Pour l’ancien patron de Danone, « des ouvriers sont infiniment plus engagés pour leur entreprise que n’importe quel patron »

L’ancien Président-Directeur Général de Danone a assurément une vision du monde différente de la plupart de ses homologues. Dans le milieu de la finance, ses vues sur l’écologie et la justice sociale détonnent. Au micro de Rebecca Fitoussi pour l’émission Un monde, un regard, il revient sur son parcours et détaille comment les épreuves de la vie l’ont amené à devenir un patron différent des autres qui prône plus justice climatique et de justice sociale.
Mathieu Terzaghi

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Il a été un des patrons les plus puissants de France. Pourtant, il ne ressemble à aucun autre et porte un regard critique sur l’avidité de certains : « Des patrons prennent des décisions qui ont pour objectif le court terme et se mettent dans la poche des sommes astronomiques, je n’arrive pas à trouver de justification à ce système-là » estime Emmanuel Faber, ancien PDG de Danone. Pour lui, le réchauffement climatique et la justice sociale ont toujours été des priorités. Et si l’élection de Donald Trump marque un retour des discours climatosceptiques, il reste persuadé qu’il est urgent d’agir : « Il y a des consensus publics qui évoluent violemment. Le changement climatique s’en fiche pas mal. Moins on va s’en occuper, plus il faudra que l’économie s’équipe avec un langage qui permette de repérer ces risques ».

Cet ancien grand patron a renoncé à 25 millions d’euros

Engagé pour la transition climatique, celui qui a dormi avec des SDF, dans des bidonvilles, l’est aussi sur la question de la justice sociale. Il en est convaincu : « Des ouvriers sont infiniment plus engagés pour leur entreprise que n’importe quel patron ». Un discours rarement entendu de la bouche d’un dirigeant d’entreprise. « Des gars qui rentrent à 20 ans dans une usine, ils sont là, ils se marient, ils construisent une maison, ils s’endettent, ils ont leurs gamins, ils n’ont pas d’employabilité au-delà du bassin d’emploi, ce sont ces gens-là qui sont attachés à leur boîte », développe-t-il.

Celui qui avoue avoir négocié des plans sociaux qui épargnent « les 20% les moins bien payés » dans son entreprise, explique avoir refusé 25 millions d’euros lorsqu’il était chez Danone. « Ce jour-là, j’ai montré mes fesses », affirme-t-il, avant de dénoncer les parachutes dorés mirobolants distribués aux grands patrons lorsqu’ils sont remerciés. Avec sa démarche, l’ex-PDG ne pense pas énerver les milieux financiers, mais davantage « ceux qui ne comprennent pas comment ça marche ». Emmanuel Faber reste l’un des rares patrons à dire qu’ « il n’y aura pas de transition écologique sans transition sociale ».

Une histoire personnelle très particulière

Celui qui parcourt parfois des dizaines de kilomètres seul dans la nature sait d’où vient sa différence : « Mon identité s’est construite avec la montagne ». En montagne, « le poids du sac, c’est le poids de la peur ». Une force et une distance qu’il a aussi puisées dans le drame qu’il a vécu avec la perte de son frère schizophrène, dont il était très proche. « Mon frère n’aurait pas été là, je serais tombé comme beaucoup dans ce piège de l’entre-soi du pouvoir, de l’argent et du reste », avoue-t-il.

Aujourd’hui, Emmanuel Faber préside le International Sustainability Standard Board (ISSB). Un organisme qui établit des normes d’informations financières qui prennent en compte l’environnement et le développement durable. Des normes adoptées par des entreprises qui représentent près de 60% de l’économie mondiale, se réjouit-il.

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