3,3 Smic (pour les cotisations à la branche famille).

Le rapporteur Fabien Gay a notamment cherché à savoir comment se positionnait le gouvernement sur les exonérations applicables aux salaires supérieures à 1,6 Smic, et dont le coût s’élève à 20 milliards d’euros. « L’ensemble des économistes, dans leur diversité, s’accordent à dire que l’effet bénéfique sur l’emploi est quasi-nul », a pointé le sénateur de Seine-Saint-Denis, à la suite d’auditions. Catherine Vautrin n’a pas été en mesure de donner la position du gouvernement sur ce sujet. « Aujourd’hui, il y a une incertitude sur les effets au-dessus de 1,6 Smic. Il faut que l’on travaille sur le sujet, pour mieux argumenter et prendre une décision. Je ne vais pas comme ça répondre oui ou non », a-t-elle développé.

« On doit faire attention aux mesures que nous prenons »

S’agissant des retours sur expérience et des évaluations, la ministre du Travail et des Solidarités a rappelé que la loi en 2022 avait renforcé l’information due au Parlement, notamment à travers les annexes dans les lois d’approbation des comptes de la Sécurité sociale. Elle a assuré que de « nouveaux travaux » continueraient à éclairer les décisions du parlement dans les prochains mois. « Les dispositifs sont plus évalués aujourd’hui qu’ils ne l’étaient hier. Ça ne veut pas dire que l’on n’ait pas besoin de revisiter et d’aller plus loin […] Il est de la responsabilité du gouvernement et du Parlement de prendre acte de ces évaluations pour orienter les dispositifs voire les supprimer lorsque les effets attendus ne sont pas au rendez-vous ». En la matière, elle a notamment cité la suppression, dans le dernier budget, des emplois francs, ces aides à l’emploi dans les quartiers prioritaires de la ville, qui étaient en réalité des effets d’aubaine pour plusieurs entreprises.

« Nous avons la responsabilité de mieux évaluer les dispositifs d’aides aux entreprises dans un contexte budgétaire que je qualifierais d’extrêmement contraint, qui nous oblige à rechercher des économies et à faire des choix », a-t-elle insisté.

Interrogée sur la multiplication d’annonces de plans sociaux ces derniers mois, la ministre a indiqué « comprendre l’incompréhension voire la colère que produisent les suppressions d’emploi au sein d’entreprises qui ont bénéficié d’aides publiques ».

Sur les éventuelles évolutions législatives, en particulier sur la question du remboursement de certaines aides, elle a souhaité faire preuve de prudence, comme sur le sujet des allègements généraux de cotisations. « C’est une question complexe à laquelle on ne peut pas répondre par oui ou par non », a-t-elle indiqué. Et d’ajouter plus tard, au cours des échanges : « On doit aussi faire attention aux mesures que nous prenons […] C’est un équilibre à trouver. »

La position de la ministre n’a pas vraiment réjoui le rapporteur communiste. « Le chantage à l’emploi, à chaque fois c’est la même chose, à chaque fois que l’on a cédé, ça n’a jamais empêché une fermeture », a-t-il rétorqué.

La commission d’enquête va auditionner dans les prochaines heures deux anciens ministres de l’Économie, Arnaud Montebourg (en poste sous le quinquennat de François Hollande) et Bruno Le Maire, qui a accompagné les sept premières années de la présidence d’Emmanuel Macron. L’audition de l’actuel maître de Bercy, Éric Lombard, devrait conclure les auditions le 15 mai.

Partager cet article

Dans la même thématique

« Nous avons la responsabilité de mieux évaluer les dispositifs d’aides aux entreprises », indique Catherine Vautrin au Sénat
5min

Économie

Sébastien Lecornu annonce « entre 500 et 700 millions d'euros » prélevés sur le budget 2027 pour la relance agricole

Après une série de mesures d’urgence destinées à compenser les pertes liées à la canicule et à la sécheresse de l’été, le gouvernement planche désormais sur un plan de relance autour de la résilience du secteur agricole face au changement climatique et aux conséquences de la guerre au Moyen-Orient. Il sera décliné sous la forme d’amendements intégrés au projet de loi de finances, actuellement débattu au Parlement.

Le

Présidentielle 2027 : Bruno Retailleau s’engage sur un plan d’économies de près de 200 milliards d’euros, s’il est élu
9min

Économie

Présidentielle 2027 : Bruno Retailleau s’engage sur un plan d’économies de près de 200 milliards d’euros, s’il est élu

Le candidat des Républicains a présenté son plan de redressement des finances publiques, avec l’objectif de ramener le déficit sous les 3 % du PIB en 2031. Il s’engage à réaliser 197 milliards d’euros d’économies, dont 56 milliards redirigés sous forme de baisse de la fiscalité des entreprises et des ménages. L’essentiel de l’effort repose sur l’État, dont il questionne le périmètre, et sur les dépenses sociales.

Le

Farmer Harvests Alfalfa for Pasture-Raised Beef Cattle
3min

Économie

Canicule : la ministre de l’Agriculture annonce des prêts à taux zéro pour les agriculteurs frappés par la sécheresse

En déplacement au sommet de l’élevage, la ministre de l’Agriculture Annie Genevard a annoncé de nouvelles aides pour les exploitations, dont des prêts à taux zéro. Cette mesure sera soumise au Parlement lors des débats budgétaires de l’automne. Par ailleurs, les préfets auront accès à une enveloppe de 235 millions d'euros pour soutenir les agriculteurs les plus touchés par les épisodes caniculaires de l’été.

Le

« Nous avons la responsabilité de mieux évaluer les dispositifs d’aides aux entreprises », indique Catherine Vautrin au Sénat
9min

Économie

Collectivités locales, niveau de l’effort ou encore fiscalité : les premiers signes de mécontentement à l’égard du budget 2027 se font jour au Sénat

Lors d’une audition des ministres de l’Économie et des Comptes publics, les premières critiques vis-à-vis des textes budgétaires apparaissent à la commission des finances du Sénat. La potion imposée aux collectivités territoriales fait l’unanimité contre elle. La droite sénatoriale se montre critique sur le niveau de l’effort proposée, quand la gauche dénonce un manque de justice fiscale.

Le