Nouvel effort budgétaire : « Il nous faut être dans le sursaut », réagit le rapporteur général du budget au Sénat

Nouvel effort budgétaire : « Il nous faut être dans le sursaut », réagit le rapporteur général du budget au Sénat

Dans une période de grande incertitude liée au séisme des droits de douane américains, le gouvernement a annoncé ce mercredi 5 milliards d’euros d’effort supplémentaire. Cette décision doit permettre de tenir la cible de déficit mais également de réallouer des moyens aux dépenses militaires. « On arrive dans une période clé », juge le sénateur Jean-François Husson.
Guillaume Jacquot

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

En pleines tensions commerciales internationales, le gouvernement surveille le budget comme le lait sur le feu. Ce mercredi matin, la ministre française des Comptes publics, Amélie de Montchalin a annoncé un effort supplémentaire de réduction de la dépense publique de 5 milliards d’euros.

« Comme la croissance baisse, comme on a moins de recettes et comme certains ministères ont de nouveaux besoins, si on veut tenir la cible de déficit, il faut qu’il y ait 5 milliards de dépenses qu’on avait prévu de faire, qu’on ne va pas faire à l’endroit où on voulait les faire, soit parce qu’elles n’auront pas lieu du tout, soit parce qu’on les aura réallouées », a-t-elle justifié au micro de RMC.

La ministre a précisé que ces 5 milliards seraient décomptés des 9,1 milliards d’euros placés en réserve (dont 8 sur le périmètre de l’État), c’est-à-dire mis de côté pour faire face à toute éventualité au cours de l’année. Dans un contexte de soutien accru à l’Ukraine après le désengagement américain, une partie de ces cinq milliards d’euros « va aller à nos dépenses essentielles de défense », a-t-elle ajouté. « La répartition exacte sera précisée dans les prochains jours », selon le cabinet de la ministre.

Une prévision de croissance qui devrait être abaissée de quelques dixièmes de point

Pour rappel, l’objectif du gouvernement est de parvenir à réduire le déficit public à 5,4 % du PIB en 2025, après 5,8 % l’an dernier. Mais la croissance sur laquelle repose la loi de finances, à savoir 0,9 %, pourrait être moins élevée que prévu, avec des conséquences sur le niveau des rentrées fiscales. Avant même l’offensive douanière de la Maison Blanche déclenchée le 2 avril, les incertitudes internationales ont conduit la Banque de France à réduire de 0,2 point à 0,7 % sa prévision de croissance pour 2025. Lors du point presse qui a suivi le Conseil des ministres, la porte-parole du gouvernement Sophie Primas a déclaré que l’impact brut sur la croissance française des surtaxes douanières américaines « sera entre 0,3 et 0,5 % ».

Selon nos informations, le ministre de l’Économie Éric Lombard devrait annoncer une révision de la prévision de croissance lors de son passage au journal de 20 heures de TF1 ce 9 avril. Déjà le 19 mars, lors d’une audition au Sénat, le ministre de l’Économie avait reconnu un « cadre sous tension » et avait estimé que le gouvernement devrait opérer des « ajustements » budgétaires, si la croissance était « plus faible que prévu ».

« Je sens que les ministres veulent tenir la ligne du déficit annoncé », note le rapporteur général du budget au Sénat

« Je sens que les ministres veulent tenir la ligne du déficit annoncé », observe auprès de Public Sénat le rapporteur général de la commission des finances du Sénat, Jean-François Husson (LR). « Il est incontestable que les obstacles et les contrariétés multiples viennent rendre l’exercice difficile, mais raison de plus pour rapidement solenniser les choses et essayer d’engager le combat de la France pour le redressement général », appelle le sénateur de Meurthe-et-Moselle. Et d’ajouter : « Ce n’est pas le moment d’être abattu. Il faut être lucide, ne pas se tromper. »

Le 15 avril, de nombreux parlementaires des commissions des finances et des affaires sociales vont participer à une conférence sur les finances publiques, aux côtés du gouvernement, de représentants de la Sécurité sociale et des collectivités territoriales. Ce rendez-vous doit être l’occasion de faire le point sur les risques de dérapages des finances publiques, mais également sur les mesures correctrices. « Cela ne doit pas être d’abord un exercice de communication, cela doit être un temps de mobilisation officielle, avoir quelques lignes fortes et comment on propose au Parlement, aux partenaires sociaux, des voies de passage », espère le rapporteur du budget au Sénat. « Le temps de la défausse, des promesses non tenues, c’est fini. On arrive dans une période clé, charnière. Il nous faut être dans le sursaut », encourage-t-il.

Après deux années d’écarts considérables sur le front de l’évolution des dépenses et des recettes, Jean-François Husson se montre optimiste sur les éléments relatifs au premier trimestre 2025, qui seront annoncés prochainement. « De ce que je crois comprendre, il devrait y avoir moins de mauvaises surprises. Cela devrait être assez proche des prévisions. »

Partager cet article

Dans la même thématique

Musk Twitter Shareholders
2min

Économie

Elon Musk, homme largement le plus riche d'un monde qui compte 400 milliardaires de plus

L'homme d'affaires Elon Musk, actionnaire de référence du constructeur automobile Tesla, de la société spatiale SpaceX, du réseau social X et de l'entreprise d'intelligence artificielle xAI, arrive largement en tête de la liste des personnes les plus riches au monde publiée mardi par le magazine Forbes. Bernard Arnault, le patron de LVMH arrive 7ème du classement.

Le

Nouvel effort budgétaire : « Il nous faut être dans le sursaut », réagit le rapporteur général du budget au Sénat
7min

Économie

Nucléaire civil : « L’heure est à l’action » pour Emmanuel Macron

Presque quinze ans jour pour jour après l’accident nucléaire de Fukushima (Japon), Emmanuel Macron a ouvert le second Sommet sur le nucléaire civil à Paris. Le Président assure qu’une « confiance pleine et entière a été retrouvée dans le nucléaire », condition sine qua non au développement international du nucléaire civil pour répondre aux enjeux de neutralité carbone à l’horizon 2050.

Le

Guerre au Moyen-Orient : l’enlisement du conflit ravive le spectre d’une crise économique
9min

Économie

Guerre au Moyen-Orient : l’enlisement du conflit ravive le spectre d’une crise économique

La hausse vertigineuse des cours du pétrole, après une semaine d’escalade dans le Golfe persique, inquiète de nombreux gouvernements. Les économistes continuent d’explorer toutes les conséquences des tirs sur la production et l’acheminement d’hydrocarbures dans la région. Entre un conflit bref et localisé, et la peur d’un scénario plus pessimiste avec un conflit plus large et prolongé, les estimations diffèrent sur l’impact en termes de croissance et de contagion de l’inflation.

Le

PARIS: Station essence Esso, tous les carburants depassent les 2 euros
7min

Économie

Hausse des prix à la pompe : quelles pistes pour limiter la facture ?

Sébastien Lecornu lance un renforcement des contrôles des « hausses abusives » de prix dans les stations-services. Les oppositions appellent plutôt le gouvernement à revoir la fiscalité des carburants. Baisse de la TVA, « TICPE flottante » ou gel des prix… tour d’horizons des propositions sur la table.

Le