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Plan contre la surfréquentation touristique : « C’est un premier pas vers une meilleure répartition des flux », espère le sénateur Sébastien Pla

À l’invitation du réseau des Grands sites de France, la ministre déléguée chargée du Tourisme, Olivia Grégoire se déplace ce lundi en Bretagne pour dévoiler son plan de lutte contre la surfréquentation touristique. De « bonnes intentions » mais sans mesure concrète dénoncent certains sénateurs
Thomas Fraisse

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Désengorger et étaler. Voici les deux termes qu’il faut retenir du plan national pour une meilleure gestion des flux touristiques en France, présenté par Olivia Grégoire, la ministre déléguée chargée des Petites et Moyennes Entreprises, du Commerce, de l’Artisanat et du Tourisme, en visite ce lundi en Bretagne. « Je ne parlerais pas de surtourisme », a prévenu hier la Ministre dans les colonnes du Figaro préférant les termes « pics de fréquentation » ou « surfréquentation » moins galvaudés. Olivia Grégoire ajoute aujourd’hui : « Les pics de fréquentation concernent aujourd’hui des destinations, villes, monuments, manifestations et sites naturels où l’afflux des touristes constitue parfois une menace pour la préservation même de ces destinations ». Les mesures portées par le gouvernement permettront de répartir les flux touristiques sur un panel de sites touristiques plus large au cours d’une période calendaire également plus étendue.

Avec ce plan, le gouvernement répond directement à la demande du secteur touristique. « Pour permettre aux flux de s’étaler dans l’espace et dans le temps, il faut une vraie stratégie de développement touristique sur nos territoires », explique à l’AFP Didier Arino, directeur général du cabinet Protourisme. « Je partage la volonté du gouvernement », avance même Sébastien Pla. Le sénateur socialiste, ancien Président d’une agence touristique proche de Carcassonne (Aude), estime que cette stratégie est la seule solution pour limiter la surfréquentation touristique sans limiter l’attractivité des sites. « Dans l’Aude, nous avions mis en place des réservations de visites avec la réserve (africaine de Sigean) en amont pour étaler les flux touristiques afin que les touristes organisent leur séjour en fonction de la disponibilité du site. Nous n’avons pas perdu en fréquentation. C’est un premier pas vers une meilleure répartition des flux ».

Car l’idée du gouvernement n’est pas de limiter l’affluence touristique, mais bel et bien de mieux la répartir. Selon l’Observatoire mondial du tourisme, 95 % des touristes mondiaux ne visitent chaque année que 5 % du territoire. « Nous le savons, en France, 80% de l’activité touristique se concentre sur 20% de notre territoire », complète Olivia Grégoire. Ainsi, Paris accueille chaque année 44 millions de touristes, le Mont Saint-Michel et les falaises d’Étretat 3 millions tandis que Saint-Tropez en dénombre 5 millions. Des sites et des villes hautement touristiques, qui cachent une diversité plus large de destinations. « Il y a un réel effort à faire au niveau national, pour inciter à découvrir d’autres régions », note Didier Chenet, Président du Groupement des hôtelleries et restaurations de France (GHR). « La France est suffisamment riche en termes de paysages, de culture ».

Information, Communication, Sensibilisation

Deux axes du plan présenté par Olivia Grégoire visent à communiquer davantage sur les espaces encore peu connus des touristes nationaux et internationaux. D’une part, au premier semestre 2024, une grande campagne de communication verra le jour au niveau national piloté par l’agence Atout France afin « d’adapter les choix de destination et de calendrier et à adopter les bons gestes et pratique » une fois sur place (déchets, énergie, eau…). D’autre part, le gouvernement lancera en fin d’année une consultation auprès des influenceurs afin qu’ils ne participent plus à la fréquentation massive des sites et sensibilisent sur les problèmes causés par celle-ci. « C’est une très bonne chose », se contente Sébastien Pla. « Les opérateurs des sites ne sont pas en capacité de payer les grosses campagnes de communication, il faut donc les accompagner. Le plus important c’est cette question de communication et d’information ».

Pour ce faire le plan souhaite s’appuyer sur des statistiques concrètes. « « La France est la première destination touristique au monde, mais nous manquons cruellement de données », juge la Ministre. Ainsi, un observatoire national sera créé en début d’année prochaine pour harmoniser les manières de calculer, d’observer et de répondre aux flux touristiques. « Une fois qu’on sait exactement qui vient et à quel moment, on peut avoir des stratégies de marketing territorial, comme de ne plus communiquer sur la haute saison, ou tarifaires, avec des tarifs hors saison très bas pour encourager des visiteurs qui sont à proximité, à venir à d’autres moments », avance à l’AFP Simon Thirot, en charge chez Eurogroup Consulting du tourisme et des loisirs.

« Il faut des moyens financiers pour des mesures concrètes et pragmatiques »

Au Sénat, lorsque Sébastien Pla se frotte les mains, d’autres sénateurs issus du parti Les Républicains grincent des dents. Si le plan est pavé « de bonnes intentions », selon les dires d’Agnès Canayer, sénatrice de Seine-Maritime qui alerte sur la situation « d’asphyxie » d’Étretat face à l’hyperfréquentation des falaises, il n’est en réalité en rien suffisant. « Il faut des moyens financiers pour des mesures concrètes et pragmatiques. Les maires sont souvent un peu perdus et baissent les bras. Ils se sentent seuls. Le couple maire-préfet doit être véritablement utile à ce moment-là », propose Agnès Canayer évoquant notamment la possibilité d’instaurer une jauge limite de visiteurs sur des sites. Des mesures déjà mises en place dans les calanques marseillaises ou à Toulon, dont le gouvernement reconnaît qu’elles ont « fait leurs preuves ».

Toutefois, le plan ne prévoit – pour venir en aide aux élus locaux – que l’instauration d’une plateforme numérique en ligne de partage des bonnes pratiques entre maires, une publication d’un guide relatif à la gestion des flux et la mise en place d’ambassadeurs locaux, intermédiaires entre les échelles locales et nationales. Dans le Figaro, Olivia Grégoire annonce en plus une aide de deux millions d’euros à la destination de la « trentaine de sites et territoires les plus fréquentés ».

« C’est léger », ironise le sénateur des Alpes-Maritimes Philippe Tabarot. Ce dernier souhaite dépoussiérer un texte de l’ancien sénateur de la Somme Jérôme Bignon, voté par le Sénat en 2019. « Le texte permet de donner un arsenal et un cadre juridique aux maires pour qu’ils puissent prendre des décisions qui tiennent la route et qui ne peuvent pas être contestées. Les maires décident ensuite de s’en emparer ou non. C’est à ça que le plan ne répond pas ». On y retrouve ainsi des articles liés à la restriction des engins motorisés, à la restriction de la publicité ou encore à la restriction d’individus sur un site. Une proposition de loi transmise à l’Assemblée nationale mais qui semble s’être perdue dans le chemin de la navette parlementaire.

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