Salon de l’agriculture : un an après les violentes manifestations, la colère sourde du monde agricole

Contrairement à l’année dernière, Emmanuel Macron a pu inaugurer le salon de l’agriculture 2025 sans incident majeur. Un climat plus serein qui ne doit pas faire oublier la détresse des agriculteurs, alertent les acteurs du monde agricole.
Louis Mollier-Sabet

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« C’est plus calme que l’année dernière », reconnaît Emmanuel Macron en arpentant sans encombre les allées bondées du Salon de l’Agriculture. En 2024, en plein mouvement des agriculteurs, le Président de la République n’avait en effet pu s’acquitter de cette inauguration rituelle que derrière un épais cordon de CRS. La foule de visiteurs éberlués parquée Porte de Versailles et les contingents d’animaux paniqués de 2024 ont ainsi laissé place au décorum plus traditionnel de ce passage obligé du mois de février. « J’ai connu des Salons de toutes les couleurs », euphémise le principal intéressé.

« Vous pouvez compter sur moi »

Aux journalistes qui l’interrogent sur sa rencontre avec les représentants des principaux syndicats agricoles avant l’ouverture du Salon ce samedi matin, Emmanuel Macron répond tout de même que le « moment de crise » de l’année dernière était aussi un « moment préélectoral », replaçant cet épisode dans son contexte syndical.

Il y a quinze jours, les chambres d’agriculture ont en effet renouvelé les élus des différents collèges (exploitants, salariés etc.). Une élection qui a vu poindre une percée de la Coordination rurale, mettant ainsi fin à l’hégémonie de la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA) en reprenant une quinzaine de départements au syndicat – encore – majoritaire (voir notre article). En renvoyant la FNSEA et les Jeunes agriculteurs (JA) à leur rôle de « cogestionnaire » des politiques publiques agricoles, la CR avait réussi à s’ériger en fer de lance du mouvement de l’hiver dernier, avec l’édition 2024 du Salon de l’agriculture en guise de coup d’éclat.

Un an plus tard, c’est par une entrevue avec des représentants des syndicats agricoles qu’Emmanuel Macron a ouvert son Salon de l’agriculture. Un moment d’écoute pour le Président de la République, qui a recueilli les impressions des différents syndicats pendant une petite heure. Certains ont souhaité poursuivre la discussion dans un contexte un peu plus vivant : un comité d’accueil de la FNSEA attend le Président au détour d’un stand agitant des pancartes « Non au Mercosur » ou « Mangeons français ». Le ton est cordial, certains membres de la FNSEA se félicitent même de « commencer à voir les premiers fruits des lois Egalim », qui encadrent les négociations de prix entre producteurs et distributeurs pour mieux rémunérer les agriculteurs. Emmanuel Macron réitère son opposition au Mercosur, « un mauvais accord », et lance un « vous pouvez compter sur moi » à des syndicalistes « d’accord avec [lui] » mais qui demandent « une position plus ferme dans les actes. » Le happening s’arrêtera là.

« On s’enfonce dans la crise »

Niveau communication, la séquence est bien plus contrôlée qu’il y a un an. Il faut dire que le service d’ordre prête une attention particulière à tout bonnet jaune – signe distinctif de la Coordination rurale – qui voudrait approcher le Président de la République. Un membre de la CR de la Vienne regrette avoir été « parqué » (« contenu » selon les mots du service d’ordre de l’Elysée) toute la matinée à l’entrée du hall 1 avec ses camarades, alors qu’Emmanuel Macron déambulait à quelques mètres de là. « On se sent dépossédés, c’est notre salon. Il y a eu quelques bousculades l’année dernière mais ça ne justifie pas de nous parquer comme des pestiférés uniquement parce que l’on avait un t-shirt jaune », regrette ce membre de la Coordination rurale.

Aussi diverses que soient les figures du monde agricole réunies au Parc des Expositions, tous déplorent la même chose : si le climat au Salon est meilleur que l’année dernière, ce n’est pas nécessairement que l’agriculture française va mieux. Jérôme Bayle, figure médiatique du mouvement des agriculteurs, a notamment pu échanger quelques mots avec Emmanuel Macron ce samedi sur « l’abandon du monde agricole. »

Laurence Marandola, porte-parole nationale de la Confédération paysanne a aussi alerté à la sortie de son entrevue avec le Président de la République : « Les difficultés sont toujours là, on s’enfonce dans la crise. On ne voit même pas un début de fin de crise agricole. » La syndicaliste évoque notamment des « signaux dramatiques » de la MSA (sécurité sociale agricole) sur la « santé mentale et financière » des agriculteurs. Le Président de la République veut croire dans sa loi d’Orientation agricole, enfin adoptée par le Parlement cette semaine (voir notre article). Rendez-vous dans un an.

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