Pas d’aides directes du type remise à la pompe comme en 2022-2023 mais une série de mesures d’accompagnement. Le gouvernement a annoncé plusieurs assouplissements hier en matière de délais de paiement, destinés à redonner de l’air aux filières professionnelles les plus en difficultés par la montée des prix du carburant, en particulier du gazole.
Il faut dire que les marges de manœuvre budgétaire sont extrêmement réduites. La situation budgétaire ne laisse pas beaucoup d’options raisonnables au gouvernement pour éteindre les difficultés qui s’accentuent dans nombre de secteurs économiques, en raison de la hausse des coûts énergétiques provoqués par le conflit au Moyen-Orient. L’incertitude est par ailleurs forte sur la durée du conflit, d’où la prudence et l’attentisme à Bercy.
Après plusieurs journées de consultations, les différents ministères en première ligne ont décidé de prendre des mesures immédiates de soutien de la trésorerie des entreprises, qu’il s’agisse de sociétés dans le domaine des transports (routier, aérien et maritime), des pêcheurs – très exposés au prix des carburants – ou encore évidemment des agriculteurs. Ces derniers subissent de plein fouet la hausse du prix du gazole non-routier (GNR) mais aussi du gaz, sans parler des engrais agricoles, et des intrants agricoles. Les fortes perturbations du trafic maritime dans le golfe Persique ont considérablement renchéri le prix de ces denrées.
Des reports et des étalements possibles, sur demande
L’exécutif consent premièrement à des reports dans le versement des cotisations sociales, des entreprises des secteurs concernées. « Un délai de paiement sans frais ni majoration sera accordé » aux exploitations agricoles, de pêche ou de transport, qui en feront la demande auprès des Urssaf.
Les mêmes entreprises peuvent également demander, auprès des directions départementales des finances publiques, un étalement de leurs échéances fiscales. Ces deux types de mesures ponctuelles avaient été déjà été activées lors de la précédente crise énergétique, consécutive à l’invasion russe en Ukraine. Ces différents paiements ne sont pas annulés, mais bien différés dans le temps.
Il est aussi prévu des prêts « attractifs » garantis par Bpifrance, la Banque publique d’investissement. Il s’agira de prêts à court terme exceptionnels, « pour venir en appui à la trésorerie des TPE les plus exposées à la hausse des prix du carburant », précisent les ministères concernés par les mesures d’aide. Le gouvernement a par ailleurs appelé à la « solidarité » dans les filières, recommandant de « partager équitablement les efforts ». De nouvelles réunions doivent se poursuivre tout au long de la semaine.
Des pêcheurs dénoncent des « mesurettes »
À ce stade, les premières réponses du gouvernement sont accueillies avec déception chez les représentants des professions concernées. « Pour l’instant, nous ne voyons aucune efficacité, » a réagi sur France 2 Florence Berthelot, déléguée générale de la FNTR, qui réunit 5 000 entreprises du transport routier de marchandises, dont de nombreuses PME. L’Organisation des transporteurs routiers européens (OTRE) considère les réponses comme « essentiellement techniques », qui se « limitent à différer les difficultés sans en traiter les causes profondes ». Les deux organisations ont réclamé des aides spécifiques, à l’heure où d’autres pays européens mettent en place des mesures de plafonnement des prix ou de réduction temporaire de la fiscalité sur les carburants.
L’Union des Armateurs à la Pêche Française (UAPF) a fustigé des « mesurettes » , redoutant qu’une partie de la flotte soit contrainte de rester à quai dans les prochains jours. En mars 2022, après l’invasion de l’Ukraine par la Russie, les pêcheurs français avaient obtenu de l’Etat une aide exceptionnelle équivalente à 35 centimes par litre. Le poste carburant avoisine près de la moitié de leur chiffre d’affaires, pour rappel. Le contexte social s’annonce bouillonnant, si la guerre en Iran devait durer.