Relance du nucléaire : « Il existe un chemin industriel » pense Bernard Fontana, candidat à la présidence d’EDF

Auditionné par le Sénat pour confirmer sa nomination, le nouveau PDG d’EDF a développé son approche des chantiers qui attendent l’électricien. Relance du nucléaire, financement, fin de l’Arenh, renouvelables et concessions des barrages hydro-électriques : voici les temps forts de l’audition de Bernard Fontana.
Louis Mollier-Sabet

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Bernard Fontana arrive à EDF dans une situation paradoxale. Avec la confirmation de sa nomination par les commissions des Affaires économiques des deux chambres ce mercredi, le nouveau PDG d’EDF arrive dans une entreprise « de retour à la normale », après avoir traversé l’une des plus grandes crises de son histoire. La conjonction des problèmes de corrosion sous contrainte du parc nucléaire existant (voir notre article) et de la crise énergétique déclenchée par la guerre en Ukraine s’est bien avérée être une « situation exceptionnelle », a déclaré Bernard Fontana.

Le parc français a produit 361 TWh en 2024, soit un niveau légèrement supérieur à 2019 et le groupe a dégagé de « très bons résultats » financiers sur les derniers exercices, a précisé le directeur actuel de Framatome, filiale d’EDF spécialisée dans les réacteurs nucléaires. Pourtant, de nombreux dossiers encore en chantier placent le groupe dans l’incertitude et son futur PDG dans une situation complexe.

« Est-ce qu’EDF est capable de construire une centrale nucléaire ? Je pense que oui »

Premièrement, le financement de la construction des six réacteurs EPR 2 n’est toujours pas arrêté. Bernard Fontana a précisé le calendrier du processus qui devra aboutir à un accord entre l’Etat et EDF pour pouvoir lancer la construction : devis pour les six EPR 2 avant la fin de l’année et décision finale d’investissement au plus tard au second semestre 2026 pour une mise en œuvre à échéance 2038. Le candidat à la présidence du groupe veut croire qu’un « alignement rapide est possible », sans avoir donné plus de précisions à la question du sénateur communiste Fabien Gay, qui faisait état d’une proposition de l’Etat d’un financement à hauteur de 50 %, soit un « manque » de 20 milliards pour EDF.

Quel que soit l’accord trouvé, celui-ci devra par ailleurs « être défendu au niveau européen », a rappelé Bernard Fontana, qui a par ailleurs tenu à défendre la faisabilité industrielle de la relance du « nouveau nucléaire » : « Il existe un chemin industriel. […] Est-ce qu’EDF est capable, aujourd’hui, de construire une centrale nucléaire ? Je pense que oui, sous réserve de bien tenir compte des enseignements récents et de ne pas vouloir le faire tout seul. Dans une approche partenariale, avec Framatome, avec Arabelle Solutions, il y a la capacité à le faire. Nous avons des industriels qui tiennent la route en France. »

Bernard Fontana s’aligne sur la cible de l’Etat de 40 TWh d’électricité à bas coût pour les énergo-intensifs

Alors que l’Arenh qui obligeait EDF à vendre de l’électricité à bas coût aux autres fournisseurs d’électricité prendra fin en janvier 2026, l’accès à une électricité « compétitive » est l’autre dossier brûlant pour l’électricien. « C’est une priorité pour les Français comme pour les industriels », a précisé Bernard Fontana. Mais c’est bien la question du prix de l’électricité dans l’industrie qui a animé les débats, alors que c’est le dossier qui a coûté sa place à l’ex-PDG d’EDF, Luc Rémont.

Dans le contexte de la guerre en Ukraine et du durcissement des relations commerciales internationales, l’Etat a mis la pression sur EDF pour fournir de l’électricité à bas coût aux industries extrêmement consommatrices d’énergie, qui représentent des secteurs clés de la réindustrialisation – la métallurgie ou la chimie notamment. Un effort qui présente évidemment un coût financier, alors que le groupe va devoir faire face à des investissements de grande ampleur dans le nucléaire et les renouvelables.

Face aux négociations au point mort entre la précédente direction d’EDF et les « énergo-intensifs », Luc Rémont a finalement été débranché. Pour le remplacer, Emmanuel Macron propose d’ailleurs à la représentation nationale un profil qui a, de son propre aveu, « plus de sympathie pour les électro-intensifs », en ayant été un quand il dirigeait Framatome. « Les énergo-intensifs, c’est l’industrie de l’industrie, ce sont souvent eux qui font la matière première des autres », a-t-il développé en estimant qu’il fallait « aller vite » en termes de calendrier pour « trouver un espace » autour de 40 TWh de « contrat pour allocation du nucléaire » (CPAN). « Faire un effort sur 40 TWh, ce n’est pas considérable pour un groupe de la taille d’EDF », a-t-il justifié, alors que cet « espace » représente un peu plus de 10 % de la production annuelle du parc et correspond aux objectifs fixés par le gouvernement.

Du « temps personnel » pour se mettre à niveau sur les renouvelables

Enfin, l’ancien dirigeant de Framatome a assuré ne pas vouloir devenir PDG « d’électricité nucléaire de France » et a réitéré son engagement pour le développement des énergies renouvelables. Bernard Fontana a même confié vouloir prendre de son « temps personnel » pour développer « une compréhension plus fine » de ces énergies, ce qui n’a pas manqué de faire réagir le sénateur écologiste Yannick Jadot : « Je trouve ça sympa, mais aussi inquiétant. » Sur le fond, le candidat proposé par Emmanuel Macron a insisté sur la sécurisation des grands projets d’éolien en mer sur lesquels EDF est actuellement engagé, alors que d’importants appels d’offres sont en cours. « Le tempo sur les renouvelables est davantage fixé par le gouvernement, parce que les appels d’offres sont à sa main », a-t-il précisé.

Concernant le parc hydroélectrique, Bernard Fontana a maintenu la ligne rouge de « la mise en concurrence des installations », alors qu’un contentieux avec la Commission européenne est en cours sur les concessions des barrages. Pour sortir de ce conflit avec la commission, Bernard Fontana n’a pas exclu la création d’un mécanisme semblable au nucléaire pour permettre à EDF de vendre l’électricité hydraulique à bas coût, précédemment évoquée par Luc Rémont. « Je n’appellerais pas ça Arenh, parce que c’est un nom compliqué. Mais s’il y a un effort à faire sur une part raisonnable de la production tout en maintenant le contrôle de l’outil industriel et son pilotage, il peut y avoir une marge de manœuvre avec la Commission », a-t-il précisé.

Après un vote des deux commissions des Affaires économiques du Sénat et de l’Assemblée nationale, la nomination de Bernard Fontana a été confirmée par le Parlement. Alors que deux tiers des voix contre sa candidature sur l’ensemble des deux commissions étaient nécessaires pour l’invalider, et le nouveau PDG de Framatome a réuni 14 voix pour et 28 voix contre au Sénat (1 blanc) et 41 voix pour et 12 voix contre à l’Assemblée nationale, soit 55 voix pour et 40 voix contre sur l’ensemble des deux chambres. À titre de comparaison, Luc Rémont avait reçu 32 voix favorables et 29 défavorables à l’Assemblée, pour 26 favorables et 19 défavorables au Sénat.

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