Nouvelles règles budgétaires européennes : « Soit il y a un accord d’ici fin 2023, soit il n’y a pas d’accord du tout », avertit Bruno Le Maire

Auditionné au Sénat devant la commission des affaires européennes et la commission des finances, Bruno Le Maire a souligné « l’état d’esprit très coopératif » avec l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne pour faire évoluer les règles du pacte de stabilité budgétaire. Reste désormais à convaincre les États du nord, et le temps presse.
Guillaume Jacquot

Temps de lecture :

3 min

Publié le

La dernière réunion des ministres des Finances de l’Union européenne (conseil Ecofin), les 7 et 8 décembre, n’a pas été décisive. Les Européens, à la recherche de nouvelles règles de gouvernance économique, cherchent toujours un atterrissage sur la réforme du pacte de stabilité et de croissance. Ces règles, qui visent à réduire les écarts entre pays européens en fixant une limite maximale aux déficits budgétaires (3 % du PIB) et à l’endettement (60 % du PIB), sont en sommeil depuis l’émergence du Covid mars 2020. Repoussée en raison de la guerre en Ukraine, cette dérogation doit prendre fin à la fin de l’année.

La France a réussi à se mettre d’accord avec l’Allemagne sur des règles moins contraignantes, qui devraient permettre de ne pas sacrifier l’investissement en cas de déficit budgétaire problématique, et surtout d’introduire plus de souplesse pour les trois années à venir. « C’est déjà une avancée majeure », a salué le ministre de l’Économie et des Finances Bruno Le Maire, devant les sénateurs le 13 décembre 2023. D’autant que cet accord franco-allemand est soutenu par l’Italie, et l’Espagne, qui assure encore pour quelques jours la présidence tournante du Conseil. Bruno Le Maire a salué « l’état d’esprit très coopératif » avec ces pays.

La voie vers un accord définitif, embarquant l’ensemble des Etats membres, est encore longue. Paris et Berlin doivent notamment convaincre les État du Nord, les États qualifiés de « frugaux », de le rejoindre. Une nouvelle réunion du conseil Ecofin sera nécessaire avant la de l’année. Le temps presse, faute de quoi les Européens reviendraient aux anciennes règles. « Cela marquerait une faiblesse politique européenne », a prévenu Bruno Le Maire.

Les anciennes règles « n’ont plus aucun sens aujourd’hui », insiste Bruno Le Maire

Vu de Paris, le retour aux anciennes règles serait problématique. La France serait alors sous le coup d’une procédure pour déficit excessif, qui impliquerait alors pour le gouvernement de devoir réduire son déficit, et l’endettement, à un rythme bien plus élevé que ne le prévoit la récente loi de programmation des finances publiques. « Ces règles n’ont plus aucun sens aujourd’hui », a fait valoir le ministre, inquiet qu’un cadre trop strict ne provoque une récession « sur plusieurs années ».

Pour Bruno Le Maire, les choses sont assez claires. « Soit il y aura un accord d’ici fin décembre, soit il n’y aura pas d’accord, et je vais être très clair, s’il n’y a pas d’accord d’ici fin décembre, il n’y aura pas d’accord du tout », a-t-il expliqué devant les sénateurs de la commission des affaires européennes et celle des finances. « Je ne pense pas que nous puissions repartir après une année de négociations qui ont été longues, difficiles, avec une nouvelle présidence, sur de nouvelles négociations. »

En cas d’accord d’ici le 31 décembre, les règles seraient alors soumises aux représentants du Parlement européen, du Conseil de l’Union européenne et de la Commission européenne, dans le cadre d’un trilogue. Cette phase doit avoir lieu en février, « au plus tard », le Parlement européen devant suspendre ses travaux au printemps en raison de son renouvellement début juin.

Partager cet article

Pour aller plus loin

Dans la même thématique

Nouvelles règles budgétaires européennes : « Soit il y a un accord d’ici fin 2023, soit il n’y a pas d’accord du tout », avertit Bruno Le Maire
5min

Économie

Sébastien Lecornu annonce « entre 500 et 700 millions d'euros » prélevés sur le budget 2027 pour la relance agricole

Après une série de mesures d’urgence destinées à compenser les pertes liées à la canicule et à la sécheresse de l’été, le gouvernement planche désormais sur un plan de relance autour de la résilience du secteur agricole face au changement climatique et aux conséquences de la guerre au Moyen-Orient. Il sera décliné sous la forme d’amendements intégrés au projet de loi de finances, actuellement débattu au Parlement.

Le

Présidentielle 2027 : Bruno Retailleau s’engage sur un plan d’économies de près de 200 milliards d’euros, s’il est élu
9min

Économie

Présidentielle 2027 : Bruno Retailleau s’engage sur un plan d’économies de près de 200 milliards d’euros, s’il est élu

Le candidat des Républicains a présenté son plan de redressement des finances publiques, avec l’objectif de ramener le déficit sous les 3 % du PIB en 2031. Il s’engage à réaliser 197 milliards d’euros d’économies, dont 56 milliards redirigés sous forme de baisse de la fiscalité des entreprises et des ménages. L’essentiel de l’effort repose sur l’État, dont il questionne le périmètre, et sur les dépenses sociales.

Le

Farmer Harvests Alfalfa for Pasture-Raised Beef Cattle
3min

Économie

Canicule : la ministre de l’Agriculture annonce des prêts à taux zéro pour les agriculteurs frappés par la sécheresse

En déplacement au sommet de l’élevage, la ministre de l’Agriculture Annie Genevard a annoncé de nouvelles aides pour les exploitations, dont des prêts à taux zéro. Cette mesure sera soumise au Parlement lors des débats budgétaires de l’automne. Par ailleurs, les préfets auront accès à une enveloppe de 235 millions d'euros pour soutenir les agriculteurs les plus touchés par les épisodes caniculaires de l’été.

Le

Nouvelles règles budgétaires européennes : « Soit il y a un accord d’ici fin 2023, soit il n’y a pas d’accord du tout », avertit Bruno Le Maire
9min

Économie

Collectivités locales, niveau de l’effort ou encore fiscalité : les premiers signes de mécontentement à l’égard du budget 2027 se font jour au Sénat

Lors d’une audition des ministres de l’Économie et des Comptes publics, les premières critiques vis-à-vis des textes budgétaires apparaissent à la commission des finances du Sénat. La potion imposée aux collectivités territoriales fait l’unanimité contre elle. La droite sénatoriale se montre critique sur le niveau de l’effort proposée, quand la gauche dénonce un manque de justice fiscale.

Le