La Commission européenne a présenté sa directive omnibus, visant à amoindrir certaines dispositions du Pacte vert.
La Commission européenne a présenté sa directive omnibus, visant à amoindrir certaines dispositions du Pacte vert.

Pacte vert : la Commission européenne revient sur plusieurs normes environnementales imposées aux entreprises

Bruxelles présente ce 26 février un paquet de mesures visant à simplifier trois textes emblématiques du Pacte vert. En revenant sur ces normes, la Commission espère favoriser la compétitivité des entreprises européennes, face à la concurrence chinoise et américaine. Plusieurs associations et économistes dénoncent au contraire une dérégulation aux effets contreproductifs.
Rose-Amélie Bécel

Temps de lecture :

5 min

Publié le

On l’appelle la « directive omnibus ». Derrière ce terme loufoque se cache un paquet de mesures, présentées par la Commission européenne ce 26 février, destinées à simplifier plusieurs normes adoptées dans le cadre du Pacte vert.

En déplacement devant des industriels à Anvers, Ursula von der Leyen a défendu des mesures visant à se débarrasser « des excès de formalités et de charges administratives » qui pèsent sur la compétitivité des entreprises européennes. « Permettez-moi toutefois d’être claire : nos objectifs climatiques et sociaux restent inchangés », a assuré la présidente de la Commission.

Les obligations sur le devoir de vigilance et la durabilité des entreprises amoindries

Dans le détail, Bruxelles entend revenir sur deux textes emblématiques. La directive sur le rapport de durabilité des entreprises, aussi appelée CSRD, qui s’applique progressivement depuis 2024. Celle-ci oblige toutes les entreprises de plus de 250 salariés à communiquer un rapport sur l’impact de leurs activités sur l’environnement et la société. La Commission européenne entend réduire le périmètre de l’obligation, pour le restreindre aux très grandes entreprises de plus de 1 000 salariés. L’obligation ne concernerait plus 50 000 mais 10 000 entreprises européennes, selon le décompte de la Commission.

Dans le viseur de Bruxelles, on retrouve aussi la directive européenne sur le devoir de vigilance, adoptée en 2024. Celle-ci impose aux entreprises de prévenir et réparer les atteintes aux droits de l’homme ou à l’environnement causées par leurs activités, y compris celles de leurs sous-traitants. En vigueur en France depuis 2017, cette mesure emblématique a déjà donné lieu à plusieurs procès, notamment contre TotalEnergies ou BNP Paribas. La Commission propose finalement de reculer d’un an son application au niveau européen, initialement prévue en 2027. Là encore, Bruxelles souhaite réduire le périmètre de la directive : elle ne s’étendra plus à toute la chaîne de valeur d’une entreprise, mais sera restreinte au premier cercle de sous-traitants, c’est-à-dire aux partenaires directs.

Le Medef dénonce une directive « insuffisante pour réduire notre écart de compétitivité avec les Etats-Unis et la Chine »

Pour s’appliquer, la « directive omnibus » doit d’abord être votée au Parlement européen et approuvée par les Etats membres. La France, cheffe de file sur le dossier, devrait valider cette nouvelle orientation. « La bureaucratie pèse sur la compétitivité des entreprises lorsqu’une partie de la masse salariale est consacrée au reporting pour prouver que l’on respecte les normes », défend Stéphane Séjourné, vice-président exécutif de la Commission, dans un entretien au Figaro.

Au niveau national, les demandes de simplification des normes européennes sont notamment portées par le Medef. L’organisation patronale ne semble toutefois pas pleinement satisfaite des mesures mises sur la table par la Commission. « C’est un premier pas, mais il nous semble insuffisant pour réduire notre écart de compétitivité avec les Etats-Unis et la Chine », déplore Fabrice Le Saché, vice-président du Medef en charge des questions européennes.

L’organisation patronale demande, par exemple, « le retrait » de la directive sur le devoir de vigilance. Elle estime que les obligations imposées aux entreprises en matière de rapport sur leur durabilité « ne sont pas encore assez claires », mais aussi que la réduction du périmètre aux entreprises de 1 000 salariés reste encore « trop faible ».

« L’intérêt général a tout simplement disparu, au profit d’intérêts sectoriels », déplore l’économiste Jézabel Couppey-Soubeyran

Mais, du côté des grands patrons, tous ne s’opposent pas aux normes en vigueur dans le Pacte vert. Dans une lettre ouverte adressée à la Commission mi-janvier, plusieurs géants de l’industrie (Ferrero, Nestlé, Unilever, Primark, IKEA…) demandent le maintien des normes votées ces dernières années, arguant qu’elles peuvent au contraire favoriser la compétitivité des entreprises européennes sur le long terme.

C’est aussi l’avis de Jézabel Couppey-Soubeyran, maîtresse de conférences en économie à La Sorbonne, signataire avec 240 chercheurs d’une tribune d’opposition à la directive omnibus. « Les entreprises utilisent déjà ce cadre normatif comme outil de pilotage de leur transition. En présentant ces directives, la Commission parle de « boussole pour la compétitivité », mais elles vont plutôt déboussoler les entreprises qui sont désireuses de maintenir le cap », estime-t-elle auprès de Public Sénat. Pour l’économiste, en adoptant ces nouvelles mesures, l’Union européenne céderait au poids de certains lobbys, notamment du secteur bancaire, pétrolier et gazier : « Ce train de mesures est dicté par quelques secteurs réfractaires au changement, qui ne représentent pas la majorité des entreprises. Dans cette histoire, l’intérêt général a tout simplement disparu, au profit d’intérêts sectoriels. »

De son côté, la Commission européenne se défend de tout recul environnemental. En parallèle de la présentation de la directive omnibus, Ursula von der Leyen a d’ailleurs dévoilé la nouvelle stratégie européenne pour soutenir la décarbonation de l’industrie, baptisée « Pacte pour une industrie propre ». Celui-ci comprend notamment une série d’incitations aux investissements dans les énergies vertes, il promet aussi de « mobiliser jusqu’à 100 milliards d’euros » pour financer des projets d’industrie propre.

Partager cet article

Dans la même thématique

French Government Holds Press Conference on Measures to Address Rising Fuel Prices
5min

Économie

Annonces du gouvernement sur les aides au carburant : qui touchera quoi ?

Face à la persistance de la crise du détroit d'Ormuz et à la flambée des prix à la pompe, l'exécutif a annoncé ce mardi 22 septembre un paquet de mesures avec un coût total de 450 millions d'euros, articulé autour d'une « règle d'or » sur la fiscalité des carburants et d'un doublement de l'aide aux automobilistes les plus dépendants de leur véhicule.

Le

Pacte vert : la Commission européenne revient sur plusieurs normes environnementales imposées aux entreprises
7min

Économie

Énergie : Les Français doivent-ils craindre une pénurie de gaz cet hiver ?   

Des prix déjà très élevés, un marché mondial sous tension, et des stocks de gaz plutôt faibles au niveau européen : après le choc énergétique de 2022, l’Europe pourrait-elle connaître une nouvelle crise du gaz ? D’après certains experts, « aucune crainte de pénurie » mais « un effet prix » très important en France.

Le

FRA – PARIS – ELYSEE – CONSEIL DES MINISTRES
7min

Économie

Carburants : que cache la « règle d’or » promise par Sébastien Lecornu ?

Face à la flambée des prix des carburants et à la grogne sociale, Sébastien Lecornu propose d'inscrire dans le budget 2027 un mécanisme destiné à neutraliser d’éventuels surplus de TVA liés à la hausse des carburants. Mais derrière le terme de « règle d’or », le dispositif reste encore largement à définir.

Le

France EU China
5min

Économie

Carburants : Emmanuel Macron propose cinq mesures à Bruxelles pour amortir la crise 

Le président de la République a adressé un courrier à Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne. Pour aider les consommateurs à faire face à l’envolée des prix à la pompe, il demande notamment le report de l’entrée en vigueur de certaines réglementations européennes, mais aussi un allégement des normes sur la qualité des carburants.

Le