Tenter de faire infléchir les prix à la pompe. Un mois et demi après le début de la crise au Moyen-Orient, la flambée des tarifs du carburant se poursuit dans les stations-services françaises. Ainsi, mardi, le litre de sans-plomb 95 se vendait en moyenne dans le pays à 1,99€, quand le litre de gazole, lui, s’échangeait à 2,29€. Pour limiter les coûts, le gouvernement envisage désormais de contrôler les marges des distributeurs. Mais cette mesure n’est pas encore « tranchée », a précisé Matignon à l’AFP. Invité de la matinale de Public Sénat ce mercredi 15 avril, Manuel Bompard, coordinateur national de LFI, estime que « le gouvernement commence à comprendre (…) qu’il ne trouvera pas de solution (…) sans passer par des mesures de contrôle des prix ».
« Les marges qui sont abusives aujourd’hui ne sont pas à la distribution »
Depuis le début de la crise au Moyen-Orient, La France insoumise appelle en effet à un plafonnement des tarifs de l’essence et du diesel pour contenir la hausse. La réflexion du gouvernement est-elle donc de nature à les satisfaire ? D’après le député des Bouches-du-Rhône, l’exécutif « tape à côté du problème ». « Les marges qui sont abusives aujourd’hui ne sont pas à la distribution », estime Manuel Bompard. Un argument justifié par le fait que la vente de carburant aux consommateurs est assurée soit par des « distributeurs indépendants qui font des marges assez limitées » ou par « la grande distribution, pour qui le carburant est souvent un produit d’appel », dit-il.
La Fédération du commerce et de la distribution (FCD) a d’ailleurs adressé ce mercredi une lettre au Premier ministre Sébastien Lecornu pour faire part de sa désapprobation du projet du gouvernement pour contrôler leurs marges. Le secteur juge « injuste, inapplicable et illégal » ce mercredi l’ébauche de décret en débat à Matignon. « Nos marges sur les carburants sont de 1 à 2 centimes par litre, elles couvrent à peine les coûts d’exploitation », dénoncent les distributeurs dans ce courrier, signé notamment par les dirigeants d’Auchan, Intermarché, Leclerc, Coopérative U ou encore Carrefour.
Appel à cibler les raffineurs
Or, pour Manuel Bompard, « les marges sont dans le raffinage, tout le monde le sait ». Le responsable LFI appelle donc à les « encadrer » afin de limiter la hausse des tarifs des carburants pour les consommateurs. Une telle mesure ne pourrait-elle cependant pas risquer de créer une pénurie d’essence et de diesel ? « Cet argument est utilisé pour ne jamais s’en prendre aux profiteurs de crise », rétorque Manuel Bompard.
Pour appuyer son propos, le parlementaire rappelle le précédent de la première guerre du Golfe, en 1990. À l’époque, le gouvernement de Michel Rocard avait indexé pendant quelques semaines les tarifs du carburant sur les prix de gros des marchés, encadrant de facto les marges des compagnies pétrolières. Durant cette période, « il n’y avait pas de pénurie », explique Manuel Bompard.
Le député LFI appelle les Français à s’emparer de ce thème des carburants à l’occasion des cortèges prévus pour la Fête du Travail, dans deux semaines. « Le 1er mai, ça peut être une mobilisation d’abord pour les salaires, les droits sociaux, mais aussi pour le blocage des prix et contre la guerre », insiste-t-il.