Jordan Bardella a de nouveau ouvert la brèche, dans une interview au quotidien allemand le Frankfurt Allgemeine Zeitung cette fois-ci. En 2024, le président du Rassemblement national s’était déjà empêtré dans le calendrier d’abrogation de la réforme des retraites de 2023 en cas de victoire du RN aux législatives anticipées. Deux ans plus tard, alors que Marine Le Pen attend le verdict de son procès le 7 juillet prochain pour savoir si elle pourra être la candidate du RN, Jordan Bardella en remet une couche en évoquant « examiner » un éventuel report de l’âge légal de départ à la retraite.
« Ce que nous examinons – car il nous manque un bout, et nous serons prêts pour la présidentielle – c’est comment on augmente le taux d’activité des seniors », a temporisé Marine Le Pen sur BFM vendredi dernier, alors que la presse s’est fait écho de dissensions internes à propos de cette question où le RN a pu se montrer flottant par le passé. « Nous reviendrons sur la réforme Borne et on revient sur 62 ans et 42 annuités », assure ce mercredi Jean-Philippe Tanguy sur notre antenne, en maintenant la ligne officielle du parti lors des dernières échéances électorales.
« Gabriel Attal fait des annonces un peu prématurées »
Signe du flou qui règne au Rassemblement national sur ce sujet, le RN planche d’après les informations de l’Opinion depuis plusieurs mois sur une suppression de l’âge légal de départ. Seule la durée de cotisation – à définir – compterait alors pour partir avec une décote ou non. Avec une durée de cotisation de 42 ans, on pourrait donc partir à taux plein à 60 ans si l’on a commencé à travailler à 18 ans, à 62 ans si l’on a commencé à 20 ans etc. Arithmétiquement, la durée de cotisation devrait être augmentée pour compenser la suppression de l’âge légal, dont le coût budgétaire était évalué par Olivier Dussopt à 1,7 milliard d’euros pendant les débats parlementaires de 2023.
C’est la proposition qu’a mis sur la table Gabriel Attal lors de sa déclaration de candidature. « Je pense qu’il peut y avoir un consensus à l’Assemblée pour supprimer l’âge légal de départ. Mais Gabriel Attal fait des annonces un peu prématurées », estime Jean-Philippe Tanguy. « Ce critère d’âge peut créer des injustices pour les personnes qui ont commencé à travailler tôt, mais ce n’est pas si simple, si nos prédécesseurs ont pensé à un âge légal, c’est qu’ils avaient de bonnes raisons. Nous essayons de trouver une solution », poursuit-il.
Des « nuances » entre Marine Le Pen et Jordan Bardella : « Nous ne sommes pas une secte »
Ce n’est pas la première fois que le RN tâtonne sur les questions économiques et sociales. Sortie ou réforme du marché européen de l’électricité ? Exonérations de cotisations patronales ou salariales pour augmenter les salaires nets ? Deux lignes, mais aussi deux entourages, semblent se dessiner au sein de la campagne du Rassemblement national, dans l’attente du verdict de Marine Le Pen.
« Je sais qu’à Paris, il y a une émulation pour créer des dissensions qui n’existent pas. Mais de notre point de vue, tout cela est très artificiel : notre ligne et notre programme sont clairs », tempère Jean-Philippe Tanguy. « Effectivement entre Marine Le Pen et Jordan Bardella, ça ne sera pas la même campagne, ce ne sont pas des clones. Il y aura des nuances et heureusement, nous ne sommes pas une secte – contrairement à d’autres », ajoute le député RN, confiant dans les chances de Marine Le Pen d’être innocentée en juillet – et de pouvoir se présenter à l’élection présidentielle. « Si elle devait être empêchée, ça serait Jordan Bardella », maintient Jean-Philippe Tanguy. Avec quelle ligne ?