Scaf : « Il y a aujourd’hui une quasi-rupture au niveau des partenaires industriels avionneurs », déplore le patron de Safran

« Sur le pilier avion » du Scaf, Dassault et Airbus Defense « visiblement n’ont pas trouvé les moyens de travailler ensemble et de définir leur manière de fonctionner ensemble », constate Olivier Andriès, directeur général de Safran, qui vante a contrario la bonne entente avec les Allemands sur la partie moteur, dont Safran est responsable.
François Vignal

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C’est un sujet sensible depuis des mois : le Scaf. Le projet de système de combat aérien du futur, un avion de 6e génération successeur du Rafale, est complètement enlisé. Censé être développé conjointement par Dassault et Airbus Defense, le Scaf est confronté à un problème de gouvernance pour mener le projet, le Français voulant garder le leadership, quand la partie allemande défend une coopération strictement partagée. Le projet est évalué à 100 milliards d’euros.

Interrogé sur le sujet mercredi 14 janvier, lors de son audition par la commission des affaires économiques du Sénat, Olivier Andriès, directeur général de Safran, partie prenante en tant que motoriste, ne peut que reconnaître l’impasse actuelle entre Dassault et Airbus.

« Le Scaf, je n’en sais pas beaucoup plus que vous. Il y a une forte volonté politique, au plus haut niveau de l’Etat, du président de la République et du chancelier, de continuer d’aller de l’avant. Il y a aujourd’hui une quasi-rupture, vous le voyez bien, au niveau des partenaires industriels avionneurs, sur le pilier avion, qui visiblement n’ont pas trouvé les moyens de travailler ensemble et de définir leur manière de fonctionner ensemble », souligne Olivier Andriès.

Sur la partie moteur, « on a un fonctionnement parfait »

Mais pour la partie qui le concerne, le patron de Safran fait remarquer que tout s’est bien déroulé au final… « Nous, on est responsable du pilier moteur. Et sur le moteur, on a eu une négociation difficile à l’époque, un peu, avec notre partenaire allemand, en 2019. Mais on a mis les choses au clair sur qui fait quoi et le principe du meilleur athlète. La répartition des tâches se fera sur la base des compétences reconnues », défend le responsable de Safran, qui précise qu’« il ne s’agit pas, pour le partenaire le plus faible, de rattraper le niveau de compétence du partenaire le plus fort ».

« Depuis qu’on est allé dans le détail de qui fait quoi, on a un fonctionnement parfait. On est d’ailleurs régulièrement cité en exemple, en France, comme en Allemagne, sur le fait qu’un partenariat franco-allemand peut marcher dans le domaine de la défense », ajoute Olivier Andriès. Mais pour le patron de Safran, c’est avant tout « une question de lien entre entreprises. La volonté étatique ne suffit pas. Il faut des acteurs industriels qui soient capables de travailler ensemble ».

Safran se concentre sur « le standard F5 pour le Rafale »

Pour la suite, « qu’est-ce qu’il va se passer ? Je ne peux le prédire », assure Olivier Andriès. Dans l’immédiat, faute de Scaf qui avance, « la priorité à court terme, c’est la feuille de route de l’aviation de combat pour la France. C’est le standard F5 pour le Rafale, avec son moteur à poussée augmentée qui s’appelle T-REX, […] c’est son petit nom ».

Initialement prévue également mercredi matin, l’audition d’Eric Trappier, PDG de Dassault Aviation, précisément sur l’avenir du Scaf, a été annulée la veille et reportée à une date ultérieure.

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