CORRECTION Europe European Commission
CAPTION CORRECTS DAY European Commission President Ursula von der Leyen speaks, prior to the European Parliament's vote on the new College of Commissioners, at the European Parliament in Strasbourg, France, Wednesday, Nov. 27, 2024. (AP Photo/Jean-Francois Badias)/XVM102/24332298559688/CAPTION CORRECTS DAY/2411270950

Viande, terres rares, voitures électriques… Ce que contient le nouvel accord commercial annoncé par l’Union européenne avec l’Australie

L’Union européenne et l’Australie ont annoncé ce mardi 24 mars avoir conclu un nouvel accord de libre-échange. Le texte supprime les droits de douane portant sur les marchandises vendues de part et d’autre par les deux puissances dans de nombreux domaines. Bruxelles espère en particulier sécuriser son approvisionnement en minerais précieux et augmenter ses ventes de voitures électriques. Alors que le Mercosur devrait entrer en vigueur provisoirement le 1er mai, les agriculteurs s’inquiètent, eux, des répercussions de ce nouveau texte.
Théodore Azouze

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À l’autre bout du monde pour annoncer la dernière pièce de sa « trilogie commerciale ». Par cette expression, Ursula von der Leyen a annoncé, ce mardi 24 mars, un nouvel accord de libre-échange signé avec l’Australie. Ces dernières semaines, la présidente de la Commission européenne a déjà signé deux autres textes similaires – l’un, très critiqué par la France, avec le Mercosur ; l’autre avec l’Inde. Pour officialiser ce troisième compromis consécutif, la responsable européenne s’est déplacée à Canberra, la capitale du pays océanien, afin d’y rencontrer le Premier ministre travailliste Anthony Albanese. « C’est un moment important pour notre nation, nous sécurisons un accord avec la deuxième économie du monde », s’est réjoui ce dernier. 

Suppression de droits de douane de part et d’autre

Au moment où le contexte économique mondial est bouleversé par la guerre au Moyen-Orient et la menace tarifaire américaine posée par Donald Trump, Ursula von der Leyen perçoit dans cet accord de libre-échange un moyen de se « rapprocher encore davantage » d’un de ses alliés. L’Australie, qui voit son accès au marché européen soudainement facilité, a exporté en 2025 environ 10 milliards d’euros de marchandises vers l’UE. Soit un total près de trois fois moins important que la somme des biens exportés par les 27 vers l’île-continent sur la même période, estimée à 37 milliards d’euros. Si le rapport de force profite aujourd’hui davantage à l’Europe, Ursula von der Leyen promet que le nouvel accord constitue une solution « gagnant-gagnant » pour Canberra. 

Que contient dans le texte le détail ? Dans un communiqué publié sur son site web, la Commission européenne vante un plan créant « d’importantes perspectives économiques aux entreprises, aux consommateurs et aux agriculteurs européens ». Produits chimiques, plastiques, voitures, bois, textile… La barrière de 5% de droits de douane jusque-là fixée par l’Australie sur la quasi-totalité des biens européens est annulée. En contrepartie, « l’UE supprimera les droits de douane sur tous les produits manufacturés, à l’exception de l’acier, notamment les machines, les produits électriques, les textiles et les pièces automobiles », précise le ministère australien du commerce extérieur. De part et d’autre des échanges, les exportateurs australiens et européens pourront donc vendre leurs produits bien moins chers qu’actuellement sur ces deux marchés. 

Quotas de viande et appellations géographiques

Lancées en 2018, les négociations entre l’UE et l’Australie ont longtemps été freinées par plusieurs désaccords dans le domaine agricole. Principale anicroche ? Les demandes australiennes pour exporter davantage de bœuf vers le Vieux continent. Un terrain d’entente a finalement été trouvé pour augmenter le quota annuel de viande de ce type importée en Europe par Canberra à 30.600 tonnes par an, avec une absence totale de droits de douane concernant 55% des bêtes nourries à l’herbe. Les 45% autres seront soumis à un tarif douanier réduit. L’évolution du quota équivaut à « près de huit fois par rapport à l’accès garanti précédemment à l’Australie », se félicite le gouvernement australien, dans une note publiée sur son site web. Le quota pour les viandes ovines et caprines a lui aussi été revu à la hausse à 25.000 tonnes par an. 

Malgré ces deux relèvements, ces nouveaux paliers ne satisfont toujours pas les agriculteurs australiens. Leurs représentants espéraient voir le quota de bœuf réévalué à 40 à 50.000 tonnes par an. Quant à celui concernant le mouton et la chèvre, ils exigeaient une augmentation à plus de 60.000 tonnes annuelles. La raison invoquée ? Dans ce second cas, le quota obtenu dans le cadre d’un autre accord de libre-échange avec l’UE par la Nouvelle-Zélande, concurrent de l’Australie dans le domaine ovin, s’élèvera à plus de 163.000 tonnes annuelles autorisées sur le marché européen d’ici à 2031. 

Autre point de friction : la problématique des appellations géographiques européennes utilisées par les producteurs australiens. Whisky irlandais, Comté… Au total, 165 d’entre elles seront protégées par cet accord. Mais, dans certains cas, les règles seront plus souples pour les producteurs australiens. Hors d’Italie, ils seront par exemple les premiers agriculteurs au monde à pouvoir utiliser sur leur marché intérieur le terme « prosecco » sur leurs bouteilles de vin mousseux. En revanche, les exportations de cet alcool sous ce terme ne seront plus autorisées d’ici à une décennie. Les fabricants de feta pourront par ailleurs continuer d’utiliser cette appellation pour vendre leur fromage produit en Australie… à condition que cela fasse au moins cinq ans qu’ils emploient déjà ce terme sur leurs produits. 

« Les conséquences à moyen terme seront insoutenables pour de nombreux secteurs agricoles vulnérables », a déploré, dans un communiqué, le Copa-Cogeca, le principal lobby agricole européen. L’ensemble du secteur est déjà échaudé par la future entrée en vigueur du traité commercial de l’UE avec le Mercosur, fortement dénoncé par la France. Mais, sous impulsion de l’Allemagne et de l’Espagne, le texte, mis en pause par le Parlement européen mi-janvier, va s’appliquer temporairement à partir du 1er mai prochain. Pour éviter une fronde trop forte vis-à-vis de l’accord avec l’Australie, la Commission européenne dit vouloir intégrer un mécanisme de sauvegarde bilatéral, « dans le cas peu probable d’une augmentation imprévue et préjudiciable des importations ou d’une baisse indue des prix pour les producteurs de l’UE ». En cas d’activation, celui-ci permettra à « des protections rapides et efficaces » d’entrer en vigueur. 

Accès « facilité » aux minerais

Mais, au-delà du volet agricole, cet accord de libre-échange est érigé comme crucial par Bruxelles dans un tout autre domaine : les minerais stratégiques. L’Europe vise toujours la neutralité carbone d’ici à 2050. Pour répondre aux besoins de sa transition écologique, son industrie s’approvisionne en de nombreux matériaux stratégiques, en particulier pour développer des batteries. Même si l’UE est revenue sur son objectif de fin du moteur thermique initialement fixé à 2035, plusieurs pays du continent misent toujours sur le développement de nouveaux modèles de voitures électriques. Ainsi, dans les prochaines années, « la demande de matières premières critiques devrait augmenter considérablement et l’UE reste fortement dépendante des importations », souligne la Commission dans son communiqué. 

Or, aujourd’hui, la Chine concentre plus des deux tiers (69%) de la production mondiale de terres rares. L’an dernier, Pékin a décidé de limiter fortement les exportations de ces matières précieuses, nécessaire à la production de nombreuses technologies. Certes, en novembre, le géant asiatique a finalement accepté de suspendre pendant un an ces restrictions. Mais ce contexte justifie bien la quête de Bruxelles d’autres marchés dans lesquels se fournir – d’autant plus que les États-Unis, deuxième producteur mondial de terres rares (12%), ne sont plus sous Donald Trump un partenaire commercial aussi fiable qu’à l’accoutumée. Manganèse, lithium, cobalt… En plus des terres rares, l’Australie possède de nombreuses richesses minières. « L’accord facilite l’accès de l’UE aux matières premières critiques australiennes, avec des dispositions spécifiques rendant le marché plus prévisible et plus fiable pour les entreprises de l’UE », soutient ainsi Bruxelles. 

L’Union européenne compte également faire bénéficier son industrie automobile de ce partenariat de libre-échange. Jusqu’à présent, l’Australie faisait payer aux exportateurs une taxe de 33% sur les voitures de luxe vendues dans le pays au-dessus d’un certain tarif. En relevant cette barre à 120.000 dollars australiens (72.200 euros) dans le cadre des négociations avec l’UE, « environ 75% des véhicules électriques [européens] seront exemptés du paiement de la taxe sur les voitures de luxe ». De quoi réjouir les producteurs européens, notamment de l’autre côté du Rhin. « Cela signifie que moins de voitures seront soumises à la taxe plus élevée, ce qui est une bonne nouvelle pour les constructeurs allemands, qui ont tendance à se positionner sur le segment haut de gamme », a expliqué l’ambassadrice d’Allemagne en Australie, Beate Grzeki, auprès du média australien SBS

Enfin, sur le plan militaire, Bruxelles et Canberra ont convenu de « renforcer » leur « coopération » dans différents domaines, tels que la sûreté maritime, l’intelligence artificielle, la sécurité spatiale ou encore la cybersécurité. Un texte séparé a été signé dans ce sens entre les deux parties il y a quelques jours, en parallèle du traité de libre-échange. « Dans un monde de plus en plus dangereux, des partenariats solides comme le nôtre sont la meilleure défense », se félicite Kaja Kallas, la cheffe de la diplomatie européenne, citée dans le communiqué de la Commission. L’ensemble de l’accord conclu entre l’UE et l’Australie va désormais être présenté au Conseil européen. En cas d’accord des 27 pays membres, il sera ensuite présenté au Parlement européen. Dès lors, « une fois que le Conseil aura décidé de conclure l’accord et que l’Australie l’aura également ratifié, l’accord pourra entrer en vigueur », rappelle Bruxelles. 

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