Économie
Dès ce jeudi 9 avril, plus de 40 millions de français doivent remplir leur déclaration d’impôts sur les revenus de 2025. Les échéances pour remplir son formulaire varient selon les départements.
Le
Par Christian Mouly
Temps de lecture :
4 min
Publié le
Le débat sur les « superprofits » fait son retour depuis quelques semaines avec l’envolée des cours du pétrole. Producteurs, raffineurs et distributeurs de brut – les trois fonctions sont souvent assurées par les mêmes entreprises – sont accusés de profiter des tensions d’approvisionnement au Moyen-Orient pour faire grimper excessivement leurs prix et donc leurs marges.
« Dans ce genre de crise, il y a des profiteurs, dénonce le président de la commission des finances de l’Assemblée Éric Coquerel (LFI) sur le plateau de Public Sénat vendredi 10 avril. Et les entreprises dans le monde qui profitent de cette crise, ce sont les entreprises pétrolières. » Compte tenu du coût de la crise pour les finances publiques, impossible à anticiper dans le budget 2026, une loi de finances rectificative est inévitable, estime l’insoumis. L’occasion d’ « aller chercher des recettes, notamment sur la taxation des superprofits », insiste Éric Coquerel.
Une solution esquissée par cinq pays européens : Espagne, Allemagne, Italie, Portugal et Autriche ont réclamé une telle taxe sur les activités pétrolières dans une lettre envoyée lundi à la Commission européenne. Ils se fondent notamment sur une étude de Greenpeace estimant à 2,9 milliards d’euros le montant des « surprofits » réalisés par les pétroliers depuis le début du conflit au Moyen-Orient. La France ne s’est pas jointe à l’appel. « Il n’y a pas d’objection en tant que tel », assurait Sébastien Lecornu devant les sénateurs mercredi. La France s’en tient pour l’instant à demander une enquête à l’exécutif européen sur la réalité de ces surprofits.
Le gouvernement se veut prudent : « On a des raffineries qui ont fermé partout en Europe, ce qui fait qu’on importe davantage notre produit raffiné qu’auparavant. […] « Avant d’envisager de taxer les surprofits, il faudra avoir ça en tête », jugeait dans le même temps Roland Lescure, auditionné par la commission des finances du Sénat. Sans la nommer, le ministre fait référence à l’implantation de TotalEnergies en France, qu’il s’agit de ne pas mettre en péril.
C’est ce que craint le sénateur centriste Olivier Cadic, vice-président de la commission des affaires étrangères : « Si vous taxez en permanence, le risque c’est que l’entreprise s’adapte et déplace la matière profitable. Ce que je veux éviter, c’est qu’on fasse fuir les entreprises », rétorque-t-il à Éric Coquerel sur Public Sénat, rappelant que TotalEnergies réalise déjà la majeure partie de ses profits à l’international, en particulier dans les pays producteurs de pétrole. « Quand Total se développe, elle entraîne avec elle d’autres entreprises », juge-t-il.
Éric Coquerel préfère insister sur les résultats de la multinationale, qui a réalisé 1 milliard d’euros de bénéfice sur le mois de mars. Le résultat d’une forme de « spéculation » sur la crise, assure le président de la commission des finances. L’Union française des industries pétrolières (Ufip) a reconnu que les marges brutes des raffineurs ont été multipliées par quatre depuis le début du conflit.
« Total est une entreprise qui n’a pas payé d’impôts sur les sociétés en France en 2020, 2021 et 2022. Donc pour la surtaxe, on a de la marge. Il y a largement du grain à moudre pour que ce ne soit pas la collectivité qui paye le coût de la crise. Je préfère que ce soit les actionnaires de Total qui paient », martèle-t-il.
En attendant d’inscrire une telle taxe dans la loi, « bloquons les prix et bloquons les marges, ce qui est une forme de taxe sur les bénéfices de Total », appelle l’insoumis. L’entreprise a pris d’elle-même l’initiative de plafonner le prix de l’essence à 1,99 euro le litre jusqu’à fin avril.
Un blocage des prix auquel se refuse fermement le gouvernement. La droite LR et le Rassemblement national s’y refusent également. « Il faut prendre en compte qu’on est dans un environnement globalisé », alerte Olivier Cadic, qui pointe un risque de pénurie en cas de blocage des prix. Pas d’autre choix, selon lui, que de « s’adapter au marché ».
Pour aller plus loin