Prix des carburants : en envisageant d’encadrer les marges des distributeurs, le gouvernement « tape à côté du problème », déplore Manuel Bompard

Face à la flambée des prix du carburant, le gouvernement réfléchit à encadrer les marges des distributeurs, sans avoir à ce stade « tranché » la question. Invité de la matinale de Public Sénat ce mercredi, Manuel Bompard, coordinateur national de LFI, estime de son côté que « les marges qui sont abusives aujourd’hui ne sont pas à la distribution », mais au niveau du « raffinage ». Pour lui, les cortèges du 1er mai peuvent être l’occasion d’une mobilisation « pour le blocage des prix ».
Théodore Azouze

Temps de lecture :

3 min

Publié le

Tenter de faire infléchir les prix à la pompe. Un mois et demi après le début de la crise au Moyen-Orient, la flambée des tarifs du carburant se poursuit dans les stations-services françaises. Ainsi, mardi, le litre de sans-plomb 95 se vendait en moyenne dans le pays à 1,99€, quand le litre de gazole, lui, s’échangeait à 2,29€. Pour limiter les coûts, le gouvernement envisage désormais de contrôler les marges des distributeurs. Mais cette mesure n’est pas encore « tranchée », a précisé Matignon à l’AFP. Invité de la matinale de Public Sénat ce mercredi 15 avril, Manuel Bompard, coordinateur national de LFI, estime que « le gouvernement commence à comprendre (…) qu’il ne trouvera pas de solution (…) sans passer par des mesures de contrôle des prix ». 

« Les marges qui sont abusives aujourd’hui ne sont pas à la distribution »

Depuis le début de la crise au Moyen-Orient, La France insoumise appelle en effet à un plafonnement des tarifs de l’essence et du diesel pour contenir la hausse. La réflexion du gouvernement est-elle donc de nature à les satisfaire ? D’après le député des Bouches-du-Rhône, l’exécutif « tape à côté du problème ». « Les marges qui sont abusives aujourd’hui ne sont pas à la distribution », estime Manuel Bompard. Un argument justifié par le fait que la vente de carburant aux consommateurs est assurée soit par des « distributeurs indépendants qui font des marges assez limitées » ou par « la grande distribution, pour qui le carburant est souvent un produit d’appel », dit-il. 

La Fédération du commerce et de la distribution (FCD) a d’ailleurs adressé ce mercredi une lettre au Premier ministre Sébastien Lecornu pour faire part de sa désapprobation du projet du gouvernement pour contrôler leurs marges. Le secteur juge « injuste, inapplicable et illégal » ce mercredi l’ébauche de décret en débat à Matignon. « Nos marges sur les carburants sont de 1 à 2 centimes par litre, elles couvrent à peine les coûts d’exploitation », dénoncent les distributeurs dans ce courrier, signé notamment par les dirigeants d’Auchan, Intermarché, Leclerc, Coopérative U ou encore Carrefour.

Appel à cibler les raffineurs

Or, pour Manuel Bompard, « les marges sont dans le raffinage, tout le monde le sait ». Le responsable LFI appelle donc à les « encadrer » afin de limiter la hausse des tarifs des carburants pour les consommateurs. Une telle mesure ne pourrait-elle cependant pas risquer de créer une pénurie d’essence et de diesel ? « Cet argument est utilisé pour ne jamais s’en prendre aux profiteurs de crise », rétorque Manuel Bompard. 

Pour appuyer son propos, le parlementaire rappelle le précédent de la première guerre du Golfe, en 1990. À l’époque, le gouvernement de Michel Rocard avait indexé pendant quelques semaines les tarifs du carburant sur les prix de gros des marchés, encadrant de facto les marges des compagnies pétrolières. Durant cette période, « il n’y avait pas de pénurie », explique Manuel Bompard. 

Le député LFI appelle les Français à s’emparer de ce thème des carburants à l’occasion des cortèges prévus pour la Fête du Travail, dans deux semaines. « Le 1er mai, ça peut être une mobilisation d’abord pour les salaires, les droits sociaux, mais aussi pour le blocage des prix et contre la guerre », insiste-t-il. 

Partager cet article

Dans la même thématique

Retraite Agirc Arrco
5min

Économie

Retraite par capitalisation : quels pays européens ont franchi le pas ?

Plusieurs candidats à la présidentielle, à droite comme à gauche, proposent d’ajouter de la capitalisation pour financer les pensions de retraite, pour compléter le système par répartition déficitaire. Gros plan sur les pays européens qui ont déjà franchi le pas. 

Le

Panoramic of French ministry of finance an Pont de Bercy – Paris, France
7min

Économie

Dette publique : « Nous entrons dans une période de turbulences structurelles »

Depuis quelques jours, les taux d’intérêt à long terme s’envolent un peu partout. Aux États-Unis, le taux à 30 ans a dépassé 5 %. Au Japon, le taux à 10 ans frôle les 3 % alors qu’en France il a dépassé les 4 %, son plus haut niveau depuis 2008. Ces remontées spectaculaires pourraient entraîner des conséquences très concrètes dans notre quotidien. Explications avec Anne-Sophie Alsif, cheffe économiste de BDO, docteure en sciences économiques et professeure d'économie à la Sorbonne.

Le

Facturation électronique : après le piratage du Fisc, le gouvernement veut rassurer les entreprises sur les standards de sécurité
5min

Économie

Facturation électronique : après le piratage du Fisc, le gouvernement veut rassurer les entreprises sur les standards de sécurité

Le ministre des Comptes publics David Amiel a réuni ce mercredi les plateformes chargées de réceptionner les factures sous forme dématérialisée des entreprises, un système qui va s’imposer à partir du 1er septembre d’abord pour les plus grandes. Bercy insiste sur ses exigences de sécurité, « les plus élevées d’Europe ».

Le

La sélection de la rédaction

Les sénateurs communistes déposent une proposition de loi pour bloquer les prix des carburants et du gaz
4min

Économie

Les sénateurs communistes déposent une proposition de loi pour bloquer les prix des carburants et du gaz

Le groupe communiste du Sénat propose une solution pour les ménages victimes de la flambée des cours du pétrole : réglementer et plafonner les prix des carburants routiers et du gaz naturel, en période de crise. Leur texte prévoit également une réduction du taux de TVA sur les mêmes énergies, ainsi qu’un encadrement des marges dans les entreprises du secteur de l’énergie.

Le