Photo illustration carte mutuelle et carte vitale
Photo illustration carte mutuelle et carte vitale//07ALLILIMAGES_1415004/Credit:MOURAD ALLILI/SIPA/2312191416

Santé : pourquoi les tarifs des mutuelles vont augmenter de 6 % en 2025 ?

Les complémentaires santé vont augmenter leurs tarifs l’année prochaine. Des montants qu’elles justifient par la hausse des dépenses de santé et la politique de transfert de charges imposée par le gouvernement.
Quentin Gérard

Temps de lecture :

3 min

Publié le

Nouvelle hausse en vue. Après celle de 8 % en 2024, les complémentaires santé à statut mutualiste vont augmenter de 6 % en 2025. C’est une annonce de la Mutualité française dans son enquête annuelle qui porte sur 41 complémentaires santé. Dans le détail, les contrats individuels augmenteront de 5,3 %, les contrats collectifs obligatoires de 7,3 % et les contrats collectifs facultatifs de 6,8 %.

« Nous comprenons que les personnes s’interrogent sur cette augmentation. Mais celle-ci se fait au niveau strictement nécessaire pour pérenniser la protection de tous », assure Éric Chenut, président de la Mutualité française, représentant près de 500 mutuelles, couvrant 32 millions de Français. S’élevant à 325 milliards en 2023, « les dépenses de santé augmentent deux à trois fois plus vite que la richesse nationale », rappelle-t-il dans un communiqué.

Et de mettre en garde : « Avec le vieillissement de notre population et les avancées scientifiques, et sans refonte structurelle, ces dépenses continueront d’augmenter jusqu’à ce que nous ne puissions plus y faire face ». Malgré une forte hausse des cotisations, les organismes complémentaires étaient globalement en déficit sur leur activité santé en 2023.

Transfert des charges

Mais surtout, les mutuelles ont anticipé d’éventuelles hausses de charges, longtemps discutées pour le projet de loi de finances de la sécurité sociale (PLFSS). Dans ce texte, qui est tombé le 5 septembre dernier quand Michel Barnier s’est fait censurer à l’Assemblée nationale, était prévu que l’Assurance maladie abaisse son seuil de remboursement de 5 % sur les consultations médicales. Les complémentaires ont alors estimé qu’elles devraient supporter autour de 900 millions d’euros supplémentaires sur l’année.

Une baisse du remboursement des médicaments de 5 % par la Sécurité sociale l’année prochaine avait également été annoncée par la ministre de la Santé, avant que Michel Barnier revienne sur cette mesure sous la pression du Rassemblement national. Ce qui aurait aussi conduit à une augmentation des tarifs des mutuelles.

Les mutuelles ne veulent pas prendre seules la charge des économies de la Sécurité sociale, en déficit de plus de 18 milliards d’euros en 2024. Dans le même temps, la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) a publié son rapport sur la situation financière des mutuelles en 2023. « Les organismes complémentaires ont versé 34,9 milliards d’euros de prestations, après 32 milliards en 2022. Soit une augmentation de plus de 6 % et un rythme supérieur à celui de l’ensemble de la consommation de soins et de biens médicaux », décrit l’organisme.

Des pistes d’économies

Face au mur des dépenses de santé qui s’annonce au vu d’une population vieillissante, les mutuelles demandent une efficience du système de remboursement. Par exemple, avec une lutte contre la sur-prescription et de la redondance d’actes et examens ainsi qu’une lutte contre la fraude sociale. Elles insistent également sur un investissement plus important dans la prévention.

Reste qu’il existe des pistes d’économies aussi pour les mutuelles. En septembre, un rapport sénatorial a pointé du doigt la part importante des frais de gestion dans les tarifs des organismes complémentaires (20 % du montant des cotisations en moyenne). Un potentiel gaspillage qui se répercute, lui aussi, sur la hausse des tarifs.

Cependant, les mutuelles ont un statut particulier. Ce sont des sociétés à but non lucratif. L’augmentation des cotisations doit donc se justifier par celle des dépenses de santé, afin que les mutuelles puissent rembourser leurs adhérents tout en maintenant leurs finances à flot.

Partager cet article

Pour aller plus loin

Dans la même thématique

6min

Économie

Filière automobile française : « On va vers un crash, si rien n’est fait », alerte un rapport du Sénat

Pourtant « pilier de l’industrie française », la filière automobile est en « crise profonde » depuis plusieurs mois, s’alarme la commission des Affaires économiques du Sénat. Leur rapport pointe du doigt des difficultés rencontrées pour répondre aux règles européennes et pour faire face à la concurrence de la Chine, et formule une vingtaine de recommandations.

Le

Paris: Questions au gouvernement Senat
4min

Économie

« Le surtourisme transforme les villes en musées », alerte Daniel Salmon, sénateur écologiste 

Avec plus de 10 millions de visiteurs par an, Montmartre est devenu l’un des sites les plus visités de France. Une surfréquentation qui ne va pas sans poser de problèmes pour les quelques 27 000 habitants qui résident à l’année dans ce quartier de la capitale. Anne Renaudie, habitante de Montmartre, raconte les difficultés de cette cohabitation dans l’émission Dialogue Citoyen présentée par Quentin Calmet.

Le

Santé : pourquoi les tarifs des mutuelles vont augmenter de 6 % en 2025 ?
6min

Économie

Grande distribution : l’injuste prix de notre alimentation 

Les Français passent de plus en plus de temps dans les rayons des supermarchés, à comparer les prix de leur alimentation. Mais ce qu’ils ignorent, c’est que si manger sain et frais est plus cher, c’est parce que la grande distribution a tendance à surmarger fortement sur ces produits. 81% de marge en plus en moyenne sur le bio que sur le conventionnel, selon UFC que choisir. Des prix chers, qui ne profitent pas non plus aux agriculteurs. Un système “perdant/perdant”, que la sénatrice Antoinette Guhl dénonce dans le rapport de la commission d’enquête sur les marges. Dans un documentaire, Public Sénat nous plonge dans cette enquête sénatoriale marquée par de nombreuses auditions et révélations.

Le

Commerces dans un village
7min

Économie

« 62% des communes ne comptent plus aucun commerce » : les propositions du Sénat pour enrayer le déclin des commerces de proximité

Lutte contre la concurrence chinoise, soutien aux commerçants locataires, dynamisation des centres-villes… Dans un rapport rendu ce mercredi, plusieurs sénateurs formulent des propositions pour enrayer le déclin des commerces physiques. Bien que spectaculaire, cette « décommercialisation » n’est pas une fatalité, assurent-ils.

Le