« Tant mieux, mais… » : la bonne surprise sur le déficit 2025 n’éteint pas les craintes de la commission des finances du Sénat
Crédit : Stephane Lemouton / SIPA / 2603252006

« Tant mieux, mais… » : la bonne surprise sur le déficit 2025 n’éteint pas les craintes de la commission des finances du Sénat

La dernière photographie de l’exécution budgétaire publié par l’Insee laisse apparaître un déficit bien moins important que prévu. Plusieurs sénateurs de la commission des finances considèrent néanmoins que la situation reste particulièrement inquiétante.
Guillaume Jacquot

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Une hirondelle ne fait pas le printemps. La bonne nouvelle venue de l’Insee ce 27 mars, d’un déficit qui s’est amélioré avec davantage de vigueur que prévu (5,1 % du PIB au lieu de 5,4 %), redonnera un peu de baume au cœur au gouvernement comme aux parlementaires. Mais les conséquences de la guerre au Moyen-Orient, si elle devait se prolonger, menace de porter un coup d’arrêt à cette éclaircie budgétaire.

« C’est un résultat, dans l’intérêt supérieur du pays, favorable. Factuellement, c’est un bon résultat en termes de finances publiques », reconnaît sans détour le rapporteur général de la commission des finances Jean-François Husson (LR). Le sénateur de Meurthe-et-Moselle tempère toutefois l’effet de surprise de la publication, puisque les bonnes remontées fiscales cet hiver laissaient présager un déficit moins à la peine que prévu en bout de course. « Je tablais plutôt sur 5,2 % », mentionne-t-il.

« Cela reste un déficit démentiel »

Salué chez les sénateurs de droite et du centre, le résultat du jour les invite aussi à la prudence. « Tant mieux, mais ça ne change pas tellement la situation des finances publiques. Cela reste un déficit démentiel, on est dans les derniers de la zone euro. Ce n’est pas à la hauteur de ce qu’il faut pour redresser nos comptes, on va emprunter sur les marchés plus de 300 milliards d’euros cette année », affirme le centriste Vincent Delahaye. Le sénateur de l’Essonne, rappelle que le déficit 2025 final reste malgré tout en dessous des engagements pris à l’automne 2024. Le plan budgétaire et structurel à moyen terme (PSMT), transmis à l’époque à nos partenaires européens, prévoyait un déficit de 5 % en 2025. Depuis sa circonscription, Jean-François Husson alerte également sur la situation des entreprises, en l’absence de stabilité politique. « Les perspectives d’investissement sont en train de s’effondrer. »

« On peut ne peut que se réjouir que le déficit soit inférieur aux prévisions. C’est un effort assez remarquable », salue également le sénateur (RDSE) Raphaël Daubet, qui pointe comme ses collègues quelques fragilités. « L’effet structurel repose sur la hausse des prélèvements obligatoires, on a 25 milliards d’euros de recettes nouvelles », observe ce parlementaire membre du Parti radical. La progression très faible des recettes de TVA est également un autre signal de vigilance à prendre en compte, selon lui. « La consommation des ménages n’est pas si dynamique que cela. »

« Il y a eu aussi un pilotage budgétaire rigoureux, il faut le dire »

Si Roland Lescure a tenu à mettre les résultats au crédit de ses prédécesseurs Amélie de Montchalin et Éric Lombard, Jean-François Husson souligne qu’il faut « rendre à César ce qui est à César ». « C’est le fruit des mesures du projet de loi de finances préparé par Michel Barnier reprécisées par François Bayrou, et qui annonçaient la poursuite d’efforts significatifs pour réduire la dette. Elles n’ont pas été reprises », regrette-t-il. « Il y a eu aussi un pilotage budgétaire rigoureux, il faut le dire, c’est à mettre au crédit des gouvernements. Les gels et surgels ont permis de ralentir la dépense. Néanmoins, les dépenses de subvention ont beaucoup diminué, et c’est dû au calendrier électoral local, ainsi qu’un arrêt des boucliers tarifaires sur l’électricité et le gaz : tout cela n’aura pas un effet durable », nuance également Raphaël Daubet.

La publication du déficit définitif de l’an dernier a par ailleurs donné le coup d’envoi de la préparation du budget 2027, dans sa phase technique. Mis sous pression en raison de l’envolée des prix du carburant, le gouvernement n’a cessé d’insister ce matin sur la dimension ciblée, et limitée dans le temps, qu’auront les dispositifs de soutien sectoriels. « On a connu le quoi qu’il en coûte, je crois qu’on peut dire que la maîtrise des finances publiques en transparence doit se faire quoi qu’il arrive désormais », a appelé Sébastien Lecornu, lors de la réunion consacrée à la situation économique et budgétaire.

David Amiel, le ministre des Comptes publics a précisé que chaque dépense supplémentaire, rendue nécessaire par la crise, devra être compensée par des économies équivalentes, pour tenir l’objectif du déficit de 5 % en 2026, fixée par une loi de finances déjà édulcorée au fil des débats qui se sont prolongés en janvier et février.

Carburants : « Il va falloir apporter une réponse à un moment »

Depuis son territoire du Lot, où la place de la voiture est capitale, Raphaël Daubet doute que cette orthodoxie soit « tenable dans le temps ». « Cette volonté va se heurter à un moment donné aux difficultés des ménages. Il va falloir apporter une réponse à un moment. »

Jean-François Husson promet, pour sa part, une « grande vigilance » de la commission des finances pour surveiller que les engagements pris ce vendredi soient bien tenus. « Le Parlement s’est trop souvent fait rouler dans la farine. On a vu ce que ça a donné dans le passé entre ce qui relevait des annonces, et de la réalité ».

Dans les prochaines semaines, les premiers travaux préparatoires au budget commenceront aussi dans la majorité de droite et du centre du Sénat. L’automne budgétaire, qui précédera l’élection présidentielle, ne sera pas le moment le plus propice à des décisions difficiles. « Dans la situation qui est la nôtre, je continue de dire qu’il faut appeler à gérer de manière rigoureuse nos comptes publics », prévient Jean-François Husson.

« On a envie de faire des propositions un peu fortes dans cette période. A l’Union centriste, on a envie de marquer l’opinion. Cette année, pour éviter le 49.3, le gouvernement a largement lâché. Je crains que ce soit la même chose dans les prochains mois », redoute le sénateur Vincent Delahaye.

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