Vente de SFR : « La consolidation ne se traduit pas par la hausse des prix », affirme la directrice générale d’Orange

Auditionnée au Sénat, Christel Heydemann a été interrogée sur les conséquences du futur rachat de SFR par ses concurrents. Elle a insisté sur la nécessité pour le secteur d’améliorer ses marges pour procéder à des investissements, dans une période d’évolutions technologiques. Une base de clients élargie permettra de mieux amortir les coûts fixes des infrastructures, a-t-elle rappelé.
Guillaume Jacquot

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Bouleversement en cours dans le secteur des télécoms. Lourdement endetté, le groupe Altice France, la maison mère de SFR, est en négociations exclusives depuis le 17 avril avec un consortium formé de ses concurrents, Bouygues Telecom, Iliad (Free) et Orange pour céder les activités de l’opérateur au carré rouge. À la clé : le partage de près de 20 millions de clients.

L’opération n’est pas sans provoquer des inquiétudes sur le prix des abonnements ou encore sur la qualité des services, du côté des consommateurs. Christel Heydemann, directrice générale d’Orange, a eu l’occasion de s’en expliquer ce 6 avril 2026, au cours d’une audition devant la commission des affaires économiques du Sénat.

« La consolidation fera-t-elle remonter les prix ? La réponse est non », a tenu à assurer la dirigeante de l’opérateur historique. Elle a notamment argumenté, en soulignant que ce rachat permettrait de mieux amortir les coûts fixes élevés des réseaux sur une base de clients élargie. « Ce qui garantit des prix bas dans la durée, ce n’est pas la fragmentation du marché, ce sont des opérateurs assez solides, pour continuer à investir, tout en amortissant leur réseau sur une base de clients, plus large », a-t-elle ajouté. « Je voudrais ici être direct sans opérateurs européens solides, il n’y aura pas de souveraineté numérique européenne », a-t-elle déclaré.

Nécessité de procéder à des investissements

Autre argument défendu en faveur d’une réduction du nombre d’acteurs : « La concurrence ne se mesure pas au nombre d’acteurs mais à l’intensité de la rivalité entre eux en termes de prix d’investissement de qualité et d’innovation ». Christel Heydemann a rappelé que 19 pays sur les 36 membres de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économique) fonctionnaient avec trois opérateurs nationaux, et non avec quatre comme c’est le cas en France depuis 2010. « Sept des dix meilleurs débits européens sont dans des marchés à trois opérateurs, et les trois exceptions, Danemark, Suède ou France, sont des marchés à quatre où les opérateurs pratiquent une mutualisation de réseaux étendue, sur un marché en décroissance », a-t-elle mis en perspective.

Au vu des dépenses à opérer dans les technologies d’avenir, elle a jugé que la stratégie de SFR était intenable. « Une entreprise d’infrastructures critiques, comme sont les réseaux de télécoms, ne peut pas durablement tenir en baissant ces investissements de 20 % », a-t-elle expliqué. Christel Heydemann a aussi pris l’exemple de la fusion, en 2022, d’Orange Espagne avec MasMovil. « Nous avons généré 500 millions d’euros de synergies, alors qu’Orange seul et MasMovil ne pouvaient plus investir. »

L’opérateur Orange a par ailleurs souligné au cours de l’audition, l’importance de conserver des « marges suffisantes » pour conserver la maîtrise de ses propres infrastructures. « Nous sommes le seul opérateur français à n’avoir cédé aucun de nos actifs d’infrastructures », a-t-elle insisté.

Un « traitement responsable pour les collaborateurs du groupe SFR »

Sur un autre registre, Christel Heydemann a également reconnu que cette absorption de SFR par ses concurrents posait des enjeux en termes d’emploi. Un appel à la grève dans les boutiques de l’opérateur détenu par Altice avait été lancé la semaine dernière. « Un accord avec SFR n’existera que s’il a été validé et a prouvé par les différentes instances représentatives du personnel des différentes sociétés », a appuyé Christel Heydemann. Et d’ajouter : « Notre enjeu est évidemment d’avoir un traitement responsable pour les collaborateurs du groupe SFR. »

La directrice générale a aussi souligné que la migration des clients représenterait un volume de travail considérable pour les collaborateurs pendant plusieurs années. « À court terme, il n’y a aucun doute sur le fait que notre enjeu numéro un sera de mobiliser, de motiver, des collaborateurs pour travailler sur un projet qui est très, très, complexe. »

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