Après une première édition du Sommet sur le nucléaire civil en 2024 en Belgique, une quarantaine de pays et d’organisations internationales, la communauté scientifique et les industriels énergétiques se réunissent ce 10 mars à la Scène musicale. La Russie, pourtant moteur dans le développement du nucléaire civil, est absente du sommet en raison de l’invasion de l’Ukraine. Organisé par la France, en partenariat avec l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), le second Sommet sur le nucléaire civil se tient dans un contexte particulier.
Alors que la guerre au Moyen-Orient fait rage et agite autant la menace nucléaire que la menace énergétique, le Sommet entend valoriser « une énergie sûre et accessible à tous ». A l’heure où les cours du pétrole s’envolent, Emmanuel Macron a tenu à mettre en lumière « l’indépendance » permise par l’énergie nucléaire face aux « soubresauts géopolitiques » pesant sur les économies mondiales.
« Sans nucléaire, nous ne pourrons pas tenir nos objectifs de neutralité carbone pour 2050, tout en continuant à créer des emplois »
Le Président a souligné les premières avancées des dernières années en matière de collaboration internationale visant à garantir la sûreté nucléaire. Il est ainsi revenu sur le lendemain de l’accident nucléaire de Fukushima, pointant les efforts conjoints dans l’élaboration de dispositifs et réacteurs nucléaires plus sûrs. Également, il a réitéré son soutien à l’AIEA, notamment pour son travail de sécurisation de la centrale nucléaire de Zaporijjia (Ukraine), « illégalement occupée par la Russie ».
Emmanuel Macron a également vanté le modèle français dans le développement du nucléaire civil. « La France allie économies d’énergie, énergies renouvelables et nucléaire ». Il définit ainsi la France comme une puissance énergétique, capable d’exporter « une énergie décarbonée » grâce à un parc nucléaire modernisé en développement permanent. Il a annoncé par ailleurs la construction de 6 EPR 2, la programmation de 8 autres à l’avenir et un conseil de politique nucléaire imminent pour « acter de nouvelles décisions sur la base de la programmation pluriannuelle de l’énergie ». Ces annonces concordent avec la politique pro nucléaire du Président depuis son arrivée au pouvoir en 2017, réaffirmée le mois dernier par la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE).
Toujours selon lui, le nucléaire serait la solution permettant de concilier la compétitivité, par des prix bas et l’emploi, aux faibles émissions de CO2 et à l’indépendance aux puissances pétrolières étrangères. De ce postulat, Emmanuel Macron pointe la nécessité d’agir en faveur d’un développement fort du nucléaire civil. « Sans nucléaire, nous ne pourrons pas tenir nos objectifs de neutralité carbone pour 2050, tout en continuant à créer des emplois », a-t-il expliqué. Il présente alors le nucléaire comme un « véritable secteur d’avenir […] source de progrès et de prospérité » permettant de répondre à « l’électrification de nos sociétés et aux enjeux numériques nouveaux ».
Un plan d’action détaillé autour d’une coopération internationale accrue
Emmanuel Macron conclut son discours par la présentation de neuf axes d’action prioritaires. Ces axes s’articulent autour de trois thématiques : l’attractivité du nucléaire, son financement et de façon plus détaillée son organisation en concorde à l’échelle européenne et internationale.
Pour le Président de la République, l’attractivité du secteur est clé dans le développement du nucléaire. Selon lui, ce « secteur d’avenir […] doit réussir à attirer les plus jeunes et montrer que les métiers du nucléaire sont des métiers d’avenir ». Il promet alors 100 000 recrutements au cours des dix prochaines années, uniquement en France. L’attractivité du secteur émerge également du monde scientifique : Emmanuel Macron déclare vouloir former et financer les « meilleurs chercheurs de la planète ».
Le plaidoyer pour un « réveil » du financement du nucléaire
Emmanuel Macron revient également sur les enjeux de financement du nucléaire civil, en pointant notamment la réticence européenne en la matière : « Nous avons tout fait, surtout en Europe, pour ne pas financer le nucléaire », il ajoute « on a été très mauvais ». Selon lui, la nécessité de décarboner les économies européennes doit pousser les dirigeants européens à investir dans le nucléaire. Il souligne également la nécessité de mobiliser des « financements privés » : « les banques et les assureurs doivent aussi financer le nucléaire » affirme-t-il. Pour lui, il s’agit d’une question de « cohérence » qui doit nous pousser « collectivement à nous réveiller ».
Ce plaidoyer pour le financement du nucléaire illustre le revirement de la France à ce sujet. Après un processus de sortie du nucléaire entamé sous François Hollande et acté par la fermeture de Fessenheim à la veille de l’arrivée d’Emmanuel Macron à l’Elysée, ce dernier a peu à peu relancé les programmes nucléaires. Cette politique pro nucléaire n’a cessé de se heurter aux réticences européennes et notamment allemandes en la matière, laissant planer le doute quant à la coopération européenne imaginée par Emmanuel Macron.
La structuration des efforts au niveau européen et mondial
Dernière thématique du plan d’Emmanuel Macron : l’action mutualisée et coordonnée des puissances européennes et mondiales en faveur du nucléaire. Il déplore ainsi que « l’énergie [soit] restée une compétence nationale » causant ainsi des « défauts d’interconnexion entre pays européens ». Il propose alors la création d’un « marché de libre circulation des électrons décarbonés ». Il défend également l’élaboration de « grands projets d’intérêts européens » pour que les Européens « restent dans la course », mais aussi une chaîne d’approvisionnement européenne consolidée en matière d’uranium.
Au niveau international, Emmanuel Macron plaide pour une standardisation des installations nucléaires et une harmonisation des standards de sûreté. De telles mesures permettraient de « réduire les coûts et les délais », favorisant ainsi les investissements, la compétitivité et le développement rapide du nucléaire. Enfin, le Président exprime son souhait d’une coopération internationale en faveur d’une diversification et d’une sécurisation des approvisionnements d’uranium, face à la dépendance structurelle française et européenne à l’uranium russe. Un sujet brûlant, alors que l’énergie nucléaire est présentée par ses défenseurs comme un levier de la souveraineté énergétique française.
L’ensemble de ces axes d’action prioritaires viennent cependant alimenter les critiques des associations écologistes. L’association Greenpeace, qui a perturbé l’ouverture du Sommet, dénonce le « tapis rouge déroulé pour promouvoir l’industrie nucléaire, à contresens des enjeux actuels et au détriment de la mise en place d’un grand plan de sobriété, de la rénovation énergétique des bâtiments et du développement des énergies renouvelables ».