Salon de l’agriculture : un projet de loi d’urgence agricole déjà sous le feu des critiques

Un Salon de l’agriculture sans vaches, un traité du Mercosur contesté et une loi d'urgence qui se fait attendre : le monde agricole navigue de crise en crise. La ministre de l’Agriculture promet d’apporter des « réponses opérationnelles » sur plusieurs thématiques d’ici le début de l’été, mais du côté du monde paysan les attentes dépassent souvent le simple cadre législatif.
Romain David

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Les textes de loi se succèdent face à un monde agricole en crise. Le Salon de l’agriculture a débuté ce samedi dans une atmosphère morose : aux inquiétudes liées à l’adoption du traité de libre-échange avec le Mercosur, s’ajoute l’absence de bovins, une mesure de précaution face à l’épidémie de dermatose nodulaire qui a frappé la France à la fin de l’été. Annoncé en janvier, pendant la mobilisation des agriculteurs, le projet de loi d’urgence agricole promis par Sébastien Lecornu est particulièrement attendu par le monde paysan, mais il risque aussi de faire quelques déçus. « Ce n’est pas une grande loi programmatique », a averti la ministre de l’Agriculture Annie Genevard ce lundi 23 février.

« Les agriculteurs ont demandé des solutions concrètes à des problèmes précis sur l’eau, la prédation et les moyens de production », énumère la locataire de la rue de Varenne au micro de Public Sénat, depuis les allées du salon. Le texte, néanmoins, ne portera pas de mesures de réintroduction de l’acétamipride, un insecticide controversé, en dépit des demandes de plusieurs filières et d’une proposition de loi en la matière, portée par le sénateur Laurent Duplomb. Dans un entretien au Figaro, la ministre a déjà évoqué la nécessité d’apporter « des réponses opérationnelles », une référence au flou juridique qui entoure la réintroduction de certains produits phytosanitaires.

Auteur d’un premier texte largement censuré par le Conseil constitutionnel, Laurent Duplomb a déposé avec d’autres sénateurs une nouvelle proposition de loi au mois de février, qui autorise pour certaines cultures l’utilisation de deux insecticides néonicotinoïdes, l’acétamipride et le flupyradifurone. Cette fois, il espère parvenir à contourner les fourches caudines de la rue Montpensier, avec une rédaction plus contraignante.

« Il me faut les mêmes produits phytosanitaires que mes concurrents belges ou allemands »

« Cette proposition de loi Duplomb, on a vraiment besoin qu’elle soit intégrée dans la loi d’urgence agricole », martèle Fabien Hamot, secrétaire général du syndicat betteravier CGB. Ce producteur appelle « au courage politique ». « En attendant de nouvelles solutions au niveau génétique, nous avons besoin d’avoir urgemment les mêmes moyens de production que nos concurrents européens. Nous sommes sur un marché commun, et sur mon exploitation il me faut les mêmes produits phytosanitaires que mes concurrents belges ou allemands », explique-t-il.

L’attente est forte aussi du côté des éleveurs. Patrick Bénézit, éleveur dans le Cantal et président de la Fédération nationale bovine réclame « un cap fort, avec des politiques publiques réorientées vers l’élevage ». « L’élevage est décrié depuis des années, mais si vous n’avez plus de vaches, vous n’avez plus de prairies. L’élevage est une solution environnementale et sans cela, certaines terres ne produiront rien parce que vous n’aurez plus de matières organiques pour les fertiliser », soutient cet agriculteur.

« Ces lois ne répondent pas au malaise profond »

D’autres, au contraire, s’inquiètent de voir l’exécutif persévérer vers un modèle productiviste, qu’ils estiment condamnés. Syndicat minoritaire et plutôt étiqueté à gauche, la Confédération paysanne appelle à un changement de paradigme. « On l’a déjà dit à la ministre : ces lois d’urgence nous paraissent dangereuses dans leur intention politique », explique Stéphane Galais, porte-parole de la Confédération paysanne. « On s’est battu contre la loi Duplomb, on se battra contre celle qui arrive et qui prône le retour de l’acétamipride. Ces textes ne répondent pas au malaise profond des agriculteurs, ni aux vraies problématiques. Sur la betterave, par exemple, ce n’est pas la capacité de production le problème, mais le fait que l’on se soit privé des outils de régulation », soutient-il.

« Nous voulons apporter la protection aux filières par l’économie. ‘Lever les contraintes’ comme on dit, revient en fait à accélérer sur des outils de production qui détruisent les paysans, l’environnement, les territoires et impacte durablement la santé des citoyens », plaide Stéphane Galais.

Avec les municipales et la suspension des travaux parlementaires, le projet de loi d’urgence agricole ne sera pas débattu au Parlement avant juin. D’abord au Sénat, puis à l’Assemblée nationale sans doute après la coupure estivale. Un calendrier que d’aucuns estiment trop étalé. « Il y a 40 jours, soit à peine plus d’un mois, que le Premier ministre s’est engagé à cette loi d’urgence. Laissez-nous le temps de la bâtir avec les agriculteurs », a défendu Annie Genevard ce lundi, toujours au micro de Public Sénat.

(Images : Stéphane Duguet, Emma Bador-Fritche et Basile Bayeux)

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