Agriculture : une proposition de loi contre les « entraves normatives » déposée au Sénat
Credit:ALLILI Mourad/SIPA/2408210944

Pesticides, mégabassines, OFB : une proposition de loi agricole contre les « entraves normatives » déposée au Sénat

Alors que la colère des agriculteurs couve toujours, les sénateurs Laurent Duplomb (LR) et Franck Menonville (Union centriste) déposent un texte pour « libérer la production agricole des entraves normatives ». Il prévoit des assouplissements au niveau des pesticides ou encore des mégabassines. Présenté comme complémentaire au projet de loi d’orientation, il devrait être débattu en fin d’année.
Guillaume Jacquot

Temps de lecture :

3 min

Publié le

Mis à jour le

La colère n’a pas quitté les exploitations agricoles. Un an après un mouvement qui avait commencé par des panneaux retournés à l’entrée de communes, l’exaspération se fait à nouveau entendre chez les agriculteurs. Entre des trésoreries en difficulté après de mauvaises récoltes dues aux intempéries, et les mesures de simplification administrative qui se font attendre, la profession s’apprête à se mobiliser à nouveau.

C’est dans ce contexte social explosif que deux sénateurs déposent une nouvelle proposition de loi, « visant à libérer la production agricole des entraves normatives ». Elle prévoit notamment une levée des restrictions sur les pesticides ou encore des facilités dans la construction de retenues d’eau. Portée par les sénateurs Laurent Duplomb (LR) et Franck Menonville (Union centriste), deux agriculteurs de profession, le texte fait écho à plusieurs revendications de la FNSEA, le premier syndical agricole, mais également à plusieurs dispositions déjà adoptées par le Sénat ces dernier mois. C’est notamment le cas de plusieurs mesures contenues par la proposition de loi en faveur d’un « choc de compétitivité en faveur de la ferme France », adoptée par la Haute assemblée en mai 2023.

Assouplissement au niveau des produits phytosanitaires

Le texte revient par exemple sur plusieurs dispositions récentes en matière d’insecticides, introduites par la loi Egalim de 2018. L’un des premiers articles prévoit de mettre fin à l’interdiction des remises, rabais et ristournes sur la vente des produits phytopharmaceutiques, ou encore à la séparation de la vente du conseil pour ces produits. L’article 2 réautoriserait les néonicotinoïdes, interdits en France depuis six ans.

La proposition permettrait également au ministère de l’Agriculture de suspendre, dans certaines conditions, une décision de l’agence sanitaire Anses en matière d’homologation de produits phytopharmaceutiques. Pour les deux sénateurs, le premier bloc de la proposition de loi doit empêcher les « distorsions de concurrence » entre la France et ses voisins, en évitant l’interdiction de produits autorisés dans d’autres États membres de l’Union européenne.

En matière de construction de bâtiments d’élevage, le texte sénatorial veut rétablir des modalités de consultation du public plus souples. Le texte vise à faciliter les projets de stockage de l’eau, ayant un « intérêt général majeur ». Il s’agit des mégabassines.

Apaisement des relations avec l’OFB et les agriculteurs

S’appuyant sur l’une des recommandations du rapport de Jean Bacci, les deux sénateurs prévoient aussi que le préfet devra inviter l’Office français de la biodiversité (OFB) à privilégier « la procédure administrative, pour éviter autant que faire se peut des procédures judiciaires ». Cette mesure doit, selon eux, « favoriser l’acceptabilité de la police environnementale au sein du monde agricole ».

Selon l’AFP, la proposition de loi devrait être débattue le 17 décembre. Interpellée par Laurent Duplomb le 8 octobre à l’occasion d’un débat en séance, la ministre de l’Agriculture Annie Genevard avait indiqué être ouverte aux travaux complémentaires du Sénat, menés en parallèle du projet gouvernemental. « Bien sûr, ce texte n’est pas suffisant. Il pourra être complété par d’autres textes, le cas échéant sur votre proposition – je suis prête à y travailler avec vous », avait-elle signifié.

Partager cet article

Pour aller plus loin

Dans la même thématique

Paris : Emmanuel Macron at International agricultural fair 2025 SIA
9min

Économie

Mercosur : Emmanuel Macron accusé de « vision à géométrie variable » depuis 2017

Alors que la France s’apprête à prendre position ce vendredi sur le Mercosur, qui suscite la fronde des agriculteurs, le chef de l’Etat a varié au fil des ans sur le sujet, entre ouverture et fermeté. « Un revirement au gré des manifestations », pointe le sénateur LR Laurent Duplomb. « Un naufrage de la parole politique qui n’assume pas d’expliquer les choses », ajoute le sénateur Horizons Vincent Louault, alors que « le volet agricole, ce n’est que 5 ou 10 % du Mercosur ».

Le

Paris: discussion on the adoption of the special bill at the National Assembly
7min

Économie

Absence de budget pour 2026 : quelles conséquences pratiques pour les Français ?

Avec l’échec du gouvernement Lecornu à faire adopter un budget avant 2026, la France est sous le régime d’une loi spéciale, tant qu’un nouveau texte n’est pas approuvé par le Parlement. Loin des considérations techniques de procédure parlementaire, cette situation a des conséquences concrètes pour les Français.

Le

6min

Économie

Filière automobile française : « On va vers un crash, si rien n’est fait », alerte un rapport du Sénat

Pourtant « pilier de l’industrie française », la filière automobile est en « crise profonde » depuis plusieurs mois, s’alarme la commission des Affaires économiques du Sénat. Leur rapport pointe du doigt des difficultés rencontrées pour répondre aux règles européennes et pour faire face à la concurrence de la Chine, et formule une vingtaine de recommandations.

Le